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Quand le sport illustre la rationalité limitée

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Maxppp

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Photo: Yannick Parienti

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Les récents refus de Nabil Fekir et de Michy Batshuayi de jouer au niveau international pour les sélections de leur pays d'origine, en faveur du pays de leur naissance, pourraient bien servir de réflexion pour les économistes, s'ils sont bien inspirés.

Il est d'usage en économie, notamment du côté des économistes "mainstream" (néo-classiques, nouveaux classiques, monétaristes, etc.), bref, des libéraux, que les individus soient parfaitement rationnels. Cette hypothèse de la rationalité parfaite suppose un a priori de taille, à savoir une information égale pour que les individus puissent faire des choix qui maximisent leur utilité. Ça c'est le dogme!

Mais d'autres économistes ou penseurs ne sont pas de cette avis. Herbert Simon, Prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel (vulgairement appelé "prix Nobel d'économie") en 1978, avait remis en cause cette thèse, en développant la rationalité limitée, sous prétexte que les personnes ne pouvaient avoir le même niveau d'information, créant donc une asymétrie d'information. L'exemple de l'usine Arcelor-Mittal de Florange est très pertinent, de ce point de vue-là.

Pays de naissance vs pays d'origine

Le football est de plus en plus utile pour la réflexion économique. Encore faut-il y penser. Ces derniers jours, la presse sportive (notamment le quotidien l'Équipe) a relayé les négociations autour de l'avenir international du milieu offensif de l'Olympique lyonnais Nabil Fekir. Né en France, de parents algériens, possédant la double nationalité franco-algérienne, et jusqu'à présent international espoirs français, il aurait choisi, vendredi 6 mars, l'équipe d'Algérie entraînée par le français Christian Gourcuff. Puis, le weekend passant, il s'est ravisé en faveur des Bleus de Didier Deschamps, convaincu d'ailleurs par ce dernier, comme il l'explique dans un entretien accordé à l'Équipe, paru le mardi 10 mars. En outre, il se réfère à Zinedine Zidane puisqu'en effet, "Zizou" a en commun avec Fekir la naissance en France et des origines algériennes. Mais ce revirement a du mal à passer pour la presse algérienne, pour l'opinion publique. Le journal sportif Compétition ne semble pas en démordre de cette volte-face de Fekir par rapport aux Fennecs (surnom de l'équipe d'Algérie), même si d'anciens joueurs de l'Algérie, comme Rabah Madjer, se montrent respectueux.

Cette histoire n'est pas propre à la France et à une de ses anciennes colonies (ici, l'Algérie). La Belgique a des similitudes. L'attaquant de l'Olympique de Marseille, Michy Batshuayi, international espoir belge d'origine congo-zaïroise, a indiqué dans un communiqué qu'il comptait bien faire partie des Diables rouges, entraînés par Marc Wilmots, plutôt que de rejoindre l'équipe nationale de la République Démocratique du Congo (RDC), malgré les contacts établis avec l'entraîneur des Léopards, Florent Ibenge, autour d'un parcours surprenant en Coupe d'Afrique des nations en début d'année (demi-finaliste). Néanmoins, il y a une différence avec le cas de Fekir puisque si Batshuayi avait choisi le Congo-Zaïre, il aurait perdu sa nationalité belge, en raison de l'article 10 de la Constitution de la RDC qui stipule: "La nationalité congolaise est une et exclusive. Elle ne peut être détenue concurremment avec aucune autre." Ça aurait été plus contraignant.

Temps de jeu

La question qu'on pourrait se poser est la suivante: ont-ils été rationnels? Certains diront oui, à la manière du "mainstream", arguant que la concurrence à laquelle ils ont à faire tant en France qu'en Belgique, les tirerait vers le haut, ce qui ne serait pas le cas s'ils avaient choisi l'Algérie et la RDC. Mais des objections seront mises en avant, du fait que l'utilité d'un joueur est d'avoir le maximum de temps de jeu possible, donc d'avoir la plus grande probabilité d'être titulaire au sein d'une sélection nationale. Cette même concurrence chez les Bleus et les Diables rouges, qui pourrait tirer Fekir et Batshuayi vers le haut, fait office de barrage pourrait empêcher durant plusieurs années leur éclosion au niveau international, réduisant la probabilité d'être titulaire, ou de jouer quelques minutes en tant que remplaçants. Alors que pour les Fennecs et les Léopards, il y aurait une concurrence moindre, donc une plus grande probabilité d'être titulaire, puis voire même, question de flatter l'ego, d'être des phares pour le reste de l'équipe nationale, la tirant vers de nouveaux sommets.

Certains joueurs de foot ont fait justement le choix inverse de Fekir et Batshuayi, et il semble que bien leur en a pris, tant pour eux-mêmes que pour l'équipe nationale respective, mais ces histoires démontrent combien la rationalité est loin d'être parfaite dans ce monde, pour ne pas dire que c'est une grosse blague!

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