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Fillon en pleine tempête

Publié le par JoSeseSeko

Photo: JoSeSeSeko

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À l'annonce de sa convocation chez les juges, François Fillon et ses avocats crient à l'acharnement judiciaire, prétextant qu'il ne serait pas traité comme un citoyen "comme les autres". Preuve de la déconnexion des politiciens avec la réalité judiciaire des citoyens lambda, mais aussi du fonctionnement de la justice sous une Ve République bien dangereuse.

François Fillon pensait pouvoir aller au salon de l'agriculture, porte de Versailles (Paris, 15e arrondissement) et relancer une campagne engluée par l'affaire concernant les activités de sa femme, Pénélope, et des siennes. Mais le candidat vainqueur de la primaire de la droite et du centre voit son chemin de croix perdurer. Il a retardé son déplacement au salon, ce mercredi 1er mars, en raison de la convocation que les juges lui ont adressé en préalable d'une mise en examen le mercredi 15 mars, soit deux jours avant la date butoir du dépôt des signatures devant le Conseil constitutionnel, officialisant les candidatures, le 17 mars prochain. L'ancien Premier ministre assure qu'il répondra à la convocation des juges mais critique vivement la procédure, dans un communiqué (cf lien n°1), considérant que c'est "un assassinat" envers lui et envers l'élection présidentielle, qui connait un nouveau rebondissement. En tout cas, Fillon ne compte pas lâcher cette campagne présidentielle.

Justiciable comme les autres

Cette critique de Fillon envers la justice s'appuie sur le fait que des nouveaux juges ont été nommés sur l'enquête concernant les éventuels emplois fictifs de Pénélope Fillon en tant qu'assistante parlementaire de son mari, ainsi qu'un éventuel conflit d'intérêt avec la compagnie d'assurance Axa, et que ces derniers procèdent à cette convocation très rapidement, sans porter de nouveaux éléments au dossier en cours, ni y avoir accès, même si le député de Paris nie les faits qui lui sont reprochés. Du coup, dans son communiqué, Fillon affirme qu'il n'est pas "un justiciable comme les autres", et que la présomption d'innocence aurait disparu pour son cas.

Une formulation plutôt osée. Même si la justice française est vue comme traînarde, pour ne pas dire laxiste, elle peut agir très rapidement et au prix fort. La famille Traoré peut en témoigner car suite à la mort d'Adama Traoré, en juillet 2016, deux des frères du défunt, Bagui et Youssouf Traoré, ont été condamnés en décembre 2016 à huit mois de prison ferme pour outrage et violence envers des policiers municipaux de Beaumont-sur-Oise (Val-d'Oise), malgré les contradictions des plaignants sur des faits remontant à fin novembre 2016. Fillon n'avait rien trouvé à redire à ce moment-là sur la rapidité de la justice. Quant à la présomption d'innocence, certains, comme le footballeur Karim Benzema, auraient bien aimé en bénéficier également. Mais faut croire que ce n'est pas forcément possible! Signe que nombre de politiciens sont très largement déconnectés avec la réalité judiciaire de leurs concitoyens, qui peuvent être très rapidement en détention provisoire (donc sans jugement) et voir leur équilibre professionnel, social, familial voler en éclats, même en cas de relaxe au final. Enfin, Fillon, étant encore député, la question de la levée de son immunité parlementaire devrait se poser. Et c'est loin d'être une évidence, malgré tout. Du coup, il y a de fortes chances de dire que "tous les animaux sont égaux, mais certains sont plus égaux que d'autres" (George Orwell).

Une justice aux ordres?

Le soupçon que fait peser Fillon, mais aussi Marine Le Pen, sous l'œil des juges pour d'éventuels emplois fictifs au Parlement européen, tenté de faire lever l'immunité parlementaire à la candidate du Front national, c'est que la justice serait aux ordres du pouvoir exécutif, actuellement occupé par François Hollande, ancien leader du Parti socialiste, du Premier ministre Bernard Cazeneuve et du ministre de la Justice, Jean-jacques Urvoas. Cela peut se comprendre par rapport au fait qu'ils se sentent exclusivement visés en raison de sondages qui leur seraient favorables - à prendre avec des pincettes ces derniers temps -. Mais une raison, plus fondamentale, peut expliquer cette critique et se retourner contre les auteurs. La Constitution de la Ve République (conservatrice), en place depuis 1958, n'applique pas de facto la stricte séparation des pouvoirs, car le général De Gaulle et Michel Debré firent en sorte que le pouvoir exécutif soit surpuissant par rapport au pouvoir législatif et au pouvoir judiciaire, rendant ces deux derniers plus dépendants du premier, d'autant plus que l'immunité présidentielle ne peut pas être levée selon la Constitution. Et comme le mandat de Hollande est loin d'être faramineux, ça semble être une tactique sournoise pour sauver un PS thermidorien en lente décomposition.

