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Une courte odyssée européenne pour Tsipras

Publié le par JoSeseSeko

Photo: AP/GIANNIS LIAKOS

Photo: AP/GIANNIS LIAKOS

Pour les premiers jours de février, Alexis Tsipras, Premier ministre grec, s'est rendu dans plusieurs pays européens pour trouver des alliés dans son idée de restructurer la dette publique grecque, face à l'intransigeance de l'Allemagne.

Après une élection historique du parti de gauche radicale Syriza, le 25 janvier dernier, le nouveau gouvernement grec s’attelle à un travail quasi herculéen. Alexis Tsipras, le Premier ministre, s'efforce à convaincre ses partenaires de l'Union européenne (UE) de la nécessité de revoir la question du remboursement de la dette publique grecque, quitte à en annuler une partie.

Un terrain déminé...

Avant d'aller lui-même parler aux différents chefs d'État et de gouvernement, dont il compte en faire des alliés de poids par rapport à l'Allemagne, qui est hostile à sa politique, Tsipras a envoyé son ministre des Finances, l'économiste Yanis Varoufakis, prêcher la parole grecque auprès de ses homologues italien, français ou britannique, avant de se heurter au ministre des Finances allemand Wolfgang Schaüble, qui suit l'orthodoxie économique et le statut quo, défendu par la chancelière Angela Merkel.

... mais pas convaincant

Malgré l'accueil chaleureux qui a été fait tant à Varoufakis qu'à Tsipras, les "deux épouvantails grecs" (comme le titre l'hebdomadaire Challenges dans son numéro de cette semaine) ne sont pas rentrés d'Athènes avec le sentiment d'avoir gagné la confiance de leurs auditeurs. Encore plus au sujet de la France. En effet, ils peuvent considérer que la deuxième économie de l'UE, derrière l'Allemagne, est terriblement molle et trouillarde, à l'idée de vouloir engager un rapport de force face à Berlin.

Michel Sapin, ministre des Finances, comme François Hollande, président de la République, ont indiqué aux duettistes helléniques qu'ils doivent respecter les engagements tenus par leurs prédécesseurs auprès des partenaires européens. En somme, vouloir continuer à pratiquer l'austérité pour rétablir les comptes publics, alors que ça fait empirer la situation.

Un isolement pour qui?

Vu le tableau, on pourrait dire que la Grèce est bien isolée et que ça semblait logique qu'elle se trouve dans cette situation, où elle devra faire force de caractère. Mais le gouvernement grec, fort de sa victoire électorale qui lui donne une légitimité puissante, ne compte pas baisser les bras et puis malgré tout, ces visites en France, en Italie, en Grande-Bretagne, puis même à la Commission européenne à Bruxelles, ont réveillé certains esprits au pouvoir, en particulier en France. Même si selon certains socialistes au gouvernement, Tsipras reste à leurs yeux le "Mélenchon grec", il ne serait pas idiot de la part de Hollande de s'en rapprocher pour jouer le "gauchiste", sachant que Tsipras est plus à gauche que lui. Le Président du conseil italien Matteo Renzi compte en faire de même, lui qui est comparable à un soufflé retombé suite à l'absence de résultats de sa politique économique orthodoxe.

Au vu des comportements à observer les prochains mois, plus des résultats d'élections dans plusieurs pays européens (Royaume-Uni; Portugal; Espagne), il y aurait à parier un isolement progressif de... l'Allemagne, qui paierait cher son intransigeance alors que ses commandes hors UE tendent à la baisse, par méfiance envers les États-Unis depuis l'affaire Snowden, car la Russie sanctionne l'alignement occidental, ou parce que la demande chinoise se contracte.

Le chantage de la BCE

Il reste un écueil périlleux pour Athènes, c'est la Banque centrale européenne (BCE). Mario Draghi, son président, qui a pourtant déclaré fin janvier un programme de rachat de titres de dette publique, se montre coriace pour la Grèce. Le programme de liquidités passé entre Francfort et Athènes risque de ne pas être renouvelé, pouvant provoquer un risque de faillite du pays pour fin mars. Ce qui peut signifier une poussée vers la sortie de la Grèce de la zone euro, le fameux "Grexit" des anglo-saxons.

Pour quelle raison? C'est évident. La BCE, pseudo indépendante mais acteur politique conservateur indéniable, met des bâtons dans les roues grecques pour empêcher le gouvernement de Tsipras à appliquer son programme de sortie de l'austérité (hausse du salaire minimum, embauche de fonctionnaires, restructuration de la dette, etc.). Programme qui, soit dit en passant, n'a rien de révolutionnaire. Il est même très keynésien! Ce qui me permet de rappeler combien Keynes était loin d'être anti-capitaliste.

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