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Verrouillage des candidats par les mass media

Publié le par JoSeseSeko

Photo: AFP/THOMAS SAMSON

Photo: AFP/THOMAS SAMSON

À l'heure où le Conseil Constitutionnel clôture les réceptions de parrainages d'élus pour l'élection présidentielle, les mass media ne donnent pas la même importance pour certains candidats, considérés avec mépris comme des "petits" candidats.

"Tous les animaux sont égaux mais certains sont plus égaux que d'autres". Cette phrase de George Orwell dans La ferme des animaux résume bien l'attitude des mass media à l'égard de certaines candidatures à l'élection présidentielle, quand bien même celles-ci auraient atteint la fameuse barre des 500 signatures d'élus pour être officiellement candidat. Beaucoup de mass media fixent leur attention sur les cinq principaux candidats que sont Marine Le Pen, François Fillon, Emmanuel Macron, Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon. Les six autres candidats sont Nathalie Arthaud, Philippe Poutou, Nicolas Dupont-Aignan, Jacques Cheminade, Jean Lassalle et François Asselineau (cf lien n°1).

TF1 donne le la

L'exemple le plus choquant de cette démonstration que la France est plutôt une a-démocratie est celui de TF1. La chaîne de télévision va organiser un débat lundi 20 mars entre les cinq principaux candidats, en raison de leur niveau dans des sondages qui méritent plus la méfiance que la certitude scientifique. D'où une colère parfaitement juste des autres candidats envers ce média qui verrouille le débat démocratique, censurant ainsi des personnes briguant la fonction suprême dans la République française. Comme si les autres ne comptaient pas alors que le Conseil constitutionnel valide leur présence, comme l'indique le tableau suivant:

En tout cas, certains préparent la réplique. Asselineau, par exemple, compte faire une contre-émission en même temps que celle de TF1, si cette dernière confirme l'émission. Mais pour l'heure, il appelle les cinq principaux candidats à ne pas se rendre à cette émission. "Ce débat est contraire aux principes républicains car l’article 7 de la Constitution ne fait aucune distinction entre les candidats" affirme-t-il dans un communiqué, dans lequel il pourrait accuser les principaux candidats de complicité du fait que "la République et la démocratie peuvent être bafouées par la première chaîne de télévision française" (cf lien n°2).

Politique spectacle

Toute cette polémique autour de ce débat organisé par TF1 montre combien on est depuis un moment dans l'ère de la politique spectacle. D'ailleurs, France 2 compte organiser un débat, avec les 11 candidats - une équipe de foot qu'on n'oserait guère sélectionner d'ailleurs! -, dans les prochaines semaines, en prolongement de ce qui a été fait durant les primaires de la droite et du centre, puis du PS thermidorien et de ses alliés. Au niveau des audiences, la primaire de la droite a plus attiré les téléspectateurs que celle de la "belle alliance populaire", tant sur la chaine privée que sur le service public, mais il faut également compter sur les réseaux sociaux (Twitter, Facebook) qui relaient ces moments, où certains utilisateurs (trolls) s'en donnent à cœur joie et que ça peut faire recette pour les chaînes. Il faut dire que c'est une occasion pour les politiciens d'aller dans l'engueulade tout en donnant de donner du fond dans leur propos. L'exemple de l'entre-deux tours entre Hamon et Valls en janvier dernier est assez marquant, vu comment l'ancien Premier ministre a tenté, en vain, de piéger l'éphémère ministre de l'Éducation nationale sur la laïcité et le rapport avec l'islam, obsession identitaire par excellence.

Par cette proposition, TF1 donne un écho à Guy Debord et à son grand œuvre, la Société du spectacle (1967). Dans ce livre, Debord écrit une phrase qui va assez loin: "Le spectacle est le discours ininterrompu que l’ordre présent tient sur lui-même, son monologue élogieux. C’est l’auto-portrait du pouvoir à l’époque de sa gestion totalitaire des conditions d’existence". C'est dire le cercle vicieux auto-entretenu entre le pouvoir politique et la sphère médiatique de masse. Autrement dit, la place pour toute expression alternative, voire subversive, est réduite à la portion congrue et il faut éviter de la mettre en valeur, de peur que les esprits ne soient plus aliénés par les dominants. Un exemple de ce mépris de classe persistant et totalitaire nous a été fourni sur le service public, avec l'émission On n'est pas couché. Dans l'émission diffusée 25 février dernier, Poutou, candidat du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) à la présidentielle, a été invité par l'animateur Laurent Ruquier. Et durant la maigre demi-heure qui lui a été accordée, ce laps de temps lui a été rogné de plus de cinq minutes en raison d'un fou rire des chroniqueurs et des autres invités, parce que la journaliste Vanessa Burggraf, chroniqueuse avec l'écrivain Yann Moix, bafouillait dans l'énoncé de sa question au sujet de l'interdiction des licenciements, mesure prônée par le candidat du NPA et ouvrier à l'usine Ford de Blanquefort (Gironde). Un grand moment de solitude et d'humiliation de la part des meneurs de l'émission envers Poutou. Et le pire dans cette histoire, c'est qu'une heure auparavant, c'était plus discipliné, plus courtois envers le député Thierry Solère, alors soutien d'un Fillon englué dans l'affaire d'emploi fictif qui concernerait sa femme, plus d'éventuels abus de biens sociaux.

Orwell, reviens. Ils sont fous!

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