Par ailleurs, on peut comprendre l'intérêt que Fillon et Le Pen aient à continuer dans la course à l'Élysée, mais il faut aussi se rappeler que ces candidats et leurs partis respectifs s'accommodent bien de la Ve République et qu'il n'auront jamais l'intention de la remplacer.

Révocabilité à préparer

Du coup, il en revient à la gauche de passer à une VIe République, qui serait parlementaire, avec un pouvoir exécutif plus contrôlé. Or, elle reste piégée par la Ve République, notamment depuis les élections de François Mitterrand en 1981 et 1988. Mitterrand, à l'instar de Fillon ou Le Pen, se montrait critique envers le pouvoir et au-delà de ces deux personnages suscités, remettait en cause les institutions de la Ve République, parlant de "Coup d'État permanent". Or, durant ses 14 ans de présidence (record à ce jour!), il se montrait à l'aise dans le costume du monarque républicain.

En tout cas, l'idée d'une nouvelle Constitution fait des émules à gauche et une des pistes défendues ces dernières semaines par quelques manifestants, suite à l'affaire Fillon et à l'affaire Le Pen, est la possibilité d'une révocation des élus. Selon les tenants de cette idée, elle rendrait révocable un politicien condamné dans une affaire ayant attrait à des conflits d'intérêt, des emplois fictifs ou des abus de biens sociaux. Et si c'est au stade de la seule enquête, il s'agirait d'une suspension temporaire, afin que cet élu prenne le temps de se défendre et que la vie politique ne se retrouve pas ainsi bloquée. Mais un des effets pervers, à l'heure où le "tous pourris" résonne, ce serait de mettre tous les politiciens sur le banc des accusés, en faisant sauter la présomption d'innocence.

Le Maire démissionne

Jusqu'à présent, en dépit de quelques grincement chez certains députés, le candidat issu du parti Les républicains comptait sur l'unité de son camp. Maintenant, c'est moins le cas. À la suite du maintien de la candidature de Fillon, alors qu'il avait déclaré en janvier qu'il se retirerait en cas de mise en examen, supposant que les juges ne le feraient pas sans doute, Bruno Le Maire quitte l'équipe de campagne (cf lien n°2). Candidat battu lors de la primaire, Le Maire avait rejoint l'équipe de Fillon pour s'occuper des affaires européennes et internationales, il reproche le manquement "à la parole donnée" par l'ancien Premier ministre et par cohérence personnelle, l'ancien ministre de l'Agriculture a préféré s'en aller. Une décision qui peut en appeler beaucoup d'autres car la coalition de centre-droit Union des démocrates indépendants se pose des questions sur la crédibilité de la candidature Fillon.

En tout cas, l'élection présidentielle, qui semblait promise à la droite, les doigts dans le nez, est en train de lui échapper. Mais Fillon tente de mobiliser la morale habituelle des politiciens: "Il ne faut jamais prendre les gens pour des cons, mais il ne faut pas oublier qu'ils le sont".

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88pasfillonesque2 04/04/2017 15:51

Le maintien de la candidature Fillon,envers et contre tout,est une atteinte à l'ordre public,un trouble à l'ordre public.Ce scandale qui porte atteinte aux institutions de la France (reposant sur la loi)et à l'Etat de droit (la République ne saurait être dirigée par un délinquant)déshonore la France en la faisant passer pour une république bananière ce qu'elle n'est pas.Le député Fillon est soupçonné d'avoir détourné de l'argent public durant une longue période et sur une échelle qui n'est pas négligeable (plus d’1 million d’euros).Le député Fillon est soupçonné d'entretenir de façon calculée,préméditée et systématique des relations intéressées avec des groupes d'intérêts (« conflits d'intérêts »).Le député Fillon est soupçonné d’avoir érigé le népotisme en système.Dès lors manifester sa désapprobation devient une nécessité,un devoir,une obligation politique et morale.Il y va de l’honneur de la République française et de sa réputation à l’étranger.En aucun cas la République française ne doit devenir un régime politique corrompu,méprisé et comparable à celui des régimes autoritaires.M.Fillon incarne cette décomposition de la démocratie française :il doit quitter la scène publique dans l’intérêt de la France.C’est aux citoyens d’en décider car les citoyens ne sont pas les sujets du « roi » Fillon.