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Renault en mode équilibriste

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Bertrand Guay/AFP

Photo: Bertrand Guay/AFP

La récente divulgation de perquisitions sur plusieurs sites de l'ex-Régie a fait plonger l'action de la firme. Les actionnaires de Renault, notamment l'État, font bloc pour affirmer que ce n'est pas comparable avec la tricherie de Volkswagen. Reste à voir si certains engagements restent dans les clous de la direction du groupe automobile.

Il a suffi d'un communiqué de la section Renault de la Confédération générale du travail (CGT) pour provoquer un emballement à la vente, jeudi 14 janvier. La CGT-Renault révélait des perquisitions réalisées par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) sur plusieurs sites de production, afin de vérifier d'éventuelles tricheries sur la consommation des moteurs diesel, comme ce fut le cas pour le constructeur allemand Volkswagen en septembre 2015. Le résultat, c'est un plongeon du cours de l'action Renault au CAC 40 (-20% dans un premier temps, -10% à la fin de la journée du 14 janvier), qui n'a pas non plus épargné son compatriote PSA Peugeot-Citroën (-5% le 14/01).

Éteindre l'incendie

Toujours est-il que la communication de la CGT, basée sur de bonnes intentions (honnêteté), est vue comme suicidaire pour des anciens cadres de Renault et mal perçue par les investisseurs, qui ont traditionnellement du mal à interpréter positivement la parole d'un syndicat. La direction de Renault avait le devoir d'éteindre l'incendie, avec un communiqué publié dans la journée, indiquant l'intervention de la DGCCRF visant à "valider définitivement les premiers éléments d'analyse réalisés par la Commission technique indépendante." La dite commission, créée par le ministère de l'Écologie après l'affaire Volkswagen, pilotée par la Direction générale de l'Énergie et du Climat, indiquant pour le moment que "la procédure en cours ne mettrait pas en évidence la présence d'un logiciel truqueur équipant les véhicules Renault", selon le communiqué de l'entreprise.

L'État est donc, indirectement ou directement (le ministère de l'Économie) venu soutenir une entreprise dans laquelle il a renforcé ses parts dans le capital l'an dernier. La preuve, la casse sur le cours de l'action a été limitée. Néanmoins, l'État est bien gêné dans cette histoire car ces derniers mois, il est en querelle avec Carlos Ghosn, PDG de Renault et de Nissan, allié de la marque au losange, car l'État avait promis de revendre les actions qu'il avait engrangées en avril 2015 et il tarde à tenir son engagement auprès de la direction de Renault et auprès de Nissan, l'autre grand actionnaire du constructeur. Et comme il tient à faire une plus-value au moment de la revente, cette histoire tombe mal. D'où son implication à vouloir restaurer une confiance sur les marchés financiers.

Cap inchangé (pour le moment)

Cette affaire tombe à un moment où la firme au losange semblait se relancer dans sa stratégie de conquête. Le constructeur français a connu une année 2015 plutôt bonne dans les ventes, grâce notamment au marché automobile en France et dans d'autres pays européens, où le groupe a sur profiter de l'embellie ambiante, malgré la lente et certaine désaffection pour les véhicules diesel, et la progression par petits pas certains des véhicules 100% électriques dont Renault en est l'un des principaux promoteurs ces dernières années. Peut-être que cette affaire va renforcer la direction dans sa stratégie vers le véhicule électrique à l'avenir.

C'est aussi à un moment où l'implication de Renault dans le sport automobile prend un nouveau virage. En décembre dernier, Ghosn a déclaré le retour officiel de l'ex-Régie en Formule 1 en tant qu'écurie complète (châssis+moteur), en rachetant l'écurie britannique Lotus, après s'être contenté de jouer le simple motoriste ces cinq dernières années. Or, l'organigramme de la future équipe Renault F1 doit être connu ces prochains jours et malgré certaines rumeurs (rôle non-exécutif de l'ancien champion du monde Alain Prost; maintien des pilotes engagés par Lotus pour 2016), rien ne semble être décidé. A priori, Ghosn ne va pas revenir en arrière mais par le passé, le PDG de Renault n'a guère de l'enthousiasme pour cette compétition phare du sport auto, contrairement à son prédécesseur, Louis Schweitzer. Néanmoins, l'actuel patron de Renault sait combien ce sport touche les pays émergents, rentrant directement dans la stratégie de conquête de la marque au losange.

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