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30 ans après, Tchernobyl hante les esprits

Publié le par JoSeseSeko

Photo: AP/STR

Photo: AP/STR

L'explosion du réacteur 4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl provoqua la plus grande catastrophe nucléaire connue dans l'histoire de l'humanité jusqu'alors. 30 ans plus tard, et 5 ans après la catastrophe de Fukushima, au Japon, le nucléaire fait débat sur son utilité et ses dangers.

Putain 30 ans! Le 26 avril 1986, la centrale nucléaire de Tchernobyl, en Ukraine - alors membre de l'Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS) - vit l'explosion du réacteur 4, en feu après un incendie dans la nuit, laissant échapper dans l'atmosphère plusieurs milliers de déchets nucléaires, exposant les populations locales à une radioactivité extrême. Un accident qui aurait pu être beaucoup plus grave s'il n'y avait pas eu le sacrifice des pompiers puis des "liquidateurs" soviétiques sur les lieux, faiblement protégés contre la toxicité de l'endroit, d'ailleurs devenu une zone inhabitable depuis, alors que la ville de Pripiat, à 3 kilomètres de la centrale, comptait près de 50.000 habitants en 1986. Un large plan d'évacuation de plusieurs dizaines de milliers de personnes dut alors se mettre en place, non sans peine puisque l'exposition à la radioactivité atomique causa plusieurs morts dans les semaines qui suivirent.

Transparence vs mensonge

L'accident nucléaire montra à quel point l'URSS avait une technologie obsolète et quelque part, cela fit prendre conscience de la lente chute de l'empire soviétique, qui aura lieu cinq ans plus tard. Toujours est-il que Mikhaïl Gorbatchev, au pouvoir depuis à peine un an, dut gérer avec gravité la situation et en exigeant l'application de la perestroïka (transparence) sur le fil des événements à Tchernobyl. De même que le dirigeant de l'Union soviétique appela à un soutien occidental, notamment des Français, pour la mise en place d'un sarcophage chargé de contenir les déchets radioactifs gravitant dans la centrale. Un chantier à plusieurs centaines de millions d'euros toujours en cours.

Si la transparence fut de mise en URSS, le mensonge fut appliqué ailleurs. Dans les jours qui suivirent l'accident nucléaire, un nuage contenant des éléments radioactifs traversa l'ensemble des pays européens, les exposant du coup à une radioactivité source de maladie comme le cancer. La France fut également concernée par "le nuage de Tchernobyl", bien que les autorités françaises - alors en début de cohabitation entre François Mitterrand, président de la République, et Jacques Chirac, Premier ministre - ne cessaient d'affirmer que le nuage de Tchernobyl "n'a pas passé la frontière" française. Mais des années plus tard, avec de multiples enquêtes sanitaires, plusieurs familles de victimes portèrent plainte, justifiant leur démarche par le nombre de cancers de la thyroïde anormalement élevé peu après la catastrophe, considérant que les pouvoirs publics ont omis le risque d'irradiation.

Une épée de Damoclès

Est-ce que Tchernobyl a remis en cause l'utilisation du nucléaire civil, notamment pour la production d'électricité? Clairement non, surtout en France. Le nucléaire est un secteur majeur pour l'État, qui tient depuis les années 1970 au "tout-nucléaire" ou presque - au moins les 3/4 de la production d'électricité hexagonale est issue du nucléaire -, avec deux entreprises en pointe sur le secteur (EDF et Areva), dont l'État est l'actionnaire majoritaire. Puis l'argument le plus utilisé face aux critiques des écologistes est que le nucléaire n'émet pas de pollution, ne renforce pas les émissions de gaz à effet de serre. En réponse, les écolos indiquent que la gestion des déchets nucléaires implique un enfouissement profond, coûtant des millions d'euros et que ces dits déchets mettront des siècles, voire des millénaires pour disparaître complètement. Une épée de Damoclès qui peut frapper à tout moment!

Ces critiques ont repris de l'ampleur après l'accident nucléaire de Fukushima au Japon, en mars 2011. Avec l'accent mis sur la transition énergétique, pour stopper cette dépendance au nucléaire. En Allemagne, le gouvernement conservateur d'Angela Merkel, poussé par l'opposition des Grünen (les Verts), opta pour une réduction de la part d'électricité produite par le nucléaire, même si, dans un premier temps, ça consiste à reproduire du charbon, émetteur de gaz à effet de serre. Dans le cas français, le président François Hollande, après son élection en 2012, où il s'engageait à réduire la part du nucléaire avec notamment la fermeture de la centrale de Fessenheim, la plus ancienne de France, est revenu en arrière, acceptant une prolongation de 10 ans de la durée de vie des centrales. Ce qui signifie qu'au lieu de 40 ans d'activité, les centrales tourneront durant 50 ans. Par conséquent, les coûts de maintenance sont revus à la hausse, mais faut croire que pour les autorités, ce serait plus rentable que d'établir des éoliennes, des hydroliennes ou des panneaux solaires par exemple.

Bref, il y a de quoi se demander si ça n'est pas entrain de jouer à la roulette russe avec le nucléaire...

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