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Un maintien dangereux de Kabila au pouvoir

Publié le par JoSeseSeko

Photo: AFP/ALAIN WANDIMOYI

Photo: AFP/ALAIN WANDIMOYI

L'accord trouvé entre le gouvernement et une partie de l'opposition, mi-octobre, peut provoquer de nouvelles manifestations, en particulier fin décembre, où Joseph Kabila devrait terminer son mandat présidentiel.

Le 17 octobre 2016 pourrait bien correspondre à une nouvelle date historiquement sinistre dans l'histoire de la République démocratique du Congo (RDC). Ce jour-là, le "dialogue national" entre le gouvernement et une partie de l'opposition est arrivé à trouver un accord sur l'établissement de l'élection présidentielle. Celle-ci aurait lieu en... avril 2018 (cf lien n°1), de manière à laisser le temps de mener à bien le recensement des électeurs congolais. Le dernier officiellement réalisé datant de 1984, quand ce pays s'appelait Zaïre et que c'était la dictature de Mobutu Sese Seko.

Kabila ad vitam aeternam?

Or, l'actuel président, Joseph Kabila, a un mandat qui doit se terminer le 20 décembre prochain. Et ce, d'autant plus que c'est son deuxième et dernier mandat présidentiel, comme le lui autorise la Constitution de 2006. Une Constitution que le président aurait bien aimé modifier, sans doute, pour rester de manière permanente au pouvoir; malgré une réélection pour le moins polémique en 2011, face à d'autres candidats, dont Étienne Tshisekedi, leader de l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS).

En tout cas, cet accord trouvé avec une partie de l'opposition montre que cette dernière fait de l'opposition de façade. Notamment si elle s'incarne par Vital Kamerhe, de l'Union pour la nation congolaise (UNC). Il faut dire que par le passé, M. Kamerhe était un ancien partisan de Kabila fils, ayant notamment été son directeur de campagne lors des élections de 2006 et en récompense, il fut candidat victorieux à la présidence de l'Assemblée nationale de 2006 à 2009. Mais brouillé avec M. Kabila, Kamerhe fondit l'UNC et devint candidat en 2011, terminant troisième, loin derrière Kabila et Tshisekedi. Et pour plusieurs journaux, la participation de Kamerhe à cet accord vise à ce que ce dernier entre bientôt au gouvernement, et pourquoi pas au poste de Premier ministre, dans la transition qui mènerait à l'élection présidentielle (cf lien n°2).

Un soutien des voisins...

Au niveau international, cet accord suscite des réactions contrastées. Au niveau occidental, ça fronce les sourcils, au nom du respect de la Constitution, avec une pression organisée par les États-Unis et la France en particulier, même si la Belgique, l'ancienne puissance coloniale, garde un œil sur la situation de l'ex-Zaïre. Les intérêts économiques des firmes occidentales poussent à ce que ces pays cités ne soient pas indifférents.

Par contre, les pays voisins (Angola, Rwanda, Zambie, Ouganda, etc.), qui s'étaient réunis à Luanda, la capitale angolaise, semblent accueillir d'un bon œil cet accord qui donne un gage de stabilité, en dépit d'un viol de facto de la Constitution (cf lien n°3). Sans doute parce qu'ils se savent plus forts politiquement que le pouvoir à Kinshasa, dont l'éternel soupçon est de servir le Rwanda en particulier, continue de peser sur la politique intérieure.

... mais pas de la population

Justement, au niveau intérieur, cet accord ne fait pas l'unanimité. La majorité de l'opposition l'a fortement rejeté, autour de l'UDPS de Tshisekedi, qui a formé une coalition appelée le Rassemblement depuis le retour de cet éternel opposant de 83 ans, durant l'été 2016. Et cette opposition est largement appuyée par la population de Kinshasa, elle-même très hostile à Kabila. D'où des manifestations qui sont réprimées par le sang en septembre dernier par exemple. Et l'accord ne va pas calmer les esprits les plus radicaux, qui n'en veulent plus de Kabila "le rwandais" au pouvoir, et risqueront bien volontiers leur peau le 20 décembre, si Kabila reste encore dans le Palais de la Nation à cette date-là.

Quant à la diaspora congo-zaïroise présente dans plusieurs pays (Belgique, France, États-Unis, Royaume-Uni, Afrique du Sud, etc.), elle semble se murer dans un silence assourdissant, bien qu'elle soit lassée de voir Kabila et le reste de la classe politique, vu que certains comme Tshisekedi étaient déjà dans la scène politique peu après l'indépendance de 1960, ou du temps de la dictature de Mobutu. Et face à cette représentation, nombre de membres de la diaspora qui voudraient apporter leur savoir, leur capital (humain, financier, culturel, etc.) auprès de leur pays de naissance et inciter leur progéniture à agir économiquement pour ce pays, ne sont pas motivées à le faire car ce serait vite dilapidé pour les intérêts d'un petit nombre alors que le grand nombre reste englué dans une misère proportionnelle aux richesses du sous-sol congo-zaïrois. Un exemple du "syndrome hollandais", tant décrit par les économistes.

L'armée, une épée de Damoclès

Enfin, si le pouvoir central peut compter sur la police pour tuer des manifestants, comme c'est le cas depuis un moment, il n'a pas autant de certitudes pour l'armée. Selon le Courrier international (cf lien n°4), Kabila se méfie des militaires alors qu'il est lui-même un ancien militaire reconverti en politique de manière chanceuse après l'assassinat de son père, Laurent-Désiré Kabila, en 2001. Et les soulèvement militaires n'ont pas manqué depuis l'arrivée de Kabila fils au pouvoir. Un des exemples les plus récents est celui du M23, qui se forma en 2013 le long de la frontière avec le Rwanda, qui était tenté de refaire le coup de Kabila père quand ce dernier, soutenu par les rwandais et les ougandais, mena une rébellion fin 1996 à partir de cette même frontière qui arriva à mettre fin à la dictature de Mobutu en mai 1997. Bref, l'armée semble être l'épée de Damoclès au-dessus de la tête de Kabila fils.

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