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Les États-Unis entre Charybde et Scylla

Publié le par JoSeseSeko

Photo: AP

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L'élection présidentielle états-unienne va rendre son verdict, mais il est clair qu'il y a de quoi être inquiet pour l'équilibre du monde, que ce soit Hillary Clinton ou Donald Trump qui gagne. Sauf si le bipartisme traditionnel entre démocrates et républicains serait battu en brèche par les "tiers partis", de manière totalement invraisemblable.

Dans une semaine, les états-uniens éliront le 45e président de leur histoire. Et vu la campagne des deux principaux favoris pour la Maison-Blanche, il y a de quoi se demander si Hillary Clinton et Donald Trump ont le niveau pour, tellement ils traînent chacun de leur côté des casseroles et que les débats entre eux ont le plus souvent tourné au pugilat, montrant l'abaissement général de la vie politique outre-Atlantique.

Trump, le macho mégalo

La liste des reproches qui peuvent être adressés au candidat républicain est longue comme le bras: machisme délibéré et de plus en plus difficile à assumer, notamment depuis des révélations début octobre sur une vidéo où le milliardaire tenait des propos graveleux sur la gent féminine. Il dut, pour une fois, faire des excuses publiques. Malgré ça, les défections se sont multipliées ces dernières semaines au sein du Parti républicain. Quant aux minorités, pas d'excuse de sa part. Les musulmans, les afro-descendants et les latinos n'ont pas droit à de la reconnaissance, sauf si Trump soutenait certains cas par le passé, comme le boxeur afro-descendant Mike Tyson, qui lui rend la pareille. Puis, bien sûr, son idée de faire un mur le long de la frontière mexicaine qui serait financé par Mexico au lieu de Washington prouve bien qu'il ignore ce qui pousse les mexicains ou les latinos à arriver aux États-Unis, qui sont traditionnellement une terre d'immigration. Trump, petit-fils d'immigrés allemands devrait en savoir quelque chose. Enfin, le milliardaire a des démêlés avec le fisc, notamment sur ses déclarations d'impôt sur le revenu sur les 20 dernières années.

Mais là où il semble convaincre, c'est auprès des classes moyennes blanches en mode paupérisation et du prolétariat blanc, qui se sentent lésées par les deux mandats de Barack Obama à la Maison-Blanche. Et comme démographiquement, les WASP (white anglo-saxon protestant) deviennent de moins en moins majoritaires dans la population états-unienne, c'est une des dernières occasions d'affirmer certains privilèges dignes du "cens caché" théorisé par le sociologue Daniel Gaxie.

Clinton, la va-t-en-guerre indiscrète

Du côté de Clinton, ça regarde moins les travers possibles. En particulier l'aspect va-t-en-guerre de l'ex-first lady, pourtant affirmé durant la période où elle était secrétaire d'État, durant le premier mandat d'Obama. D'ailleurs, ça pourrait lui jouer des tours en cette fin de campagne car le FBI relance une enquête sur l'utilisation d'un compte privé de la part de la candidate démocrate pour envoyer des mails pouvant relever des affaires de l'État, et ainsi exposés à des hackers pouvant capter des informations importantes sur la politique extérieure outre-Atlantique. D'ailleurs, l'écart entre elle et son rival républicain s'est réduit, même si elle reste la favorite.

Pourquoi reste-t-elle favorite? Par son expérience politique, par les frasques de Trump, mais aussi par la nécessité de gauchiser son discours, notamment auprès des minorités et des classes populaires ou moyennes. La primaire démocrate n'a pas été une évidence pour elle, face à Bernie Sanders, issu de l'aile gauche du Parti démocrate et dont les références "socialistes" ont fait mouche dans une bonne partie de la population, y compris les jeunes. Passer de l'image de la candidate de Wall Street à celle d'une social-démocrate comme ça existait dans l'Europe du Nord dans la seconde moitié du XXe siècle n'est pas chose aisée. Néanmoins "il ne faut jamais prendre les gens pour des cons, mais il ne faut pas oublier qu'ils le sont".

Une impopularité sidérante

Bien qu'ils représentent les deux partis dominants de la classe politique états-unienne, Clinton et Trump jouissent d'une certaine impopularité, qui est à mettre en relation avec le faible niveau des débats. Nombre d'enquêtes indiquent que les deux principaux candidats à la fonction suprême ont du mal à inspirer grandement confiance auprès d'une population lasse des années Obama. En particulier chez certaines minorités, comme les afro-américains, qui n'en peuvent plus de voir certains des leurs se faire tuer par des policiers blancs en toute impunité, selon eux.

Du coup, il y a un certain espace que peuvent utiliser les "tiers partis", en l'occurrence le Parti libertarien (centre-droit) et le Parti vert (gauche). Le premier, dont le candidat à la présidence est Gary Johnson, ancien gouverneur du Nouveau-Mexique, compte bien se glisser entre Clinton et Trump pour rassembler un électorat modéré qui ne se reconnait pas dans la femme de l'ancien président Bill Clinton et affiche une certaine inquiétude envers le magnat de l'immobilier. La vidéo ci-dessous atteste bien, non sans humour, de cette volonté de s'infiltrer entre les deux candidats.

Quant au second parti, qui a pour candidate Jill Stein, qui l'était déjà en 2012, il mise sur les citoyens qui avaient été convaincus par Sanders lors de la primaire démocrate. Signe d'un ancrage à gauche affiché de ce parti écolo. Et Stein est une des rares personnalités politiques qui rappelle que la vague migratoire en provenance du Moyen-Orient, et principalement à destination de l'Europe, est fortement liée à la politique extérieure volontairement militariste et en faveur des gens d'affaires, en fait un impérialisme néocolonial, qu'il faudrait stopper. Un vœu pieux au goût de certains mais qui a le mérite d'être martelé par une candidate à la Maison-Blanche.

Malgré tout, est-ce que ces deux partis-là, et d'autres partis politiques, bien plus méconnus pour des personnes ne vivant pas aux États-Unis, arriveront à ébranler un tant soit peu le bipartisme démocrates/républicains? Rien n'en est sûr en raison des fonds de campagne sans cesse plus importants de ces partis dominants, malgré une certaine médiocrité des deux candidats phares.

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