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La circulation alternée n'est pas la panacée

Publié le par JoSeseSeko

Photo: LIONEL BONAVENTURE/AFP

Photo: LIONEL BONAVENTURE/AFP

Les pics de pollution atteints dans plusieurs villes de France ont poussé ces dernières à pratiquer la circulation alternée, ces derniers jours. Et vu que le phénomène pourrait reprendre, il faudra une réflexion sur l'industrie automobile et les transports face à ce problème de santé publique.

À Paris, Lyon, Grenoble ou Toulouse, un pic de pollution aux particules fines a été enregistré ces derniers jours, obligeant les mairies à adopter une politique de circulation alternée entre véhicules pairs et impairs - sauf dérogation pour les chauffeurs livrant des marchandises, par exemple -. Dans la capitale française, cette action fut mise en place du mardi 6 au vendredi 9 décembre, ce qui est exceptionnel dans ce cas de figure. Et donc propice à des énervements de la part d'automobilistes se sentant lésés dans cette histoire. Et bien sûr, des oppositions politiques se sont exprimées, entre Anne Hidalgo (PS), maire de Paris, et Valérie Pécresse (LR), présidente du conseil régional d'Île-de-France sur le sujet.

Moderniser les transports

Cette histoire de pollution et la polémique politicienne qui s'en est suivie montrent, quelque part, une certaine faiblesse dans le réseau de transports en commun en France, y compris dans la région parisienne. D'ailleurs, comble de malchance, un incident technique a bloqué toute circulation des trains vers la Gare du nord, mercredi 7 décembre, obligeant plusieurs dizaines de milliers d'usagers d'allonger leur temps de trajet vers leur lieu de travail ou d'études.

Du coup, il y a un devoir de fournir une offre élargie de moyens de transport alternatifs à la voiture pour de nombreux travailleurs vivant en banlieue et devant bosser dans la métropole, par exemple. Ce qui renforce l'idée du "Grand Paris", un projet visant à accroitre l'offre du réseau ferroviaire francilien d'ici 2030, avec trois à quatre lignes de métro supplémentaires, un allongement de certaines lignes existantes comme la ligne 14, de nouvelles lignes de tramway puis surtout l'élaboration de lignes de trains allant de l'ouest à l'est de la banlieue parisienne, sans avoir à passer par Paris. Par exemple, un tronçon entre Argenteuil (Val-d'Oise) et Noisy-le-Sec (Seine-Saint-Denis) devrait voir le jour à l'été 2017; ce qui permettrait un gain de temps pour des personnes se déplaçant d'est en ouest (et vice-versa) sans avoir à changer à Paris. Il ajouter aussi que les transports en Île-de-France ont encore du mal à être parfaitement réguliers, en dépit des investissements dans la modernisation des transports (trains, rails), accélérés depuis la catastrophe ferroviaire de Brétigny-sur-Orge à l'été 2013, qui montrait la vétusté du rail francilien. Mais comme il s'agit d'investissements lourds, ce n'est pas demain la veille que le comportement des habitants va changer en faveur des transports en commun.

Un changement dans l'automobile

Ces pics de pollution poussent également à une réflexion sur le parc automobile français et certaines mesures à appliquer, même si elles peuvent être impopulaires. Dans cet épisode de pic de pollution, la mairie de Grenoble interdit la circulation de véhicules diesel âgés de plus de 10 ans, de véhicules essence âgés de plus de 20 ans, etc. correspondant à 26% du trafic routier dans la métropole. La mairie de Paris appliquera, à partir du 15 janvier 2017, une vignette "Crit' air", coûtant 4,18 euros, sur différents niveaux de véhicules, en fonction de leur ancienneté et de leur niveau de pollution. Les plus polluants étant interdits de circuler en semaine dans la capitale et les plus "propres" pouvant bénéficier de certains avantages (parking gratuit) selon un communiqué de l'hôtel de ville. En outre, la voie sur berge de la rive droite est devenue interdite d'accès au niveau du Louvre, rendant le trafic plus long et irritant de plus en plus les automobilistes, qui ont la dent dure envers la maire de Paris.

Même si, sur le court terme, ces mesures provoquent davantage de complication et suscitent l'ire des personnes concernées, à plus longue échéance, ça peut être un succès. Encore faut-il que le parc automobile français se transforme radicalement. Depuis les années 1990, l'Hexagone est le pays du diesel, en raison d'une fiscalité avantageuse et d'une volonté de soutien aux constructeurs français (Renault, Peugeot-Citroën) qui étaient plus à l'aise dans la fabrication de ce type de moteur. Mais ces derniers temps, un changement structurel semble se faire, avec une chute de la part du diesel en 2015, même si elle reste majoritaire (57,2% en 2015 contre 63,2% en 2014) et que les véhicules hybrides et électriques prennent de l'importance dans le parc automobile français (3,3% et 0,9% en 2015 contre 2,5% et 0,6% en 2014). Quelque part, les mesures prises par les municipalités peuvent être incitatives pour certains automobilistes pour changer de modèle. Dernier point, si les autorités veulent que ce changement structurel s'accélère, il faudra qu'elles investissent dans la création de nouvelles bornes de recharge rapide pour les voitures électriques ou hybrides. Pour l'instant, 1.775 bornes de ce type sont installées dans toute la France selon des données gouvernementales, et 200 d'entre elles seront sur le réseau autoroutier hexagonal d'ici l'an prochain. Ce qui est bien faible vu l'importance du secteur automobile en France. Mais l'enjeu en vaut la chandelle car la prise de conscience de certains automobilistes sur la pollution existe, même partiellement. Du coup, il faudrait une politique convergente entre l'administration et les entreprises pour être encore plus incitatif en faveur de véhicules moins polluants, ce qui ne s'improvise pas du jour au lendemain.

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