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Macron-Le Pen: deux mamelles d'une France droitisée

Publié le par JoSeseSeko

Le duel au second tour de l'élection présidentielle entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen donne l'impression d'avoir les deux mêmes faces sombres d'une pièce. Et dans ce spectacle moderne, des soutiens de Jean-Luc Mélenchon et de Benoît Hamon se renvoient la responsabilité de l'élimination de la gauche au premier tour, alors qu'il va falloir enchaîner avec les élections législatives.

Le premier tour de l'élection présidentielle en France a livré son verdict dimanche 23 avril à 20h. Il consacre un duel entre Emmanuel Macron (24,01% des voix) et Marine Le Pen (21,30%). Suivent ensuite François Fillon (20,01%), Jean-Luc Mélenchon (19,58%), Benoît Hamon (6,36%), Nicolas Dupont-Aignan (4,70%), Jean Lassalle (1,21%), Philippe Poutou (1,09%), François Asselineau (0,92%), Nathalie Arthaud (0,64%) et Jacques Cheminade (0,18%) (cf lien n°1). Ces résultats concluent une campagne pour le moins inédite, avec un écart très faible entre les quatre premiers candidats (environ 6 points de pourcentage). Le tout avec une abstention de 22,23%, supérieure à celle du premier tour de 2012 (20,52%).

Alimentation mutuelle

Les deux finalistes que sont le Macron et Le Pen sont deux symboles d'une droitisation des esprits en France. Du côté du candidat d'En Marche, c'est le symbole du gars qui a des accointances avec les milieux d'affaires, d'autant plus que certains affairistes détiennent la grande majorité des titres de presse écrite, audiovisuelle, web. Ce qui fait que Macron est le chouchou des mass media. En outre, ce mac bouffe à tous les râteliers, cherchant à rassembler des personnes allant d'Alain Madelin à Robert Hue, et en ayant en outre Le Pen face à lui, il pourra jouer la complainte de l'union nationale, du "front républicain" qui sonne comme un retour vers le futur, étant donné que Jean-Marie Le Pen était au second tour, à la surprise générale, face à Jacques Chirac, en 2002. D'ailleurs, des manifestations anti-Le Pen ont été annoncées pour cet entre-deux tours pour le moins crispant. Du côté de la présidente du Front national (FN), ça fait mieux qu'en 2012 (17,90% à l'époque) et surtout, elle a de réelles chances de gagner car ses idées de protectionnisme sensibilisent les victimes de la mondialisation, la stigmatisation des minorités, notamment les Français de confession musulmane, stimule un racisme déjà patent au niveau des institutions de la Ve République et puis, l'avocate de formation maitrise bien mieux l'art oratoire que l'ancien énarque et banquier.

Peut-on dire qu'ils soient totalement différents? Non. Ils se nourrissent mutuellement. La montée en puissance du FN ces dernières années a fait émerger la candidature Macron comme "vote utile". Mais l'importance prise par ce dernier, adepte d'une pensée (sociale-)libérale datée du 18e siècle, favorisant la classe dominante, permet à Le Pen de se faire passer pour la "candidate du peuple", en chipant un discours digne d'être celui des socialistes, des communistes. Ce qui permet en retour, chez les bien-pensants pro-Macron désormais, de dire que les "extrêmes sont les mêmes", de créer du confusionnisme, alors que le FN vote des projets contre le prolétariat proposés par les chouchous de ces bien-pensants. Vu comme ça, pas question pour un.e. citoyen.ne. sensible au socialisme, au communisme, à l'anarchisme, luttant contre le racisme institutionnel, de voter pour l'un ou pour l'autre car ce serait être complice de cette destruction sociale, raciale en France, comme ailleurs dans les pays capitalistes avancés.

Gifle des partis traditionnels

Cette élection est désormais historique car la droite classique, conservatrice, a été éliminée dès le premier tour. Et pourtant, François Fillon, le candidat du parti Les républicains, signe là une défaite énorme pour son camp, alors qu'au début de l'année, cette élection présidentielle était imperdable pour l'ancien Premier ministre. Mais le développement de l'affaire concernant d'éventuels emplois fictifs de Pénélope Fillon et surtout le jusqu'au-boutisme du candidat ont tenu à être sanctionnés par les électeurs. Et il faut dire, en accord avec le maire de Tourcoing, Gérald Darmanin dans son interview au journal Le Parisien ce lundi 24 avril, que "la droite française a perdu l'imperdable".

Mais c'est l'état du Parti socialiste qui est le plus critique. Le score de Hamon est le plus faible du PS depuis 1969, quand il s'appelait la SFIO. Il marque une sanction "historique, légitime" des électeurs, aux yeux du candidat battu. Il était certes couru d'avance que le PS ne pouvait pas se qualifier au second tour, sauf miracle, mais l'ampleur est telle que les déchirures au sein du parti seront mises à nu. Entre les partisans de Manuel Valls, qui sont allés lécher les pieds de Macron, et ceux de Hamon, qui entendent bien remettre à gauche un PS qui s'est droitisé sous le quinquennat de François Hollande, ça promet encore des foires d'empoigne grotesques rue de Solférino.

Recomposition à gauche

Mais la grande leçon du scrutin est que le PS a perdu son hégémonie à gauche. Une première depuis les élections législatives de 1978. Et cette pasokisation inévitable du parti, comme d'autres partis socialistes ou sociaux-démocrates en Europe, ne peut être enrayée que si ce parti trouve un leader revenant aux racines du socialisme (lutte des classes, défense du prolétariat, y compris non-blanc, anti-impérialisme, etc.) et qu'il trouve un accord avec la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon. Ce qui semble loin d'être possible car de nombreux soutiens chez Mélenchon jugent que le PS a empêché Mélenchon d'aller au second tour car en additionnant leurs scores, il y aurait eu un candidat de gauche au second tour (cf lien n°2). Et inversement chez plusieurs militants socialistes, où l'amertume envers les Insoumis est tenace (cf lien n°3). Chacun se renvoie la responsabilité de l'échec de ce 23 avril alors que la source principale est chez Hollande. Après tout, le futur ex-président est le point de départ de cette m**** ambiante avec son coming-out social-libéral de janvier 2014, enterrant définitivement son programme de 2012.

Mais l'urgence est liée aux élections législatives de juin prochain, qui semblent être mal parties pour une gauche française, sauf miracle. Et après cela, le débat sur la bataille des idées pourrait reprendre de plus belle, avec un espoir de renouveau en raison de la dynamique de la France insoumise et de son score final, laissant entendre que la gauche radicale française a du poids dans l'électorat.

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