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Alternance au Nigéria

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Reuters

Photo: Reuters

Muhammadu Buhari, candidat d'une coalition d'opposition, est sorti vainqueur des élections présidentielles nigérianes, face au président sortant conservateur, Goodluck Jonathan. Une alternance pleine de défis pour le nouveau président de la première puissance africaine.

Le Nigeria est en mode "retour vers le futur", ou presque. Muhammadu Buhari, ancien président du pays dans les années 1980, dans une période où l'armée faisait la pluie et le beau temps, est sorti vainqueur des élections présidentielles établies le samedi 28 mars, alors qu'elles étaient initialement prévues le 14 février dernier. Son adversaire, Goodluck Jonathan, président en exercice, a reconnu sa défaite, après publication des résultats officiels.

Un report raté pour Jonathan

Le président sortant, qui pensait être réélu haut la main, est tombé de haut. Pourtant, son mandat est marqué par une croissance renforcée, si on prend en compte les données du Fonds monétaire international (FMI), à ce sujet (passage de 4,9% à 5,4% de croissance entre 2011 et 2013), aidé en cela par le cours du pétrole. Cependant, vu le contre-choc pétrolier de ces derniers mois, le FMI a du revoir ses prévisions de croissance à la baisse pour le pays en 2014 et au-delà puisque l'institution de Washington, dans son rapport sur l'activité mondiale de janvier 2015, observait 6,1% de croissance pour 2014 et projetait sur 2015 et 2016 4,8 et 5,2% de croissance pour la première économie d'Afrique. Auparavant, c'était plutôt 7% pour 2014, 7,3 et 7,2% pour 2015 et 2016. C'est dire la dépendance qu'a Abuja pour "l'or noir".

En outre, Goodluck Jonathan n'a pas été à la hauteur dans la lutte contre Boko Haram. L'organisation terroriste, qui a récemment fait allégeance à l'État islamique, a mené ces derniers mois, des opérations contre les autorités nigérianes au Nord-est du pays, renforçant sa présence dans cette zone (raison pour laquelle les élections furent retardées, officiellement) et s'étendant vers des pays voisins (Tchad, Niger, Cameroun), qui reprochent au pouvoir central nigérian une certaine passivité vu que Boko Haram représente au maximum 3.000 hommes, selon certains observateurs sur place, tandis que l'armée nigériane est composée d'un million d'hommes. Bref, le bilan de Jonathan est contrasté.

Buhari, le revenant

Le vainqueur de cette élection présidentielle, marquant une arrivé de sociaux-démocrates et une alternance après 16 années de présence des conservateurs, n'est pas un inconnu pour les Nigérians. Il avait déjà dirigé le pays dans les années 80, sous la dictature militaire. Muhammadu Buhari s'était plutôt fait connaitre comme un "homme à poigne", à la ligne politique très dure contre l'opposition, n'hésitant pas à censurer des journaux et à faire emprisonner n'importe quel opposant au pouvoir en place. Parmi celles et ceux qui furent jetés en prison durant cette période, figurait le chanteur Fela Kuti, qui n'avait jamais caché son aversion envers les militaires, comme l'atteste la chanson Zombie ci-dessus.

S'il était autoritariste par le passé, ses plus proches partisans assurent désormais qu'il a pris goût à la démocratie depuis la fin des années 90, et la mise en place d'élections démocratiques dans le pays.

Un pays divisé

Son élection est signe d'une recherche d'amélioration du sort des Nigérians, notamment ceux qui sont en proie à Boko Haram dans le Nord-est du pays. Mais son élection sonne également comme un changement dans les rapports de force religieux dans un pays profondément divisé sur la question religieuse, davantage que sur la question de l'idéologie politique, qui passe au second plan. En effet, le Nord, majoritairement musulman, a voté massivement pour Buhari, lui-même musulman, tandis que le Sud, catholique à fond, a donné ses voix les yeux fermés pour Jonathan le catholique.

C'est sûr que voter en fonction de l'appartenance religieuse montre à quel point tout "opium du peuple" est un poison pour l'esprit humain. Mais cette question devient encore plus explosive quand elle est mise en relation avec les ressources économiques et la question de la répartition de la richesse nationale. Le Sud catholique détient la quasi-totalité des réserves de pétrole du Nigeria. Pour cette partie du territoire, pas question de partager la rente pétrolière avec le Nord musulman, plutôt agricole et moins industrialisé. Et ce n'est pas nouveau dans l'histoire contemporaine du Nigéria. Cette question de la répartition des revenus issus du pétrole avait poussé le Sud-est, riche en pétrole et voulant le garder pour lui, à faire sécession, menant à la guerre du Biafra, où les puissances internationales, en pleine guerre froide, apportèrent du soutien (livraison d'armes) aux belligérants.

Bref, Buhari devra être délicat, pour éviter une pareille situation, durant son mandat, tout en luttant contre Boko Haram.

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Paul 03/04/2015 19:25

http://www.pewforum.org/2011/12/19/table-christian-population-in-numbers-by-country/

Paul 03/04/2015 19:25

[...] le Sud, catholique à fond, a donné ses voix les yeux fermés pour Jonathan le catholique.

Chrétien oui. Mais pas Catholique.

http://www.pewforum.org/2011/12/19/table-christian-population-in-numbers-by-country/