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Courbe de Phillips, le retour!

Publié le par JoSeseSeko

Courbe de Phillips, le retour!

En lisant le numéro de septembre du mensuel Alternatives Économiques, que je vous recommande volontiers, chers lecteurs, je suis tombé sur un article (lien à la fin de ce billet) relatant une courbe que nombre d'étudiants en économie, comme moi, ont du analyser durant leurs années dans l'enseignement supérieur, à savoir, la courbe de Phillips.

Elle tient son nom de l'économiste néo-zélandais Alban Phillips, considéré comme un keynésien, qui publia un article de recherche en 1958 sur la relation entre salaire et chômage au Royaume-Uni sur près d'un siècle (1861-1957). Il en tira deux conclusions:

  1. Un niveau de chômage élevé pousse les salaires vers le bas
  2. Un niveau de salaire élevé se traduit par un chômage faible

Cette relation négative entre salaire et chômage, démontrée ainsi par la courbe originelle de Phillips, a été modifiée par les économistes américains Robert Solow et Paul Samuelson dans les années 1960, en remplaçant le salaire par l'inflation (hausse des prix), afin de montrer que ça marche également pour cette relation entre la variation des prix et le chômage. Or, dans les années 1970, les économistes libéraux, notamment les monétaristes, avec Milton Friedman à leur tête, ont flingué cette version Solow-Samuelson de la courbe de Phillips, s'appuyant sur le contexte de stagflation qui faisait rage suite aux chocs pétrolier. Ils en profitèrent pour installer une nouvelle courbe de Phillips, désormais verticale pour le long terme car selon Friedman, il existe un taux de chômage naturel qui fait que l'inflation ne peut plus modifier ce taux.

Or, dans l'article d'Alternatives Économiques, nombre d'économistes, tels Paul Krugman, Thomas Klitgaard ou Richard Peck montrent que les pays de la zone euro où les salaires sont en baisse connaissent une poussée du chômage (Grèce), et inversement (Allemagne). On reviendrait à une époque semblable au XIXe siècle, dont s'est quelque peu basé Alban Phillips pour réaliser sa courbe originale, et cela redonnerait du crédit à... Karl Marx. En effet, la courbe de Phillips traduit empiriquement ce que pensait l'économiste allemand avec "l'armée industrielle de réserve", chargée de contenir le niveau de salaires à un niveau suffisamment bas pour maximiser les profits des capitalistes. Et si cette armée industrielle de réserve se raréfie (baisse du chômage par conséquent), les capitalistes se retrouvent obligés d'augmenter les salaires.

Quand on a un œil différent du mainstream, qui est particulièrement envahissant en économie, il y a de quoi être inquiet sur la suite des événements.

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