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une Algérie avec Bouteflika

Publié le par JoSeseSeko

Photo: AFP

Photo: AFP

Abdelaziz Bouteflika, membre du Front de libération nationale (FLN), président de la République algérienne depuis 1999, a été réélu le jeudi 17 avril, avec 81,6% des voix. Son principal adversaire parle de fraude électorale, et malgré tout, il y a près d'un électeur sur deux qui ne serait pas aller voter. Ce qui n'est guère une bonne nouvelle par rapport à l'importance de cette élection.

En outre, l'élection de Bouteflika est contestée par son principal adversaire, Ali Benflis, ancien membre du FLN et ancien premier ministre sous le 1er mandat de Bouteflika. Il estime, pour sa part, que les votes sont truqués et se revendique comme le vainqueur de l'élection. Par ailleurs, plusieurs journalistes, éditorialistes, tant algériens qu'internationaux, se montrent sarcastiques sur les résultats, et la personne de Bouteflika, comme l'indique le tweet suivant:

 

Il faut dire que le président Bouteflika n'a plus toute sa première jeunesse (physique), et le fait qu'il soit allé voter en étant en chaise roulante ne joue pas en sa faveur. Mais ça, c'est juste une question physique. Par contre, il sera forcément très attendu sur son programme, notamment sur la jeunesse, comptant rajeunir la classe politique algérienne, où bon nombre de personnes sont dans le paysage politique depuis l'indépendance, en 1962.

Comme je veux voir un certain fond, et notamment au niveau économique, regardons les résultats de Bouteflika en 15 ans de présidence.

  1. Il a pacifié un pays qui était en guerre civile depuis la fin des années 80. Quitte à laisser impunis des crimes commis par les islamistes du GIA.
  2. En lien avec la 1ère raison, une stabilité qui a fait d'ailleurs de l'Algérie une exception au moment du "Printemps Arabe" en 2011, même si certains avaient relevé des mouvements locaux.
  3. Le plus important, c'est que l'économie algérienne connaît une phase de croissance plutôt soutenue depuis 15 ans. D'ailleurs, l'Algérie est de plus en plus regardée comme un pays "émergent" (faut quand même faire attention avec cet adjectif car il dit tout et n'importe quoi). Cette croissance permet un enrichissement de la population, si on suit les données de la Banque mondiale ci-dessous.

Algérie

1999

2000

2001

2002

2003

2004

2005

2006

2007

2008

2009

2010

2011

2012

Croissance du PIB (% annuel)

3,2

2,2

4,6

5,6

7,2

4,3

5,9

1,7

3,4

2,0

1,7

3,6

2,6

3,3

Croissance du PIB par habitant (% annuel)

1,7

0,8

3,2

4,2

5,8

2,9

4,3

0,1

1,7

0,2

-0,1

1,7

0,7

1,4

PIB par habitant, ($ PPA internationaux courants)

4949,4

5100,9

5385,3

5699,4

6150,5

6500,7

7000,5

7222,2

7537,1

7700,2

7748,6

7975,8

8189,2

8446,6

Chômage, total (% de la population) (estimation modélisée OIT)

25,5

29,8

27,3

25,9

23,7

20,1

15,3

12,3

13,8

11,3

10,2

10,0

9,9

9,8

Chômage, total des jeunes (% de la population active âgée de 15 à 24 ans) (estimation modélisée OIT)

45,9

52,5

47,0

45,5

42,5

40,8

30,6

23,9

27,5

23,9

21,7

22,2

22,2

21,6

Bénéfices tirés du gaz (% du PIB)

8,9

18,8

17,0

12,5

17,9

15,2

21,2

17,9

15,4

17,8

10,0

8,1

7,1

5,9

Bénéfices tirés du pétrole (% du PIB)

8,5

13,7

11,1

12,3

14,6

17,0

21,4

23,1

22,1

23,1

15,6

17,0

18,0

16,9

Malgré tout de même des résultats probants, il reste des zones d'ombres que les mandats de Bouteflika n'ont pas effacées. Le chômage des jeunes reste encore très important dans ce pays, du coup, certains d'entre eux vont tenter de regarder vers d'autres horizons, sans avoir de meilleures certitudes sur leur confort matériel et leur épanouissement personnel. La croissance enrichit en partie la population, donc la question des inégalités reste fortement présente. La corruption est loin d'être réglée, avec une pression des militaires qui n'est pas négligeable. Puis une croissance fortement dépendante du cours des matières premières, le pétrole en particulier, vu que l'Algérie est un membre important de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP). Or, les réserves de pétrole s'amenuisent et l'Algérie se doit de diversifier davantage son économie afin de ne pas se retrouver piégée dans l'après-pétrole, et d'éviter de devenir un exemple supplémentaire du syndrome hollandais. Voilà 4 principaux défis qui attendent de nouveau Bouteflika pour les 5 prochaines années.

Mais alors, pourquoi suis-je entrain de parler du cas algérien, alors que j'ai des origines qui ne devraient pas me rattacher à ce pays? Seriez-vous tentés de me dire, chers lecteurs, notamment lecteurs algériens. Je vais en avancer 3 raisons:

  1. Un des côtés de ma famille a vécu, un temps, en Algérie, avant et après l'indépendance, pour diverses raisons.
  2. Si on se revendique internationaliste, et francophone, il n'y a de raison qu'on m'empêche de s'intéresser, de regarder, de commenter l'actualité en-dehors de son pays natal ou de son pays d'origine. Donc, ceux qui disent que les affaires algériennes concernent uniquement les algériens, c'est comme entendre "la France aux français". Une illusion car le monde d'aujourd'hui s'est désenclavé et comme le disait en son temps, le philosophe Jean-Jacques Rousseau: "les fruits sont à tous et la terre n'est à personne."
  3. Le FLN s'était indigné, à juste titre, de l'assassinat de Patrice Lumumba, meneur de l'indépendance du Congo-Zaïre, perpétré en janvier 1961. Tellement indigné que quelques années plus tard, il emprisonna l'ancien gouverneur rebelle et traître du Katanga, Moïse Tschombé. D'ailleurs, cette honte du passé crèvera dans une geôle algérienne, payant ainsi sa culpabilité dans la mort de Lumumba.

 

P.S: Regardez le premier lien ci-dessous, menant à une émission sur l'Algérie actuelle, diffusée le 20 avril sur France 5. Ça vaut le coup!

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