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Dialogue de sourds entre majorité et opposition en RDC

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Tiksa Negeri/REUTERS

Photo: Tiksa Negeri/REUTERS

L'accord du 31 décembre 2016 entre la majorité présidentielle et l'opposition correspond, au fil du temps, à un jeu de dupes qui bénéficie à Joseph Kabila, en dépit de son statut de président qui viole la Constitution et qui semble ne pas s'inquiéter du peuple congo-zaïrois.

L'idée d'élections à la fin de l'année 2017 prend les allures de rêve en République Démocratique du Congo (RDC). Ces derniers jours, majorité et opposition se renvoient la responsabilité sur le non-respect de l'accord du 31 décembre 2016, laissant le pouvoir, notamment le président Joseph Kabila, en place jusqu'à la tenue d'élections présidentielles en fin d'année 2017, sachant que le président est censé ne plus être en fonction depuis le 19 décembre 2016 au soir, comme le rappelle Eve Bazaiba, une membre du Mouvement de libération du Congo, un des principaux partis d'opposition avec l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS).

Appel à manifester

L'opposition, qui s'est coalisée sous le nom de Rassemblement, entend lancer des appels à manifester dans le pays, ces prochains jours, notamment par une opération "ville morte" lundi 3 avril et l'appel à la grève générale de la part des syndicats le mercredi 5 avril (cf lien n°1). Reste à savoir si cette prise de position sera suivie par la population, vu qu'elle a manifesté à plusieurs reprises en 2016, notamment le 19 décembre, dernier jour du dernier mandat de Kabila selon la Constitution de 2006, et qu'elle a eu droit à une répression sanglante de la part de la police, selon différents rapports des Nations unies.

Maintenant, l'opposition devra convaincre sur deux plans: le premier, c'est d'arriver à faire quelque chose de pacifique et de constructif pour une alternance sans effusion de sang dans l'ex-Zaïre. Ce dont la majorité présidentielle n'y croit pas une seconde, accusant volontiers le Rassemblement de "vouloir prendre le pouvoir par la pression de la rue", et appelle à l'opposition à plutôt établir une liste de personnalités pouvant candidater au poste de Premier ministre (cf lien n°2). Le second plan est au sujet de la personne la plus à-même de cristalliser cette opposition à Kabila. Pour l'instant, c'est Félix Tshisekedi, de l'UDPS, qui assume le rôle de leader du Rassemblement. Mais s'il est là, c'est en raison de la figure tutélaire qu'est son père, Étienne Tshisekedi, mort le 1er février dernier à l'âge de 84 ans. Or, Félix Tshisekedi n'a pas tout à fait le charisme de son père et l'opposition se trouve amputée depuis bientôt deux mois. D'autant plus, par ailleurs, que la dépouille du défunt n'est pas rapatriée et que ça crée des histoires.

Jouer sur les violences

L'objectif de Kabila est de faire trainer les choses, en jouant sur les violences. Quitte à ce que le peuple congo-zaïrois soit exposé à des tueries, des pillages de toutes parts. Depuis la fin de l'année 2016, les trois provinces du Kasaï sont la cible de tueries de la part de paysans, de miliciens rebellés contre le pouvoir central de Kinshasa et de l'armée. D'ailleurs, cette dernière est accusée d'avoir organisé des meurtres de civils et des pillages dans la ville de Kananga, dans le Kasaï-Central, fin mars. Des témoins civils et des membres de l'église catholique affirment un "carnage des forces loyalistes dans les trois communes sur cinq de la ville de Kananga", le 30 mars. Ce que l'armée dément aussitôt, déclarant qu'il y a eu des miliciens neutralisés, quelques blessés légers et que ce qui est rapporté au sujet des morts fait figure de "mauvaises informations", selon le porte-parole de l'armée (cf liens n°3 et 4). Toujours est-il qu'avec ces violences, l'activité économique tourne au ralenti à Kananga, comme ailleurs en RDC, faisant rappeler combien Kabila, depuis qu'il est au pouvoir (2001), ne s'est guère montré efficace en matière d'amélioration du cadre de vie de la population.

Bref, c'est pas demain la veille que le Congo-Zaïre sortira de son sommeil, permettant ainsi aux différents pays (voisins, occidentaux, émergents) de se procurer à foison, via leurs multinationales, les ressources naturelles de ce pays (or, diamants, cuivre, zinc, étain, bauxite, cobalt, coltan, pétrole, etc.)

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