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Une "reprise" bien fragile

Publié le par JoSeseSeko

Photo: AFP/Eric Piermont

Photo: AFP/Eric Piermont

L'économie française affiche 1,1% de croissance en 2015, son plus fort niveau depuis quatre ans. De quoi laisser entendre une reprise de l'activité, source de recul du chômage, dans l'esprit d'un gouvernement aux abois.

Ça va (un peu) fanfaronner du côté de Bercy. Selon les premières estimations de l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), l'activité économique a cru de 0,2% au quatrième trimestre 2015, portant ainsi la croissance du Produit intérieur brut (PIB) à 1,1% sur l'ensemble de l'année 2015. Le ministère des Finances tablait plutôt sur 1,0% de croissance pour 2015. C'est donc un peu plus que prévu, mais ça reste inférieur à la croissance de bon nombre de pays de l'Union européenne comme l'Espagne par exemple, diront certains économistes orthodoxes qui comptent bien faire oublier les souffrances économiques et sociales de l'autre côté des Pyrénées.

Tableau de marche respecté

Le tableau de marche qui était dessiné par le ministre Michel Sapin a été respecté. Et pourtant, c'était loin d'être évident, rétrospectivement. En dépit de signes avant-coureurs en début d'année 2015, sur la question de l'euro ou du pétrole par exemple, 2015 ne fut pas une année de tout repos dans l'hexagone. Les attaques du 13 novembre sur Paris, ainsi que l'instauration de l'État d'urgence qui s'en suivit, ont tout de même laissé des traces car l'Insee estime que les dépenses de consommation des ménages ont reculé de 0,4% au quatrième trimestre 2015. Ce qui, dans une économie wage-led comme celle de la France, peut être embarrassant.

Cela dit, d'autres pans de l'économie ont repris du poil de la bête. Dans son évaluation, l'Insee montre que la production s'est bien comportée en 2015 (+1,3%), en particulier du côté des biens manufacturés et des services marchands. En outre, l'investissement des entreprises est reparti à la hausse en 2015 (+2,0%), notamment dans les biens manufacturés (+2,0%) et dans les services marchands (+2,6%). Néanmoins, l'investissement global s'est réduit en 2015, selon l'Insee, en raison de la chute de la Formation brute de capital fixe dans la construction (-3,0%) et des dépenses d'investissement de la part des administrations publiques (-3,0%). Le pétrole, qui a globalement baissé en matière de prix durant l'année dernière, a sans doute aidé dans la limitation du déficit commercial (-0,2%), réduisant le coût de l'importation de produits pétroliers, facilitant des reprises dans des marchés qui dépendent de cette énergie comme l'automobile par exemple.

Perspective florissante?

Du coup, le scénario de Bercy qu'est une croissance au niveau de 1,5%, voire plus, pour 2016, tient quand même la corde. Et on sait combien ce seuil est important car c'est celui qui indique que le nombre de chômeurs diminue de manière durable en France. Et l'un des principaux éléments dans cette perspective est l'évolution du prix du pétrole. Étant donné sa nature géopolitique, le prix de cette énergie peut être très volatile. Actuellement, il tourne dans les 30-35 dollars le baril, ce qui est du jamais vu depuis 2003! Or, structurellement, le risque d'un montée en flèche du prix ne doit pas être exclue à terme, puis ça rend les énergies renouvelables moins incitatives pour les investisseurs. Mais s'il reste à ce niveau actuel, il y a des chances que la balance commerciale devienne excédentaire en France, une première depuis 2003 justement! Et bien sûr, un excédent commercial contribue positivement à la croissance globale de l'économie hexagonale.

Cela va pousser le gouvernement à poursuivre sa voie (social-)libérale, en se livrant dans la réforme du code du travail, dans le détricotage continu des 35h, car à ses yeux, les données de l'Insee lui donneraient raison de croire que sa politique économique (pacte de responsabilité). Pourtant, le nombre de chômeurs a suivi sa courbe ascendante en 2015 et vu également les perspectives de faible inflation, voire de déflation, il ne faudra guère s'attendre à des hausses de salaires. Cela reste délicat.

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