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Une formation à revoir au sujet de l’esclavage

Publié le par JoSeseSeko

Une formation à revoir au sujet de l’esclavage

Suite à une inspection d’académie où des propos controversés sur la période de l’esclavage négrier ont été tenus, un professeur d’histoire lutte seul sur un sujet éminent sensible dans l’éducation nationale qu’est l’enseignement de l’esclavage.

« Le nègre vous emmerde », déclarait le poète et homme politique martiniquais Aimé Césaire, aux négrophobes qu’il pouvait croiser dans Paris et ailleurs. Et quelque part, Moïse Manoel, professeur de lettres-histoire en lycée professionnel, afro-descendant, suit le même chemin, vu qu’il veut sortir du droit de réserve de l’éducation nationale, qui permet de masquer des situations « anormales » au sein de l’institution. Une bascule qui s’est opérée le 25 Mars, à la suite d’une inspection dans le lycée professionnel Alexandre Denis, à Cerny (Essonne). Cette inspection visait à voir une mise en application de conseils pédagogiques délivrés lors d’une précédente inspection, sur un cours portant sur le cas de Saint-Domingue (actuelle Haïti), avec des documents sur la gestion d’une plantation. Durant l’entretien réalisé dans le bureau du proviseur, présent à cette occasion, l’inspectrice a déclaré « qu’il y a quand même eu une humanisation des noirs sous l’esclavage, grâce au Code Noir, à travers l’obligation de baptême ».

Esclavage : un sujet tabou ?

Cette phrase de l’inspectrice, une spécialiste en Histoire, aux dires de M. Manoel, a de quoi être choquante sur le fond car pour l’enseignant, « le Code Noir n’a rien d’humanisant ». De même que la conversion forcée au catholicisme ne peut pas être vue comme un bienfait « dans un contexte colonial et esclavagiste ». La pensée de l’inspectrice d’académie suit une « construction idéologique » considérée comme conservatrice, à laquelle plusieurs collègues de M. Manoel souscrivent, ayant tendance, selon lui, « à plus insister sur la responsabilité des rois africains dans la traite négrière » minimisant de facto le rôle de « l’Europe et des puissances occidentales dans ce crime ».

Ça ne veut pas néanmoins pas dire qu’il y a forcément un tabou sur le sujet. Pour M. Manoel, l’enseignement de l’esclavage va être très dépendant de la sensibilité politique du prof. Que ce soit celle de droite, évoquée tantôt, ou celle de gauche, qui enseigne « l’histoire de la traite négrière et de l’esclavage comme un crime contre l’humanité » tel qu’il est défini dans la loi Taubira de 2001. Par contre, cela indique un problème dans la formation, aussi bien des enseignants que des inspecteurs, alors que les manuels scolaires se sont adaptés sur ce sujet.

Un faible soutien

Face à cette histoire, M. Manoel se força, malgré l’opposition de ses collègues, à ne pas laisser ces propos « impunis ». Il fit appel notamment à la Licra et au Mrap pour savoir quelles démarches judiciaires il pouvait utiliser contre l’inspectrice. Et via les conseils de ces deux associations, il ne pouvait rien faire de mieux que de déposer une lettre plainte pour injure à caractère racial auprès du procureur de la République d’Évry, étant donné que les propos tenus étaient dans la sphère privée, alors que la loi Gayssot permet de porter plainte pour contestation de crime contre l’humanité qu’en cas de propos délivrés sur la place publique. Même les syndicats, en particulier la CGT, ne se mouillent pas. Et pourtant, le proviseur, témoin de l’entretien entre le professeur et l’inspectrice, corrobore les propos de cette dernière, auprès du délégué syndical cégétiste du lycée Alexandre Denis, mais invoque pour sa part une « maladresse ».

Une déception pour M. Manoel, qui tel Erin Brockovich, se retrouve en manque de soutien. Ce qui ne l’empêche pas néanmoins de lutter. Vers la fin Avril, il a lancé une pétition destinée aux députés ultramarins, appelant à « pénaliser davantage le révisionnisme sur l’esclavage », et d’articuler la loi Taubira de 2001 avec la loi Gayssot, pour l’étendre sur la sphère privée, avec des « témoins externes, et quand il s’agit de fonctionnaires ». Un écho pourrait être trouvé auprès du député de la Guadeloupe, Victorin Lurel, déclarant lors de la journée de commémoration du 10 Mai qu’il « espère des sanctions judiciaires contre ceux qui font l’apologie de l’esclavage et aussi toutes atteintes à l’honneur des descendants d’esclaves. » Par ailleurs, un amendement au projet de loi Égalité et Citoyenneté, porté par M. Lurel, a été accepté par la Commission spéciale sur ce sujet, à l’Assemblée, le 16 juin 2016. Il permet d’étendre les condamnations envers des personnes « ayant nié ou fait l’apologie de la Shoah » à celles « ayant fait l’apologie, la négation, ayant contesté ou minimisé de façon outrancière l’ensemble des crimes contre l’humanité », dont l’esclavage. Soit un an d’emprisonnement et 45.000 euros d’amende.

