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L'accord Hamon-Jadot ou un désir d'unité plus fort que tout

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Sipa

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L'annonce du désistement de l'écologiste Yannick Jadot en faveur de Benoît Hamon pour l'élection présidentielle motive encore plus les défenseurs d'une candidature unique à gauche pour cette élection, appelant à un accord entre Hamon et Jean-Luc Mélenchon. Reste à savoir si les deux candidats accepteront, ainsi que leurs électeurs potentiels.

Décidément, cette élection présidentielle 2017 n'est pas au bout de nos surprises. Alors qu'en début de semaine, l'eurodéputé Europe écologie-les Verts (EELV) Yannick Jadot, candidat à l'élection présidentielle, affirmait continuer sa candidature, il a changé de ligne, jeudi 23 février, en signant un accord avec Benoît Hamon, le candidat vainqueur de la primaire du Parti socialiste (PS) et de ses alliés. Néanmoins, selon le journal Le Monde (cf lien n°1), cet accord devra être soumis au vote des militants écologistes venus voter lors de la primaire écolo de l'automne 2016 dont Jadot en sortit vainqueur.

Programme de consensus

Cet accord trouvé entre les deux hommes et leurs partisans résonne comme une victoire pour Hamon, qui avait annoncé pue après sa victoire qu'il négocierait avec Jadot et Jean-Luc Mélenchon, afin de maximiser les chances d'une gauche française ayant accordé plus d'importance sur l'écologie d'être au second tour de l'élection présidentielle, voire de la gagner. Une chose qui paraissait encore impensable en janvier 2017, même si l'horizon n'était pas du tout clair sur les intentions de vote. En tout cas, la dynamique semble être bien positive pour Hamon avec cet accord trouvé. Il se veut être un programme de consensus entre les idées défendues par les deux camps (rose-vert), axé sur la transition écologique de l'économie, avec par exemple un "Small business act" en faveur des TPE/PME pour décrocher les offres des marchés publics - au moins 50% -, ainsi que la généralisation des clauses environnementales et sociales dans les marchés et investissements publics. Mais surtout, une sortie "intégrale" du nucléaire "à l'horizon d'une génération, soit 25 ans" selon un document relatif à cet accord que Le Monde a publié ce vendredi 24 février (cf lien n°2). Et au-delà de la transition écologique, il y a la volonté de passer à la VIe République, qui serait proposée par référendum après qu'une conférence citoyenne rassemblant des parlementaires, des sages et des citoyens ait fourni un projet de Constitution au futur président un an après son élection.

Appel à l'unité

Par-delà la signature de l'accord entre Jadot et Hamon, c'est l'idée d'une unité politique qui se doit d'être affirmée au sein de la gauche française pour la présidentielle, mais aussi pour les législatives de juin 2017. En fait, c'est de vouloir mettre en pratique une coalition rouge-rose-verte en France, qui peut être considérée comme une résurrection de la gauche plurielle du gouvernement de Lionel Jospin (1997-2002). Encore faut-il que le côté rouge soit en phase avec cette idée. Et la pression est clairement mise sur Jean-Luc Mélenchon et la France insoumise. L'eurodéputé a évoqué à plusieurs reprises qu'il ne refuse pas de dialoguer avec Hamon, dont certaines idées sont communes avec celles de Mélenchon (non-cumul des mandats, VIe République, refus de l'austérité, harmonisation fiscale en Europe, police de proximité, etc.), mais il ne cache pas non plus son ressentiment à l'égard du PS, comparé à un "corbillard". Puis, ça fait un an que Mélenchon a déclaré sa candidature à l'élection présidentielle et il serait très surprenant qu'il se désiste en faveur de Hamon, et réciproquement. Et ce, même si l'accord entre Hamon et Jadot renforce une musique entretenue au sein du Parti communiste, dont le soutien fort fragile et critique y trouve un argument de poids sur la question de répartition des candidatures à gauche pour la présidentielle et pour les législatives.

Piège de la Ve République

La dynamique de Hamon semble s'être ainsi renforcée avec cet accord trouvé avec EELV. Mais rien n'en est une certitude non plus en matière de gain au niveau électoral. En effet, comme plus haut dans l'article, il faut que cet accord soit ratifié par les militants écologistes dans les prochains jours. Et vu le souvenir du précédent accord électoral entre EELV et le PS pour la présidentielle et les législatives de 2012 et les déchirements que ça a provoqué durant les cinq dernières années dans le parti écologiste, il y a une certaine méfiance à prévoir. Du côté du Front de gauche, ou plutôt de la France insoumise, ça vire dans l'hostilité. Nombre de sympathisants de ce mouvement ont participé aux manifestations contre la loi travail et à l'édification du mouvement Nuit debout au printemps 2016 et se sont jurés de ne plus jamais voter PS. Et ce, même si le profil de Hamon semble plus compatible sur la majeure partie du fond.

Et c'est là qu'il faut voir combien la Ve République est un piège pour la gauche française. D'abord, la logique de personnalisation est contre la nature même des tenants du socialisme, de l'écologie politique, du communisme, de l'anarchisme, qui pour la plupart, chantent l'Internationale et notamment deux vers du deuxième couplet de ce chant composé par le communard Eugène Pottier:

  • "Il n'est pas de sauveur suprême/Ni Dieu, ni César, ni tribun"

Ensuite, l'élection présidentielle au suffrage universel demeure (hélas) le scrutin comptant le moins d'abstentionnistes en France. Du coup, ça exige que chaque candidat affirme sa personnalité, afin qu'il ait "la carrure" du poste, indépendamment des idées qu'il porterait. Enfin, en raison de la nature des institutions, des luttes pourtant importantes comme la lutte contre le racisme institutionnel, ne peuvent être mises en avant par les candidats car elles seraient trop clivantes dans une élection où le rassemblement le plus large est la clé, incitant à être au bout du compte lisse sur l'ensemble du programme présidentiel. Or, la gauche (radicale), assez proche des combats antiracistes car liés à la question de l'égalité, ne sait plus sur quel pied danser et prend ses distances, à tel point que l'antiracisme et la gauche paraissent irréconciliables.

Bref, il ne faut pas crier victoire trop vite.

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