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Un prix Nobel est-il toujours justifié?

Publié le par JoSeseSeko

Photo: REUTERS/ TT News Agency/Stina Stjernkvist

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Photo: Efrain Herrera/AFP

Photo: Efrain Herrera/AFP

La désignation des nouveaux prix Nobel d'économie montre combien le biais consacrant la pensée économique mainstream reste vivace. Quant au prix Nobel de la Paix, décerné au président colombien Juan Manuel Santos, c'est un maigre lot de consolation pour un président ayant vu un refus de l'accord signé avec les FARC.

Le début du mois d'octobre correspond au moment où les prix Nobel sont décernés. Du côté de l'économie, il revient à l'États-unien (d'origine britannique) Oliver Hart et au Finlandais Bengt Holström, connus pour leurs travaux sur la théorie des firmes, la théorie des contrats. Ils succèdent ainsi à Angus Deaton (États-unien d'origine britannique), récompensé l'an dernier pour ses recherches sur l'économie du bonheur.

Un prix biaisé en économie

Cette récompense, qui s'intitule officiellement "prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel", grossièrement nommé "prix Nobel d'économie" dans la presse, est la plus récente organisée par le comité Nobel (1969) car elle ne figurait pas parmi les disciplines chères aux yeux d'Alfred Nobel, inventeur de la dynamite. Il n'en reste pas moins le prestige que ça comporte et depuis 1969, les économistes bataillent pour être reconnus par le comité Nobel. Mais c'est assez facile de batailler, tant qu'on figure dans la pensée orthodoxe, (néo)libérale dominante. Et ce, d'autant plus si les travaux de recherche sont dans une ligne microéconomique, comme c'est le cas pour MM. Hart et Holström, comme pour le Français Jean Tirole, récompensé en 2014 et devenu, par ce statut, très influent dans la sphère universitaire française, encore marquée d'hétérodoxie à son goût. La nature des travaux de ces nouveaux lauréats, à savoir la théorie des contrats, montre combien la pensée dominante est en adaptation permanente, et fait tout ce qu'elle peut pour empêcher toute voix dissonante d'avoir de l'importance au niveau médiatique.

Il faudrait un miracle pour voir un économiste hétérodoxe être récompensé de cette manière. Et s'il l'est, ce serait pour des travaux liés à une ligne orthodoxe passée. C'est l'exemple de William Vickrey. Cet économiste états-unien fut récompensé en 1996, mais il mourut peu de jours après sa nomination et est à ce jour le seul "prix Nobel" à titre posthume. C'en est également le seul post-keynésien à recevoir ce prix. Néanmoins, si le comité Nobel l'a distingué, c'était pour travaux suivant une ligne orthodoxe - limitation de l'interventionnisme étatique; autorégulation du marché; etc. -, et non sur ses recherches inscrites dans un cadre post-keynésien - incertitude générale sur la monnaie; articulation redistribution des revenus-lutte des classes; etc. -.

Une cruelle ironie sur la paix

Vendredi 7 octobre, le prix Nobel de la Paix fut attribué au président colombien Juan Manuel Santos, afin de saluer ses efforts à vouloir faire la paix dans son pays, en signant un accord historique avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). Un maigre lot de consolation! En effet, le chef de l'État colombien a vu l'accord de paix avec les FARC être rejeté par les citoyens via un référendum. Néanmoins, ce rejet a été d'une courte majorité (50,2% des voix), le tout marqué par une abstention massive (62,58%), liée notamment à l'ouragan Matthew, qui frappa le littoral caribéen avant de poursuite sa sinistre aventure dans les Antilles, frappant durement Haïti.

Là encore, ce prix peut être discutable. Il faut se souvenir qu'en 2009, le président états-unien Barack Obama reçut le prix Nobel de la Paix alors qu'il renforçait la présence de troupes en Afghanistan. De même que l'Union européenne reçut cette récompense en 2012, alors qu'elle se déchirait en son sein, en particulier sur la Grèce. Puis, M. Santos n'est pas seul à vouloir faire aboutir le processus de paix. Les dirigeants des FARC aussi, ainsi que Cuba, dans le rôle de négociateur. Ils auraient pu être également récompensés en même temps. Cela se fit par le passé, avec Nelson Mandela et Frederik de Klerk prix Nobel de la Paix ensemble en 1993, pour marquer la fin de l'apartheid (politique) en Afrique du Sud; ou encore un an après, Yasser Arafat, Shimon Peres et Yitzhak Rabin, pour saluer les accords d'Oslo et les pousser à aller plus loin. Il y a un manque de logique qui s'exprime parfois, quand il s'agit d'attribuer le prix Nobel de la Paix.

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