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Le XV de France en reconstruction permanente

Publié le par JoSeseSeko

Photo: A. Mounic/L'Equipe

Photo: A. Mounic/L'Equipe

La troisième place de la France dans le Tournoi des VI Nations gagné par l'Angleterre semble indiquer des progrès de la part des joueurs de Guy Novès. Néanmoins, ces progrès demeurent fragiles et impliquent une régularité dont le rugby français est de moins en moins capable de faire.

Au bout de 99 minutes de jeu, le XV de France est arrivé à vaincre le Pays de Galles, dans cette dernière journée du Tournoi des VI Nations 2017, sous le score de 20-18. Mais on aurait pu éviter ces 19 minutes interminables si l'arbitre anglais, M. Barnes, avait eu le courage de donner un essai de pénalité suite aux multiples mêlées où les avants français concassaient systématiquement leurs homologues gallois, au lieu de jouer sur les nerfs des joueurs et des staffs. Bien sûr, les Gallois critiquent l'attitude de Guy Novès et de son staff qui ont remis sur le terrain le pilier droit Rabah Slimani à la 80e minute, prétextant que le remplaçant Uini Atonio se serait blessé. Au-delà de cette fin de match rocambolesque, c'est une victoire qui permet aux bleus de terminer troisième du Tournoi, une première depuis 2011, derrière l'Angleterre et l'Irlande, qui a empêché le XV de la Rose de filer vers un deuxième Grand Chelem d'affilée et de battre le record de victoires consécutives qu'elle détient avec la Nouvelle-Zélande (18).

Marge de progression

Vu les conditions de la victoire face au XV du Poireau, celle-ci atteste au moins d'une force mentale quelque peu nouvelle pour ce XV de France, qui a laissé l'image en 2016 d'une équipe joueuse, voire dominatrice, mais pas en mesure de gagner ses matchs, développant une étrange sensation de frustration générale et d'espoir à la fois. Et ça c'est encore ressenti tout au long du Tournoi 2017. Novès a mis en place un jeu basé sur le mouvement que les joueurs semblent adhérer en théorie, mais dans la pratique, la pression du résultat a rendu le jeu français de moins en moins fluide, avec une litanie de fautes de main traduisant une précipitation malvenue des actions françaises, un gros problème d'alternance jeu à la main/jeu au pied, etc. Tout ça concluant une domination stérile des bleus face à leurs adversaires. Mais le plus inquiétant est l'inconstance dans l'intensité mise par les joueurs. En Irlande comme face au Pays de Galles, les bleus étaient ultra-dominateurs sur les 20 premières minutes avant de progressivement lâcher prise ensuite, avec un dernier sursaut sur les 15 dernières minutes du match. Mais là où ils étaient baladées tactiquement par des Irlandais pleins de maitrise et sûrs de leur sujet, les Français ont su renverser la vapeur face aux Gallois de manière décisive.

Donc, une grosse marge de progression existe encore pour les joueurs de Novès. Et certains ont montré qu'ils vont demeurer des titulaires indiscutables. D'abord les troisièmes-ligne Louis Picamoles et Kévin Gourdon, les joueurs les plus réguliers durant le Tournoi côté français. Ensuite, Slimani, remplaçant sur les deux premiers matchs, a pris le dessus sur Atonio pour être titulaire durant les trois derniers matchs. La paire de 3/4 centre Gaël Fickou-Rémy Lamerat mérite de continuer, notamment Fickou qui est monté en puissance au fil des matchs, avec notamment un match plein en Italie au niveau offensif et une certaine rigueur défensive contre le Pays de Galles. Enfin, la charnière Baptiste Serin-Camille Lopez, qui a débuté tous les matchs du Tournoi - une rareté dans l'histoire du XV de France - peut avoir de beaux jours devant elle, mais elle doit encore montrer une capacité à alterner le jeu, notamment sur les temps faibles des bleus. Serin est un diamant brut en tant que jeune demi de mêlée (22 ans) qui brille quand l'équipe est dans l'avancée, mais a du mal à relever la tête quand les avants sont en difficulté. Quant à Lopez, qui n'était pas le premier choix de Novès pour le poste de demi d'ouverture, il a montré une capacité à être un buteur efficace - plus de 80% de réussite de pénalités et transformations - mais reste hésitant dans l'utilisation du jeu au pied, malgré cette passe au pied millimétrée pour l'essai de Lamerat contre les Gallois.

Baume au cœur

Force est de constater que cette victoire à l'arrache fait du baume au cœur pour un rugby français en grande difficulté structurelle, suivant un chemin semblable au football anglais. Depuis le lundi 13 mars et l'annonce du projet de fusion du Stade Français et du Racing 92 par les présidents des deux clubs, le rugby français se déchire. La ligue nationale de rugby (LNR), gérante du Top 14 soutient la démarche, tandis que les joueurs du Stade Français font grève - une première depuis la professionnalisation du rugby en 1995 -, avec la solidarité du syndicat de joueurs Provale, de joueurs d'autres équipes et surtout, de la Fédération française de rugby (FFR), présidée par Bernard Laporte. Et ce, d'autant plus que le nouveau président de la FFR a relancé ces dernières semaines, à la suite de la défaite en Irlande (19-9), l'idée de mettre les joueurs du XV de France sous contrat fédéral, à l'instar de ce que fait l'Irlande, mettant en colère Paul Goze, président de la LNR, qui promet le bras de fer.

Et pendant ce temps-là, le rugby anglais reprend sa marche en avant...

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