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Fusillade aux Champs-Élysées: à qui ça profite (ou pas)?

Publié le par JoSeseSeko

Photo: AFP

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À trois jours du premier tour de l'élection présidentielle, une fusillade a eu lieu sur les Champs-Élysées, à Paris, tuant un policier, blessant grièvement un autre fonctionnaire de police. Une attaque revendiquée par Daech, dont certains politiciens peuvent en sentir une récupération providentielle.

Il était 21h, jeudi 20 avril, à Paris, sur l'avenue des Champs-Élysées (8e arrondissement). Un tireur armé s'en est pris volontairement à des policiers et à leur car, tuant un fonctionnaire de police, blessant grièvement un autre, sans oublier une passante qui a été touchée durant la fusillade. L'assaillant, neutralisé peu après, serait issu de l'État islamique (Daech) car l'organisation terroriste revendique l'attaque sur Paris.

Reste à savoir qui aurait fourni un soutien matériel, logistique à l'auteur de cette attaque, que la cellule antiterroriste du parquet de Paris compte résoudre dans son enquête qui vient de commencer.

Une police sur les nerfs

Le fait que le tueur ait volontairement visé des policiers pousse à croire que c'est une stratégie de fragilisation de la société française qui est ciblée par l'EI, à travers cette institution qu'est la police. Une police depuis un moment sur les nerfs, qui avait même manifesté courant octobre 2016, en raison d'un manque de moyens matériels et humains, d'une hyper-activité liée à l'instauration de l'État d'urgence depuis les attaques du 13 novembre 2015. Ce même État d'urgence qui montre, après le sinistre attentat du 14 juillet 2016 à Nice, combien son efficacité est limitée en matière de défense nationale, mais qu'il est plus utile en tant qu'instrument de défense sociale, avec la répression des manifestations contre la loi travail au printemps 2016. Et en réponse à ces manifestations, le gouvernement a élaboré un projet de loi en février 2017, voté par l'Assemblée nationale, renforçant le dispositif de légitime défense des policiers, en l'alignant sur celui des gendarmes et militaires, sachant que la police française est l'une des plus armées des pays occidentaux, bien que derrière celle des États-Unis - pas vraiment une bonne référence -.

Si le temps du recueillement et du respect envers la mémoire du policier assassiné est à respecter, il n'en reste pas moins que l'institution suscite de la méfiance au sein de la population française ayant des origines extra-européennes, subissant un racisme institutionnel de la part des forces de l'ordre (social) à ses yeux. La mort d'Adama Traoré en juillet 2016, le viol de Théodore Luhaka en février dernier, le trépas de Liu Shaoyao fin mars, ne peuvent pas être oubliées car ce serait laisser le ressentiment d'une impunité au sujet des violences policières s'enraciner, pouvant servir de terreau fertile pour des mouvements terroristes.

Campagne plombée

Cette fusillade tombe trois jours avant le premier tour de l'élection présidentielle et provoque un assombrissement d'un horizon qui ne semblait guère clair en début d'année. Elle va devoir inciter le gouvernement, notamment le ministre de l'Intérieur, Mathias Fekl, de mobiliser davantage de policiers et gendarmes dimanche 23 avril, jour du premier tour. À l'annonce de cette attaque, certains candidats à l'élection présidentielle, comme Marine Le Pen et François Fillon, ont annulé leur déplacement prévu ce vendredi 21 avril, dernier jour de la campagne, par souci de sécurité. L'ancien Premier ministre, de manière imprudente, laissait entendre, dans la soirée, qu'il y aurait d'autres violences dans Paris. Ce qu'a démenti le ministère de l'Intérieur.

Toujours est-il que la campagne présidentielle est bel et bien plombée et que certains des 11 candidats vont capitaliser sur ce drame à des fins politiques pernicieuses. Tout particulièrement Le Pen et Fillon, qui ont notamment affiché sur les réseaux sociaux un soutien sans faille aux forces de l'ordre ces derniers mois pour s'attirer leur soutien et se poser comme l'homme ou la femme providentielle. Il faut dire que les flics sont de plus en plus attirés par le vote FN et que ce serait bien majoritaire dans cette institution.

Cette attaque est providentielle pour ces deux candidats qui semblaient malmenés avec des démêlés judiciaires en cours, notamment pour Fillon. Bref, pour eux, "à chaque chose, malheur est bon". Mais du coup, c'est du côté de Jean-Luc Mélenchon, Benoît Hamon, Nathalie Arthaud et Philippe Poutou que les répercussions seront les plus négatives, a priori. Notamment pour Arthaud et Poutou car ces deux candidats trotskystes ont critiqué la police à plusieurs reprises dans leurs discours ou dans leur programme respectif. Mais Mélenchon, qui pouvait envisager d'être troisième, voire même au second tour, devra user de son art oratoire pour apaiser des esprits échaudés et convaincre sur la vertu républicaine de la police.

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