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Qui sera le futur n°10 britannique?

Publié le par JoSeseSeko

Qui sera le futur n°10 britannique?

Les bureaux de vote sont ouverts, ce jeudi 7 mai, pour l'une des élections législatives les plus serrées de l'histoire du Royaume-Uni, sonnant peut-être la fin du bipartisme entre les conservateurs et les travaillistes.

Le suspense sera entier à partir des résultats des élections, dans la soirée du 7 mai. En tout cas, une question se pose: qui de David Cameron, actuel Premier ministre britannique, ou d'Ed Miliband, sera le locataire du 10 downing street? Et quelles conséquences sur l'engagement futur du Royaume-Uni dans l'Union européenne (UE)?

Tories et travaillistes au coude-à-coude

Selon les derniers sondages publiés outre-Manche, le parti conservateur, membre majoritaire de la coalition gouvernementale composée par David Cameron, et le parti travailliste d'Ed Miliband, se collent vu qu'ils auraient 33% chacun des voix. En projection de sièges, les deux partis auraient sensiblement le même nombre (273 chacun), sur les 650 que compte la Chambre des Communes, la chambre basse du Parlement britannique.

Du coup, aucun des deux partis dominants de la classe politique britannique n'a la majorité à lui tout seul. Il faudra que Cameron et Miliband mènent des tractations avec d'autres partis politiques pour former un gouvernement. Ce qui signe la fin d'un bipartisme régnant sur Londres depuis plusieurs décennies.

Une nouvelle coalition en vue

Mais qui jouera le rôle de faiseur de rois? Soit les Libéraux-démocrates de Nick Clegg, ou les indépendantistes du Parti national écossais (Scottish national party, SNP). Les premiers ont déjà joué ce rôle puisqu'ils font partie de la coalition gouvernementale, auprès des conservateurs. Néanmoins, le nombre de députés (57) qu'ils ont pu faire élire en 2010, date des précédentes élections législatives, risque d'être plus faible aujourd'hui, puisque selon certains journaux britanniques, les LibDems n'auraient pas plus de 27 députés. Insuffisant pour chacun des deux grands partis puisqu'il faut une majorité de 326 députés pour former un gouvernement.

Mais les travaillistes semblent tout de même partis pour gouvernement, en s'alliant avec les LibDems puis avec le SNP. Le parti indépendantiste écossais, considéré comme plus à gauche que le Labour, pourrait emmener 52 députés à Westminster, contre 6 en 2010. Mais ces sièges a priori gagnés par les indépendantistes seraient surtout des sièges d'anciens élus travaillistes, vu que l'Écosse vote traditionnellement pour ce parti, et le SNP pourrait ainsi sanctionner le soutien des travaillistes à la campagne pour le "non" à l'indépendance de l'Écosse, au moment du référendum de septembre 2014.

Pour ou contre l'UE?

Quelque part, le vote d'aujourd'hui enverra un signal fort auprès de l'UE, puisqu'il est souvent écrit que les habitants d'Albion sont habités par l'euroscepticisme. Et il s'exprime notamment à travers le Parti pour l'indépendance du Royaume-Uni (United Kingdom independance party, Ukip), un parti d'extrême-droite qui rallie de plus en plus d'anciens conservateurs, faisant ainsi pression sur Cameron. D'autant plus que si Cameron gagnait l'élection, il s'engagerait à proposer un référendum sur la sortie ou non du Royaume-Uni dans l'UE, à l'horizon 2017. Et vu l'euroscepticisme ambiant outre-Manche, malgré l'opposition des milieux de la City qui y trouvent leurs comptes en étant dans l'espace économique européen, la tentation de la sortie est grande au sein de la population.

Remarquez, est-ce que ce serait une catastrophe pour l'UE? Je pense que non. Si le "cheval de Troie" des États-Unis, comme le disait Charles De Gaulle veut partir, qu'il parte! Comme ça, on fera des économies vu qu'ils ont droit aux subventions de la Politique agricole commune alors qu'elle est quasi inexistante chez eux. No more "I want my money back"! Néanmoins, les British pourraient y perdre dans ce cas, en particulier les Écossais, qui sont les plus europhiles chez Albion.

Un "modèle" en trompe-l'œil

Au fur et à mesure que la campagne avance, la presse mainstream française vante de nouveau le modèle britannique de croissance économique, comme elle le faisait avant la crise de 2008-2009. Et pour plusieurs raisons évidentes: la croissance british est supérieure à celle d'autres pays européens, notamment la France et l'Allemagne, puis un taux de chômage affaibli, tout en menant une politique d'austérité drastique.

Ce fantasme diffusé par les tenants de l'orthodoxie économique est assez séduisant, mais pas convainquant quand on cherche à être plus sérieux. En effet, le chômage britannique masque une croissance de la pauvreté. Un rapport parlementaire datant de décembre 2014 indique que les ménages britanniques les plus pauvres sont les plus pauvres des pays développés. De même que malgré la politique d'austérité menée par la coalition Tories/LibDems, supprimant des milliers d'emplois publics, le déficit était à hauteur de 6% du Produit intérieur brut en 2014, largement supérieur à celui de la France (4% du PIB) par exemple. Puis deux autres couacs dans cette présentation merveilleuse du modèle d'Albion. Dans son numéro de mai 2015, le magazine Alternatives Économiques rappelle que les britanniques ont perdu du pouvoir d'achat depuis 2009 (- 2,5%) et que les travailleurs Britanniques sont moins productifs que les Français depuis plusieurs années puisque d'après Eurostat, en 2013 par exemple, les Britanniques produisaient 39,2€ par heure de travail contre 45,6€ pour les Français.

Le futur Premier ministre aura un sacré boulot à faire.

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