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Quand l'interpellation à Aulnay-sous-Bois est transformée en "accident"

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Le Parisien

Photo: Le Parisien

Les premières conclusions de l'Inspection générale de la police nationale appellent à une requalification de l'agression de Théo Luhaka par des policiers à Aulnay-sous-Bois, jeudi 2 février. Une sidération face au fait que la victime a reçu une matraque dans l'anus sur 10 cm et une source de provocation qui pourrait accroitre les tensions dans la ville et ailleurs.

Depuis une semaine, l'affaire Théo, où un policier est mis en examen pour viol et trois autres pour violences en réunion, passionne les esprits. Elle est symptomatique du rapport de la police avec la population des quartiers, en particulier si ses jeunes habitants sont des non-blancs. Et c'est aussi éclairant au niveau du rapport médiatique, comme en atteste ci-dessus la une du journal Le Parisien ce jeudi 9 février, parlant d'une bavure. Pour ce journal, un policier qui fait pénétrer une matraque dans les parties génitales d'un citoyen sur 10 cm, à tel point qu'il a été hospitalisé en urgence, avec 60 jours d'arrêt de travail, n'aurait fait qu'une "bavure". Il y a des coups de pieds dans le derche qui se perdent!

Théo vs l'IGPN

Mais ces derniers jours, il y a un certain emballement. D'abord, le témoignage de Théo, la victime, explique l'intentionnalité de cette violence envers lui à travers le nombre de coups de matraque reçus, l'envoi de gaz lacrymogène à la tête. Mais également au moment où il était embarqué dans la voiture de police, les quatre policiers qui s'en sont pris à lui n'ont pas cessé de proférer des insultes à caractère homophobe et négrophobe telles "salope", "bamboula" - appréciez le raffinement du langage de ces flics, chers lecteurs -, ne souciant guère de son état de santé. Et même, ils déclarent que Théo Luhaka fait du cinéma sur son mal au commissariat auprès d'un de leurs collègues ayant observé l'attitude de la victime (cf lien n°1).

Un témoignage partiellement remis en cause par l'Inspection générale de la police nationale (IGPN). Dans ses premières conclusions de l'enquête en cours, l'IGPN ne prend pas en compte le caractère intentionnel du geste du policier enfonçant la matraque dans l'anus de Théo, et donc estime qu'il ne s'agit pas d'un viol, se justifiant à travers les vidéos qui indiqueraient que les policiers n'auraient pas baissé le pantalon de la victime pour lui enfoncer volontairement la matraque. Néanmoins, "la police des polices" tient à souligner le côté "grave", en parlant d'un "accident". D'où le sentiment que l'IGPN protège des policiers pour ne pas qu'ils soit accusés de viol, mais ils sembleraient, a priori, ne pas nier la violence organisée par ces quatre policiers (cf lien n°2).

Au-dessus des lois?

Le sentiment que donne cet avis de la "police des polices" est que si des représentants des forces de l'ordre (social) se permettent les pires sévices, il y aura toujours un moyen de minorer la gravité des actes. Voire même, un soupçon d'impunité au sujet des violences policières alors que ça se montre plus prompt à condamner la délinquance des quartiers, même la plus petite qui soit. Il n'y a qu'à se rappeler les morts de Zyed Benna et Bouna Traoré en octobre 2005, les divers témoignages de proches de victimes de la police lors de la Marche de la dignité du 31 octobre 2015, ou la mort d'Adama Traoré le 19 juillet 2016. Et même, dans ce cas, qui a été progressivement médiatisé, l'acharnement fait par les forces de l'ordre (social) et la justice envers la famille de la victime, qui exige la vérité sur cette affaire qui est loin d'être résolue à ce jour.

Bref, le mérite que toutes ces tragédies montrent, et il y en a un, c'est qu'il y a un racisme institutionnel fortement ancré en France, notamment dans les sphères régaliennes (police, justice). Et quand certains bien-pensants déclament à corps et à cris que 90% (ou plus) des flics sont des gens "bien", faisant correctement leur boulot, alors que plus de la moitié des policiers vote Front national (cf lien n°3), ou qu'ils manifestent avec leurs armes de service, c'est qu'ils sont bel et bien déconnectés de la réalité. Et bien entendu, ces violences impunies - pour l'instant - alimentent les filières terroristes que la classe politique, dans son ensemble, prétend combattre. Un cercle vicieux qui ne semble pas près de s'arrêter, hélas!

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