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Yitzhab Rabin ou le militaire devenu pacifiste

Publié le par JoSeseSeko

Yitzhab Rabin ou le militaire devenu pacifiste

20 ans après son assassinat, Yitzhak Rabin (1922-1995) reste regretté par une bonne partie de la population israélienne, mais aussi dans le monde. L'héritage politique de l'ancien Premier ministre semble être en cendres avec la colonisation des Territoires occupés, notamment en Cisjordanie.

Qui pourrait croire qu'un militaire pourrait symboliser la paix en Terre sainte? Eh bien, Yitzhak Rabin a relevé le défi mais ses projets furent inachevés le 4 novembre 1995 par un juif d'extrême-droite, Yigal Amir, à Tel-Aviv, et un changement de politique à l'égard de la Palestine, que symbolisait déjà Benyamin Netanyahou à l'époque, sans faire de déclarations révisionnistes comme ce fut le cas il y a quelques semaines.

Un militaire politicien

Avant d'être un politicien reconnu au sein d'Israël, Rabin était dans une première vie un militaire. Et sa carrière au sein de Tsahal est tout bonnement réussie, avec en point d'orgue la Guerre des Six jours en 1967. Le général Rabin opéra avec succès du côté du Néguev et devint l'un des premiers généraux à entrer dans la vieille ville de Jérusalem, annexée par Israël, mais non reconnue par l'Organisation des nations unies depuis 1967. Toujours est-il que cette guerre fut la dernière pour Rabin en tant que militaire, lui qui portait l'uniforme depuis 1940, avant même que l'État d'Israël soit institué (1948).

Du coup, une nouvelle carrière s'annonça à lui, dans le champ politique. Membre du Parti travailliste (centre-gauche), ambassadeur d'Israël à Washington de 1968 à 1973, il devint un an plus tard Premier ministre jusqu'en 1977. Bref, une reconversion logique pour un militaire politicien. En effet, ce n'est pas nouveau dans l'histoire humaine que des membres de l'armée devinrent par la suite des politiciens de premier plan - en France, les exemples de Napoléon Bonaparte, Patrice de Mac Mahon, Philippe Pétain ou Charles De Gaulle sont plus ou moins évidents; aux États-Unis, ce sont Georges Washington, Andrew Jackson, Ulysses Grant, Theodore Roosevelt ou Dwight Eisenhower -, mais le cas de Rabin est assez exemplaire. Au pouvoir, il aurait pu se montrer impérialiste, de manière à ce que l'opinion publique se tourna vers la frontière, vers les pays arabes, pour ne pas se concentrer sur la politique intérieure, notamment au niveau économique et social. En lisant quelques articles sur lui ces derniers jours, je note une réserve de ce côté-là. Néanmoins, après la défaite des travaillistes en 1977 et le basculement dans l'opposition, il fut appelé à plusieurs reprises dans des gouvernements de coalition comme ministre de la Défense et n'hésitait pas à suivre une ligne dure au moment de la première intifada (1987).

Accords d'Oslo: gloire et perte

Mais ce que la postérité a retenu, ce fut la poignée de mains entre Rabin et Yasser Arafat, le leader palestinien à Washington, auprès du président états-unien Bill Clinton, au moment des accords d'Oslo en 1993. Redevenu Premier ministre en 1992, Rabin mena une politique extérieure de détente avec l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), qu'Israël reconnait la légitimité à ce moment-là. Par conséquent, Arafat annonça que l'OLP renonce au terrorisme et à son tour, reconnait le droit d'Israël "à vivre en paix et dans la sécurité." Bref, tout était bien parti dans le meilleur des accords possibles.

Néanmoins, ce moment de gloire pour Rabin, qui fut nommé avec Arafat prix Nobel de la Paix en 1994, fut quelque part celui qui causa sa perte, vu la violence à laquelle l'opposition se mit pour condamner les accords d'Oslo, la politique pacifique du gouvernement Rabin, auprès du "terroriste" Arafat ayant du sang israélien sur les mains. Mais Rabin avait également du sang, palestinien cette fois, sur les mains, et il était temps d'en fini avec ce cycle de violence coûteux en vies humaines. En outre, les accords en question, décriés par l'opposition d'alors, ne sont qu'une ébauche pour en finir avec le conflit israélo-palestinien, dans un contexte où la guerre froide n'existe plus. Par voie de conséquence, le sentiment que Rabin serait un "traître" se développa dans une société israélienne sensible aux discours de l'extrême-droite et Yigal Amir, un jeune extrémiste, l'assassina dans le dos, il y a 20 ans, à Tel-Aviv.

Un héritage en cendres

Et quelque part, toute proportion gardée, Rabin devint l'égal d'un Jean Jaurès, assassiné pour un positionnement pacifiste par un compatriote terroriste (dans le cas de Jaurès, il s'agit de Raoul Villain). Mais une conséquence est commune aux deux hommes, c'est le délitement de leur héritage politique. Pour Jaurès, c'est un Parti socialiste qui ne semble plus être à la hauteur du nom qu'il porte, avec pour symbole un revirement belliciste, colonialiste depuis 1 siècle. Du côté de Rabin, c'est un parti travailliste qui n'est plus en mesure depuis plusieurs années de reprendre le pouvoir face à une droite qui s'y maintient avec Netanyahou.

Mais c'est également le fait que le sionisme prend un tour impérialiste, qui rend Israël malade, parano face à une majorité du reste du monde. Alors que chez les travaillistes, qui furent les créateurs de l'État d'Israël, ils défendaient un sionisme moins offensif, notamment quand Rabin en fut leur leader, ils ont de plus en plus épousé les discours des sionistes ultra-offensifs, colonisateurs à l'excès, afin d'espérer les attirer électoralement. Et ça ne marche pas! Du coup, 20 ans après, la mort de Rabin reste amèrement regrettée et la fille de l'ancien Premier ministre, Dalia Rabin, est convaincue qu'Israël serait bien mieux si son père était encore vivant, même si elle reste dubitative quand à l'idée de savoir si Yitzhak Rabin serait allé au bout du processus de paix avec l'Autorité palestinienne.

Il faut savoir reconnaître un grand être humain, mais c'est pour beaucoup au moment de son départ, notamment quand ça surgit de manière violente.

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