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La gauche prisonnière de la Ve République

Publié le par JoSeseSeko

Photo: AFP/FRANCEINFO

Photo: AFP/FRANCEINFO

Les discussion entre les trois principaux candidats de la gauche à l'élection présidentielle ne semblent pas aboutir à une union pour cette élection, ni pour les législatives. Preuve que cette partie de l'échiquier politique reste piégée par les institutions de la Ve République, dont elle cherche à s'en débarrasser. 

Est-ce qu'une coalition rouge-rose-verte peut être imaginable en France en 2017? La réponse tend à être négative ces derniers jours, car selon différents journaux, aucun des trois principaux candidats de cette partie de l'échiquier politique (Benoît Hamon, Yannick Jadot, Jean-Luc Mélenchon) ne semble se mettre d'accord sur une candidature commune pour l'élection présidentielle du 23 avril et du 7 mai. Et tout particulièrement Hamon et Mélenchon. Malgré des échanges réguliers ces derniers jours et un passé commun au Parti socialiste (PS), auquel Mélenchon militait jusqu'en 2008, ni l'eurodéputé, ni le vainqueur de la primaire du PS et de ses alliés n'ont su accorder leur violon et ont préféré se tirer la bourre. Notamment Mélenchon, comparant le PS à un "corbillard". Et même si c'est plus avancé avec Jadot, Hamon n'a toujours pas trouvé d'accord avec le candidat écologiste, proche d'avoir les 500 parrainages, selon ses dires dans l'émission C à Vous (France 5), lundi 20 février.

Des divergences profondes

Ce qui peut paraître déroutant aux yeux de certains, c'est ce que ce sont les divergences qui l'ont emporté sur les convergences entre les trois hommes. Et pourtant, ces dites convergences sont importantes, de l'abrogation de la loi travail au rétablissement de la police de proximité, en passant par l'instauration d'une VIe République, le refus des traités de libre-échange avec les pays d'Amérique du Nord, la reconnaissance de la Palestine, la transition écologique, etc. Ce qui montre quand même que la gauche française est moins dans le flou qu'elle ne pouvait laisser paraitre début 2016, de même que chacun tient à ce qu'il y ait de la croissance. Ce qui, demeure de plus en plus incompréhensible pour une minorité de la gauche.

Mais ces nuances de gauche sont importantes pour chacun des trois. D'abord, les modalités de passage à une VIe République ne sont pas les mêmes (référendum pour Hamon, Assemblée Constituante pour Mélenchon), ni son organisation non plus (49-3 citoyen pour Hamon, réduction du nombre de députés pour Jadot, Assemblée élue à la proportionnelle pour Mélenchon). Mais la fracture la plus nette est sur l'Europe. Quand Hamon et Jadot proposent une politique de négociation à l'égard des autres pays membres de l'Union européenne, Mélenchon émet une étape supplémentaire qu'est l'éventualité d'une sortie de la France de la zone euro en cas d'échec dans les négociations, son fameux "plan B".

Piège de la Ve République

Ce qui irrite plusieurs électeurs de gauche, c'est que ces mésententes sur une candidature commune laissent poindre une querelle d'ego qui est symptomatique de la personnification sous la Ve République, comme le rappelle le député Pouria Amirshahi, interviewé par le Bondy Blog. Et ce genre de comportement est plus à-même de faire fuir des électeurs, et encore moins de les inciter à militer dans un parti politique. Là où ça devient presque du suicide politique, c'est la déclinaison de ce comportement pour les élections législatives et du coup, plusieurs citoyens considèrent comme une porte ouverte pour la droite et l'extrême-droite. Le journaliste Denis Robert, par exemple, s'est fendu d'un message sur Facebook, lundi 20 février, exprimant son désarroi face à cette situation, indiquant que dans une circonscription de la Moselle, il y aurait "un PCF, un écolo, un insoumis, un socialiste" face au Front national, à la droite classique et un candidat proche d'Emmanuel Macron. Bref, il y a de quoi être dépité.

Cette personnification des candidats est due à la mise en place de l'élection du président de la République au suffrage universel direct dans la Constitution par Charles De Gaulle en 1962. Cette Constitution, qui était taillée sur mesure pour le général, permettait ce que François Mitterrand appelait un "Coup d'État permanent", ce dont il s'en accommoda une fois lui-même président, de 1981 à 1995. Et ce, au nom du lien "direct" entre le président et les Français qui s'avère être très aliénant pour les esprits vu que l'élection présidentielle est celle qui compte le moins d'électeurs abstentionnistes depuis 1965, date de la première élection au suffrage universel direct.

Bilan de Hollande

Mais pour que cette déchirure s'exprime aussi visiblement, il faut revenir sur le quinquennat qui s'achève. Le mandat de François Hollande a été tellement décevant aux yeux de beaucoup que le président lui-même a préféré renoncer à une réélection, signe d'une certaine lucidité dans son esprit. Il faut dire que le virage social-libéral du pouvoir, semblable à celui d'autres partis en Europe, n'a pas été probant par rapport au chômage (9,7% fin 2016 contre 9,4% en 2012), de même qu'au niveau européen, la France n'a guère pesé face à l'Allemagne, laissant cette dernière assumer un leadership à sa guise, notamment au sujet de la Grèce en 2015, puis l'électorat non-blanc gardera comme souvenir la montée du racisme sous ce mandat, y compris de la part d'une gauche qui remet en avant un fraternalisme dénoncé en son temps par Aimé Césaire, notamment avec le débat sur la déchéance de nationalité début 2016. Enfin, le quinquennat se termine sous l'État d'urgence, lancé au lendemain des attaques du 13 novembre à Paris et Saint-Denis. Non seulement, cette juridiction perdure sans une efficacité probante contre le terrorisme (cf l'attentat de Nice, la nuit du 14 juillet 2016), mais il s'avère être un instrument donnant l'impunité des forces de l'ordre (social). La répression du mouvement social contre la loi travail au printemps 2016 d'une part, la mort d'Adama Traoré en juillet 2016 puis le viol de Théo Luhaka en février 2017 d'autre part, sont là pour le rappeler, hélas.

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