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Le cauchemar nord-américain

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Reuters/Carlos Barria

Photo: Reuters/Carlos Barria

Avec le bannissement décrété par Donald Trump envers plusieurs pays où l'islam est majoritaire plus une attaque dans une mosquée à Québec, au Canada, l'Amérique du Nord offre un visage désenchanté à la face du monde qui ne peut rester de marbre face à cet élan raciste.

Le rêve américain, tant vanté par les élites et par le cinéma de Hollywood, tend à devenir un cauchemar concret pour plusieurs minorités, et tout particulièrement, les personnes qui croiraient en l'islam. En tout cas, Donald Trump donne des signes hostiles à l'égard de ce groupe religieux, avec la signature d'un décret anti-immigration, vendredi 27 janvier, bannissant du territoire états-unien toute personne citoyenne d'un des sept pays visés par ce décret - Irak, Iran, Libye, Somalie, Soudan, Syrie, Yémen - (cf lien n°1). Par voie de conséquence, les vols en provenance de ces pays et à destination des États-Unis ont été annulés durant le weekend du 28 janvier, les compagnies aériennes (dont Air France-KLM) ne voulant par perdre leurs parts sur le marché états-unien. Mais surtout, des vagues de protestation se sont développées dans les États-Unis, en soutien aux ressortissants de ces pays coincés dans les aéroports ou menacés d'expulsion du territoire. Enfin, l'Iran a répliqué en interdisant également l'accès des États-uniens à son territoire, samedi 28 janvier.

Trump, l'homme pressé

Le nouveau locataire de la Maison-Blanche reste fidèle à lui-même. Un homme pressé d'en découdre avec le reste du monde, imbu de sa personne et se croyant tout permis, en mode bouseux de cow-boy qui sur un pet de travers, menace le monde. Un peu comme George W. Bush dans les années 2000. Et vu les deux mandats de ce sinistre personnage, il y a de quoi être inquiet pour un États-unien lucide sur l'antiaméricanisme en progrès. Mais malheur à la personne qui oserait remettre en question ses choix dans son camp. C'est ce qu'a dû apprendre à ses dépens Sally Yates, ministre de la Justice par intérim, qui a été renvoyée par Trump à cause de son opposition à ce décret (cf lien n°2). Donc, avec Trump, c'est "marche ou crève". Un beau programme alors!

Une politique discriminatoire

Du coup, une problématique se pose. Quid des binationaux? Notamment ceux qui auraient une nationalité européenne en plus de celle d'un des pays concernés par ce décret? Ce débat a été notamment soulevé au Royaume-Uni, avec l'exemple du député conservateur Nadhim Zahawi, né en Irak, et qui se retrouve dans l'impossibilité, malgré sa nationalité britannique, de pouvoir rendre visite à ses fils, étudiants à l'université de Princeton, une des plus prestigieuses au monde (cf lien n°3).

Est-ce que Trump compte aller plus loin? Une déchéance de nationalité pour tout citoyen de confession musulmane? Vu comment cette question avait suscité de vives tensions en France en 2016, avec la démission de Christiane Taubira au ministère de la Justice, nul doute que ça sera pire outre-Atlantique. Et ça prouvera alors que la liberté, telle qu'on la vante depuis les Lumières, est illusoire car elle est liée au capital et à la capacité d'avoir du pouvoir.

Froncement de sourcils

L'application de ce décret ne fait pas seulement que mobiliser des citoyens dans la rue, dans les aéroports. Les entreprises états-uniennes froncent les sourcils par rapport à ce décret, voire affichent une opposition résolue envers Trump. C'est le cas de plusieurs firmes de la Silicon Valley, dont Google ou Tesla, qui affirment que ce décret va toucher plusieurs de leurs employés et leurs familles et proposent des emplois, des transferts d'argent, bref, des alternatives à la politique menée par Trump, qui veut pourtant les avoir à ses côtés en menant un protectionnisme doublé d'une réduction de l'impôt sur les sociétés (cf liens n°4 et 5). Mais la critique la plus ironique vient de la banque Goldman Sachs. Le PDG de la banque, Lloyd Blankfein, n'y va pas par quatre chemins:

  • "Ce n'est pas une politique que nous soutenons et je remarque qu'elle a déjà été contestée devant un tribunal fédéral et certaines dispositions du décret ont déjà été bloquées, au moins temporairement".

Cette position est ironique dans la mesure où l'ex-numéro 2 de Goldman Sachs, Gary Cohn, figure parmi les conseillers économiques de Trump et qu'un autre ancien dirigeant de la banque d'affaires à la réputation sulfureuse, Steve Mnuchin, a été nommé au Trésor (cf lien n°6). Signe que ce décret semble ne pas être compensé par les cadeaux fiscaux que souhaite organiser Trump pour les entreprises états-uniennes rapatriant leur appareil productif.

Un effet Trump?

En tout cas, Trump semble assumer une ligne ouvertement islamophobe sur son territoire. Et ça peut pousser des ailes démoniaques à certains esprits aliénés par cette propagande et motivés pour commettre des crimes racistes. Certains, sur les réseaux sociaux, parlent d'un "effet Trump" à propos de l'attaque terroriste dans une mosquée à Québec, au Canada, faisant six morts, lundi 30 janvier (heure française). Le principal suspect, Alexandre Bissonnette, est considéré selon plusieurs observateurs comme quelqu'un de "très à droite", sensible au discours de Trump avec une ligne pro-israélienne et anti-immigration (cf lien n°7). Un positionnement raciste similaire à celui de Dylan Roof, ayant tué des Afro-descendants dans une église de Charleston en juin 2015, avec une spécificité pour ce cas puisqu'il s'agit de négrophobie liée à l'histoire du Sud des États-Unis, notamment après la défaite durant la Guerre de Sécession (1861-1865).

Occasion en or

Vu l'impopularité de Trump, déclinée au niveau mondial, il y a une occasion en or pour l'Union européenne de ne plus être regardée comme le vassal des USA et de s'affirmer au niveau diplomatique, renvoyant Washington à ses études. Mais il faut croire que Bruxelles ne se sentirait pas prêt de relever ce défi, en raison des élections dans ses deux figures de proue, à savoir la France (présidentielle+législatives) et l'Allemagne (fédérales). Et dans ce cas, ça prouvera combien l'UE n'est qu'un "nain" dans les relations internationales et que compter sur elle pour trouver des solutions alternatives à celle du conflit armé, c'est croire au père Noël.

Enfin, la classe politique et les milieux d'affaires outre-Atlantique ne vont pas longtemps supporter les numéros de matamore de l'occupant de la Maison-Blanche. Il semble évitant qu'un matin, une procédure d'impeachment sera lancée contre Trump par le Congrès, même s'il est à majorité républicaine, et donc dans le même parti que le magnat de l'immobilier. Le tout serait de savoir quand. Mais Trump n'est pas idiot. Il calmera forcément le jeu si jamais il sent que le vent souffle trop de face et non de dos. Une chose est sûre, on ne va pas s'ennuyer avec lui au pouvoir.

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