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Le triomphe du jeu néo-zélandais et sudiste

Publié le par JoSeseSeko

Photo: MAXPPP

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Photo: Reuters

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Avec la victoire de la Nouvelle-Zélande face à l'Australie en finale, c'est la philosophie d'un rugby tourné vers l'offensive et la maîtrise technique qui a dominé cette Coupe du monde de rugby. Une voie digne du French flair que le XV de France a perdu, à moins d'une révolution organisationnelle et générationnelle.

"They did it!" (Ils l'ont fait). Les néo-zélandais, grands favoris de cette Coupe du monde, sont la première équipe de rugby à avoir conservé le titre de champion du monde, en gagnant l'Australie en finale (34-17), samedi 31 octobre. Une finale grandiose selon les observateurs que j'ai raté car j'avais une marche à suivre de près, à Paris. Mais la logique est respectée, permettant à Richie McCaw, le capitaine All black, d'être le premier à gagner deux fois consécutivement le trophée Webb Ellis. Mieux que le 2e ligne et capitaine Wallaby John Eales, qui l'avait soulevé en huit ans d'intervalle (1991-1999). Et surtout, la Nouvelle-Zélande devient la première nation à gagner trois Coupes du monde.

Un Sud joueur et dominateur

Cette Coupe du monde en Angleterre va désormais rester dans les annales avec cette victoire All black, mais surtout par la domination des pays de l'hémisphère Sud (Nouvelle-Zélande, Australie, Afrique du Sud, Argentine), qui guerroient lors du Rugby championship (surnommé Four nations), équivalent du Tournoi des VI nations dans l'hémisphère Nord. Ces quatre pays se sont tout simplement retrouvés en 1/2 finale, ne laissant rien passer aux pays de l'hémisphère nord, même si l'Australie aurait pu passer à la trappe en 1/4 de finale par l'Écosse sans l'erreur d'arbitrage de M. Joubert et la précipitation des écossais. Une première dans l'histoire de la Coupe du monde.

Toujours est-il que si le Sud a battu le Nord, une fois encore - 7 Coupes du monde sur 8 gagnées par ces pays-là -, c'est par une philosophie axée sur le jeu, la possession de balle, la technique ballon en main, l'offensive de toutes parts. Même si l'Afrique du Sud fait un peu exception car culturellement, les Springboks sont tournés vers l'aspect combatif de ce sport, et donc des monstres dans les rucks, les autres nations du Sud cherchent à produire un jeu léché. D'ailleurs la grande surprise pour certains a été de voir l'Argentine à ce niveau-là, luttant contre l'Australie en 1/2 finale de cette manière, même vaine. Les Pumas, jusqu'à présent, étaient réputés pour mettre leur grinta dans les mêlées, de balancer des chandelles à tout bout de champ, d'avoir une défense de fer et des gratteurs efficaces, ce qui les avait réussi en 2007 pour aller en 1/2 finale... bref, de ne pas savoir jouer à la main. Mais avec l'entraîneur Daniel Hourcade, ils répondent dans le jeu pur, dans les relances à la main avec une technique améliorée qui les rendent redoutables. Et avec un effectif relativement jeune (27,5 ans), les argentins peuvent faire partie des grands favoris pour la Coupe du monde 2019, d'autant plus que l'enthousiasme des supporters argentins, dont l'ancien footballeur Diego Maradona, a fait plaisir à voir.

Internationaliser le rugby

N'empêche, cette Coupe du monde va devoir pousser le rugby international à s'étendre. Hormis les performances de l'Argentine, les "petites nations" de l'ovalie ont également proposé du jeu. Le cas du Japon va faire école. Les Brave Blossoms, qui n'avaient gagné qu'un match dans leur histoire en Coupe du monde, en ont gagné trois cette année, dont une victoire historique contre l'Afrique du Sud (34-32). Mais ils n'ont pas eu accès aux 1/4 de finale alors qu'ils le méritaient amplement.

