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"Vie Politique" sur TF1: peut mieux faire

Publié le par JoSeseSeko

Photo: PHILIPPE LEROUX / TF1

Photo: PHILIPPE LEROUX / TF1

Avec Alain Juppé comme premier invité, le nouveau programme politique de TF1 a montré combien il peut être intéressant, mais des biais éditoriaux sont très visibles de la part de la chaîne privée.

L'élection présidentielle de 2017 n'est pas seulement dans l'esprit des politiciens. Elle l'est également dans les médias. La chaîne TF1 le prouve, avec le lancement, dimanche 12 juin, d'une nouvelle émission, Vie politique, présentée par Gilles Boulleau, qui s'occupe également du journal télévisé du 20h dans la semaine. Et comme premier invité, le journaliste a reçu le maire de Bordeaux, Alain Juppé, candidat à la primaire Les Républicains pour l'élection présidentielle.

Cadre classique

Si on se contente de certaines critiques lancées sur cette émission (cf liens n°1 et 2), il en ressortirait l'idée que cette nouvelle émission politique fait "du neuf avec du vieux". Avec notamment une comparaison avec l'ancienne émission des années 1980 L'heure de vérité, parodiée d'ailleurs par un sketch culte des Inconnus. Ce qui se tient, avec la présence du public, en arrière-plan, et inaudible durant les 60 minutes de l'émission, "et pas une de plus" dixit M. Boulleau, tenant à respecter le rythme.

En-dehors de ça, le rythme était également assez convenu. Un bref résumé en images de l'invité et de son parcours politique, un livre d'or où M. Juppé note son principal défaut et sa principale qualité, qui seront montrés en fin d'émission, une première salve de question par M. Boulleau, un court reportage par la rubrique politique de TF1 et son journaliste, Christophe Jakubyszyn, qui questionne ensuite sur le plateau l'invité, etc. Néanmoins, le livre d'or constitue quelque chose d'assez neuf dans une émission politique.

Biais thématique

Le moment attendu est celui où M. Juppé aurait à répondre au sujet de son programme économique pour la primaire de l'ex-UMP, face aux autres candidats déclarés ou non - Nicolas Sarkozy, ancien président de la République, n'est pas officiellement candidat mais ça ne saurait tarder -. Et pour en débattre, l'ancien Premier ministre de Jacques Chirac - son mentor politique - a eu affaire à Agnès Verdier-Molinié. Une libérale, qui comme beaucoup d'autres, a droit de cité dans les médias pour exprimer la pensée dominante, qui est ancienne et aliénante. Autant dire que c'est tourné dans le sens du consensus, et pas dans un débat contradictoire car Mme Verdier-Molinié prêche un convaincu, dans l'idée de revoir à la baisse la fiscalité sur les entreprises ou la réduction des dépenses publiques car ce seraient les causes des malheurs économiques de la France. Du coup, M. Juppé n'a pas eu trop à se forcer sur son message envers de potentiels électeurs.

Puis, sur la fin de l'émission, un débat sur la laïcité a été fait avec Gilles Finchelstein, directeur de la Fondation Jean-Jaurès, proche du Parti socialiste. Un peu plus contradictoire, mais permettant au maire de Bordeaux d'affirmer un positionnement qui se veut dans l'esprit de la loi de 1905, consacrant la laïcité à la française (séparation des églises et de l'État), notamment par rapport à l'islam. Il en appelle volontiers à ce que des prêcheurs musulmans le fassent dans la langue française, exprimant ainsi une faveur pour un islam gallican. Mais comment financer la formation des imams ou muftis devant exprimer les sourates du Coran en langue française? Et puis, les français concernés par ce sujet sont-ils favorables à cette idée? Ce sont des questions qui restent à éclaircir.

En rodage

En tout cas, même si cette question est importante, il aurait été encore plus intéressant que sur le volet économique, il y ait eu un débat contradictoire avec un économiste hétérodoxe tel un membre du collectif les Économistes atterrés (Frédéric Lordon, André Orléan, Dominique Plihon, Christophe Rameaux, etc.). Mais ce serait être trop exigent envers la rédaction de l'émission, qui montre que c'est du rodage.

Pour finir, il faut dire que ce n'est pas une mauvaise émission en soi mais qu'elle peut véritablement mieux faire, en matière d'organisation contradictoire du débat, ou de mise en relation avec l'actualité chaude, étant donné qu'elle est en direct. Mais cela dépend essentiellement de l'équipe de rédaction et de sa capacité à améliorer le contenu, ou pas. Reste à savoir comment la concurrence va organiser ses émissions politiques. Notamment France 2 puisque la chaîne publique va proposer une nouvelle émission à la rentrée, emmenée en duo par les journalistes David Pujadas et Léa Salamé. En bref, wait and see.

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