De vains courriers

En outre, il a rédigé une lettre ouverte à la ministre de l’Éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem, lui demandant « d’élever le niveau de vigilance des corps inspectoraux de la discipline de lettres-histoire, pour que la mémoire des souffrances passées des esclaves et de leurs descendants soit mieux considérée et partagée ». Enfin, il a rédigé des courriers à la Dilcra, à George Pau-Langevin, ministre des Outre-mer, mais surtout à Jean-Jacques Urvoas, ministre de la Justice, sur la question des sanctions face au révisionnisme sur la traite négrière dans la sphère privée, articulant ainsi la loi Taubira de 2001 et la loi Gayssot.

Mais tous ses efforts semblent vains car en guise de réponse, il reçut un courrier de la justice en juin 2016, indiquant que sa plainte est classée. Le ministère des Outre-mer lui a répondu en juillet 2016 qu'il a transféré son problème auprès de celui de l'Éducation nationale. Enfin, l'Académie qui l'employait ne compte plus sur lui pour enseigner. Mais ça ne lui fait pas d'effet car dégoûté de l'environnement professionnel et social de la France, il prépare ses bagages pour aller vers la Guyane mi-septembre et ne compte plus remettre les pieds dans l'Hexagone, marqué par le manque de soutien et par le contexte de montée de l'islamophobie, de la négrophobie, qui est ambiante, alimentée de toutes parts, y compris à gauche.

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Moïse Manoel 29/01/2017 00:43

https://www.facebook.com/lurel.victorin/photos/a.248134193882.138496.58254283882/10154465254113883/?type=3&theater

Dixit Victorin Lurel :

"MA RÉACTION À LA CENSURE PAR LE CONSEIL CONSTITUTIONNEL DE LA LOI EGALITE & CITOYENNETÉ

Lors de l’examen de la loi Egalité et Citoyenneté, j’avais souhaité élargir le délit d’apologie de crime contre l’humanité aux propos qui font l’apologie, nient, minorent ou banalisent de manière outrancière l’esclavage. Par la reconnaissance de cette nouvelle infraction rendant la loi Taubira de 2001 pleinement effective, nous offrions de nouveaux droits, attendus depuis de longues années, à ceux qui pourront être heurtés dans leur identité ou être victimes d’atteinte à leur honneur ou à la mémoire de leurs ancêtres.

Hier, le Conseil constitutionnel a considéré qu’en « réprimant la négation, la minoration et la banalisation de certains crimes n'ayant fait l'objet d'aucune condamnation judiciaire préalable », le législateur « a porté une atteinte à l'exercice de la liberté d'expression qui n'est ni nécessaire ni proportionnée » et a donc censuré la mesure. Le Conseil estime ainsi que si la négation, la minoration ou la banalisation de certains crimes « peuvent constituer une incitation à la haine ou à la violence à caractère raciste ou religieux », un délit déjà réprimé par la loi, « elles ne revêtent pas, par elles-mêmes (…) ce caractère ».

En tant que parlementaire, je ne peux aujourd’hui qu'acter et respecter la décision prise par le Conseil constitutionnel.

En tant qu’humaniste, je ne peux cependant admettre que la justice reste légalement désarmée lorsqu’il lui incombe de juger des propos tenus publiquement faisant manifestement l’apologie de l’esclavage.

C’est la raison pour laquelle je déposerai dans les plus brefs délais une proposition de loi reconnaissant le délit d’apologie des crimes contre l’humanité tenant compte des remarques et des observations des juges constitutionnels.

Je poursuivrai sans relâche mon combat contre le fléau de l’intolérance et du racisme par une défense résolue des droits imprescriptibles inscrits dans nos textes fondamentaux. Rien ne pourra jamais mettre un terme à mon engagement en faveur de la dignité humaine et contre toutes les formes de haine."

Le combat continu, face à la "justice" de ceux qui nous méprisent...

Oudin Marie Laure 01/09/2016 23:05

Tout cela est écoeurant...mais malheureusement, en Guyane, les IPR ne sont pas non plus toujours à la hauteur et participent à une vision tronquée pour ne pas dire mensongère de la réalité d'un territoire...et des propos racistes sur les populations guyanaises...l'IPR de SVT a ainsi été suspendu de ses fonctions (ouf !) après un scandale survenu il y a un an dans le département...