Cette injustice est la conséquence du management de World rugby (ex-IRB). L'instance internationale, présidée par le français Bernard Lapasset, devra supprimer son fonctionnement historique, qui favorise les grandes nations, notamment la répartition des voix car la règle "un pays = une voix" qui prévaut à la FIFA, la grande instance du football mondial, n'existe pas dans le rugby. Un pays comme l'Écosse a plus de voix que le Japon par exemple alors que ce dernier compte deux fois plus de licenciés que le premier. Un appel à la réforme institutionnelle, à l'avantage des "petites nations", comme la possibilité pour le Japon, la Roumanie, la Géorgie ou le Canada, d'affronter plus régulièrement les "grandes nations" (hémisphère Sud + Angleterre, France, Irlande, etc.) serait un geste fort pour développer le rugby dans le monde, d'autant plus que la prochaine Coupe du monde aura lieu en 2019 au... Japon.

Le champ de ruines bleu

Une nation historique du rugby, avec l'Angleterre, est dans la tourmente sportive, c'est la France. Le naufrage du Radeau de la Méduse bleu face à la marée noire en 1/4 de finale (13-62) met fin à l'ère Philippe Saint-André, la plus nulle de l'histoire du XV de France depuis la professionnalisation du rugby, en 1995. Et face à ce champ de ruines, Guy Novès, ancien chantre du "jeu de mains, jeu de toulousains" avec un palmarès qui parle (10 boucliers de Brennus, 4 Coupes d'Europe), est attendu comme le Messie qui ressusciterait le French flair, botté en touche depuis plusieurs années.

Mais avec quels hommes s'appuyer? Le capitaine Thierry Dusautoir pourrait bien continuer mais pas au-delà de 2016. Et d'autres éléments d'expérience (Nicolas Mas, Pascal Papé, Frédéric Michalak) ont déjà pris leur retraite internationale. À la limite, Yoann Maestri, Louis Picamoles ou Morgan Parra peuvent se comporter en cadres, en grandes gueules qui insufflent de la rage à leurs coéquipiers, mais ils sont peu nombreux. Finalement, un retour d'un François Trinh-Duc, ou une nouvelle vague (Teddy Thomas, Jules Plisson, Gaël Fickou, etc.) pourrait être installée par Novès afin qu'elle s'habitue au haut niveau et à proposer du jeu.

Mais cela dépendra beaucoup des clubs français. Et ils pourraient bien être un frein au XV de France comme le sont les clubs anglais de foot pour l'équipe d'Angleterre, pour deux raisons:

  1. Suite à l'humiliation face aux All blacks, la Fédération française de rugby (FFR) s'est lancé dans l'idée de développer les contrats fédéraux, comme le font les pays du Sud. Or, pour cela, il faudrait des moyens financiers colossaux, sachant que la FFR n'a pas (encore) de stade qui lui appartient et que les clubs ont sorti les couteaux aussitôt que cette nouvelle s'est répandue.
  2. Les clubs, qui sont des machines de guerre financière lourdement armées, sont-ils motivés à faire jouer des joueurs français? Clairement non. La preuve, quand des grands joueurs des autres grandes nations (les sud-africains Bryan Habana et Bakkies Botha; les anglais Jonny Wilkinson et les frères Armitage; les australiens Will Genia, Drew Mitchell et Matt Giteau; etc.) sont venus en France, grâce à la manne financière des clubs hexagonaux et de leurs actionnaires, et malgré leur expérience qui pourrait enrichir les jeunes joueurs français, ils sont davantage titulaires que ces derniers. Et la tendance n'est pas prête de s'inverser vu que les nouveaux champions du monde Ma'a Nonu et Dan Carter fouleront les pelouses du Top 14 à la fin de l'année. Et tout porte à croire qu'ils seront des titulaires indiscutables, empêchant ainsi les jeunes français d'avoir du temps de jeu.

Vu cette dernière raison, d'aucuns penserait que je suis xénophobe. Ce serait mal me connaître. Mais force est de constater cette tendance et malgré le talent d'entraîneur de Novès, c'est un cadeau empoisonné qui lui est fait à partir d'aujourd'hui, vu qu'il est officiellement dans ses fonctions ce 1er novembre.

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