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Touche pas à mon stagiaire exploitable à souhait!

Publié le par JoSeseSeko

Photo: AFP/Joël Saget

Photo: AFP/Joël Saget

Dans Les Échos du 13 mai, le chroniqueur Jean-Marc Vittori, revient sur la proposition de loi des députés sur les stages en entreprise. Dans un contexte de fort chômage des jeunes (15-24 ans), le moindre moyen de passer du monde de l'enseignement au monde du "travail" est privilégié. Quel qu'en soit le prix!

Il est d'accord sur le fait qu'il y aurait des abus, de type "esclavagiste" dans des cas extrêmes. Preuve, selon lui, d'un "système qui ne tourne pas rond et qui trouve le moyen de tourner quand même". Néanmoins, il s'insurge sur le fait que le législateur veut rendre plus rigide le stage pour les jeunes et l'entreprise. Surtout s'il s'agit d'augmenter la gratification minimale du stagiaire (523,36 euros contre 436,05 actuellement), la dite gratification devenant obligatoire au-delà d'un mois dans la proposition de loi, au lieu d'au-delà de deux mois, comme c'est le cas actuellement. En outre, il faudra compter les avantages sociaux (tickets resto, indemnité transport, vacances, etc.) qui suivraient la même évolution que la gratification.

Pour Vittori, c'est donc augmenter les contraintes financières des entreprises, les pénaliser puisque derrière ça, il sous-entend que ça augmente le coût du travail, alpha et oméga du problème de compétitivité de la France, aux yeux du mainstream économique. C'est donc, de sa part (et il n'est pas le seul), omettre sciemment que les entreprises font des quotas de stagiaires payants en leur sein (quota d'ailleurs très faible), préférant de loin des stagiaires de courte durée (1-2 mois, pas plus!), car ils peuvent être pressés comme des oranges, flexibles à souhait, parfois plus productifs que les employés en CDI, et surtout moins chers à payer (ou gratuits, car en-deçà de 2 mois, l'entreprise n'est pas obligée de payer le stagiaire). C'est le principe des économies d'échelle! C'est d'ailleurs beaucoup employé dans la presse, secteur où demeure installé ce chroniqueur orthodoxe, qui peut se permettre de vouloir donner des leçons. Ah, s'il vivait comme un stagiaire, restera-t-il fidèle à sa conviction? Ou sera-t-il hypocrite, comme tout penseur mainstream qui se respecte?

Mais le revers de la médaille, c'est que ces stagiaires devront se serrer la ceinture et qu'ils risquent d'être déçus du monde du "travail", à moins d'avoir eu durant leur stage des maîtres de stage très formateurs et une équipe qui a su les entourer, afin d'avoir une dignité affirmée. Pas seulement à devoir faire des tâches ingrates, mais plutôt avoir des responsabilités. Je parle en connaissance de cause puisque je suis dans cette période de préparation/recherche de stages, et que j'en ai fait un durant le seul mois d'avril dans un journal (Politis pour ne pas le citer). Ils auraient pu ne pas me payer, vu que c'était 1 mois, mais ils l'ont fait, même si ce n'était pas élevé. Mais ce qui a fait que ce stage demeure une belle expérience professionnelle et humaine -et non une déception envers le monde du "travail"-, c'est que j'ai été très bien entouré par les journalistes-rédacteurs, que des initiatives d'articles de ma part pouvaient être acceptées en conférence de rédaction, et qu'on m'a confié des articles à écrire, sur des thèmes bien différents.

Dernier point: dans des secteurs où la crise est peu ou pas présente (finance, luxe, etc.), les stages sont bien mieux rémunérés, et ça ne fait pas couler ces sociétés. L'argument du coût des stagiaires que développe Vittori est un argument bidon, imbécile, mais il doit avoir la morale suivante dans la tête: "il ne faut jamais prendre les gens pour des cons, mais il ne faut pas oublier qu'ils le sont!"

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