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Bon vent, Franceinfo

Publié le par JoSeseSeko

Photo: capture d'écran

Photo: capture d'écran

Franceinfo est le nom de la nouvelle chaîne d'information en continu, issu du service public de l'audiovisuel, en place depuis le 1er septembre. Une petite dernière qui devra faire son trou face à des aînés tels LCI, BFM TV ou I-Télé, le tout dans un contexte de tension dans les rédactions.

La télévision compte un nouveau-né. Il s'appelle Franceinfo, il est né le 1er septembre 2016 et il est disponible sur la TNT. Cette chaîne d'info en continu rassemble quatre entités de l'audiovisuel public (France Télévisions, Institut national de l'audiovisuel, Radio France, France 24) et compte bien faire sa place rapidement sur le petit écran, avec une actualité prometteuse avec les élections présidentielles états-uniennes et françaises, à quelques mois d'intervalle. Et bien sûr, damer le pion aux autres chaînes d'info, en particulier BFM TV, la chaîne d'info leader.

Vent de fraîcheur

L'arrivée de Franceinfo sonne comme un vent de fraîcheur sur l'information audiovisuelle, pour différentes raisons. D'abord, la chaîne a pour objectif de "tourner le dos à l'hystérisation de l'info", comme le déclare Michel Field, directeur de l'information de France Télévisions. Ensuite, la forme de présentation change par rapport aux autres chaînes d'info. Pas de table avec des journalistes statiques, mais le plateau est au cœur de la rédaction, avec les bureaux où les journalistes rédigent leurs articles pour le site de la chaîne et un espace contenant des canapés, où les présentateurs peuvent s'y installer pour mener des interviews. C'est un grand espace que les journalistes utilisent à plein, avec leur fiche sur papier ou sur tablette dans la main. De même que la présence d'un tableau interactif, que les journalistes utilisent pour montrer un article en ligne ainsi que des commentaires parus sur Internet détonne par rapport à d'autres chaînes.

D'autres éléments viennent renforcer cette idée de fraîcheur. Des moments de silence se multiplient, où seulement l'image compte, avec du texte en guise d'explication. Pas de voix-off pour commenter l'image. Ce qui doit inciter le téléspectateur à regarder l'image et non plus se contenter du son. Une idée astucieuse. Enfin, il y a une certaine diversité qui se dégage. Des jeunes journalistes issus des différentes entités fondatrices de Franceinfo sont présents à l'antenne, et pour certains d'entre eux, ils laissent poindre des racines extra-européennes. Une illustration d'une diversité qui est rare dans le monde de la presse, des médias, et qui pourrait attirer la curiosité de certains téléspectateurs qui sont en demande sur ce point, étant lassée de voir des journalistes "âgés, mâles et blancs" pour la plupart. Bien sûr, il faut que ce soit à compétence égale.

Une naissance compliquée

Cela dit, les journalistes/éditorialistes présents depuis des années et fréquemment médiatisés restent en place et gardent les bonnes places, à savoir, les émissions de débat (politique). Un effort pourrait être à prévoir de ce côté-là. De même que comme cette chaîne est liée au groupe Radio France, certaines émissions de radio désormais mises sur le petit écran devront s'articuler avec cette nouvelle donne, pour capter l'attention. Mais comme ce sont les premiers jours d'existence, il peut être tout à fait compréhensible qu'une période de rodage se fasse.

Et dire que Franceinfo a eu du mal à naître! Dans un contexte de fonte des budgets dans le secteur public, l'audiovisuel n'y échappe pas. Par exemple, les rédactions de France 2 et France 3 ont dû fusionner, pour réduire les coûts. Le nom de la chaîne a été imposé par la direction de France Télévisions alors que la société des journalistes du groupe l'a refusé à 94%, car prêtant à confusion avec la chaîne de radio France Info (groupe Radio France). De même que M. Field insupporte nombre de journalistes de France Télé, qui ont voté une motion de défiance à son encontre. Mais il reste en poste, soutenu par la présidente de France Télé, Delphine Ernotte, qui est à l'initiative de la nouvelle chaîne d'info publique.

Un contexte tendu

Que ce soit dans le public ou dans le privé, le secteur de la presse, qui a de multiples facettes, connaît de vives tensions. Une des chaînes rivales de Franceinfo, I-Télé, subit des revers en matière d'audience et sa direction compte faire des économies tous azimuts, mais surtout sur les contrats précaires (CDD et CDU). Soit 70 emplois sur les 280 que compterait ce média. De même que le magazine l'Obs a procédé aux licenciements des journalistes Pascal Riché et Aude Lancelin. Celui de cette dernière est considéré comme politique en raison d'une certaine proximité avec le mouvement Nuit Debout et donc, un recentrage de la ligne éditoriale du journal en vue de l'élection présidentielle de 2017.

Les directions ne semblent pas être menacées, malgré les motions de défiance votées, elles restent en place. Par exemple, Mathieu Gallet, PDG de Radio France, tient la barre malgré une motion de défiance votée contre lui en 2015. Du côté de l'Obs, le rédacteur en chef, Matthieu Croissandeau, garde la confiance des actionnaires du journal, alors qu'une motion de défiance a été votée contre lui par 80% des journalistes de la rédaction et que les ventes de l'hebdomadaire se réduisent. Mais non, il reste là et se sont ses adjoints - M. Riché et Mme Lancelin - qui prennent la porte à sa place. Bref, les journalistes ne semblent plus avoir le pouvoir dans leur propre journal qu'ils font vivre du matin au soir et rares sont ceux qui osent se fédérer en tant que "Journalistes debout", tellement ce métier s'est précarisé ces dernières années.

Mais cela ne veut pas dire que ceux qui ont rejoint Franceinfo connaîtront forcément un destin semblable à certains de leurs confrères. Mais il faudra voir si l'audience des premiers jours - effet de curiosité -, s'inscrirait dans la durée ou suivrait une trajectoire croissante. Bonne chance à eux, en tout cas!

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