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Poutou, le candidat prolo qui secoue

Publié le par JoSeseSeko

Suite à sa prestation lors du débat du 4 avril, Philippe Poutou affiche une petite dynamique autour de sa candidature, même si elle est loin de pouvoir rivaliser avec d'autres candidatures à la présidence et qu'elle comporte un certain flou.

Il ne comptait guère aux yeux de l'opinion publique. Il était volontairement mis de côté, voire dénigré, par les mass media. Mais depuis le débat à 11 du 4 avril, il se fait remarquer. Lui, c'est Philippe Poutou, candidat du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) à l'élection présidentielle. Par ses formules bien senties durant ce "grand débat" à l'égard de Marine Le Pen et de François Fillon, et notamment sa tirade sur "l'immunité ouvrière", le candidat, lui-même ouvrier à l'usine Ford de Blanquefort (Gironde), s'est voulu être le porte-parole de citoyens qui sont écœurés par ces professionnels de la classe politique, présents depuis des décennies pour une bonne partie d'entre eux.

Un attrait global

Plus d'une semaine après ce débat, l'intérêt pour Poutou ne s'effondre pas. Au contraire, il semble y avoir un attrait global pour le candidat ouvrier. Des gens viennent s'arrêter à ses côtés pour discuter ou prendre une photo avec lui. Ses meetings attirent de plus en plus de monde, affichant de manière concrète une popularité accrue. Cette même popularité de Poutou se vérifie sur les réseaux sociaux. Lui qui comptait encore à peine 25.000 suiveurs sur sa page Facebook et près de 105.000 followers sur son compte Twitter, il compte respectivement sur ces réseaux sociaux près de 80.000 personnes aimant sa page et environ 125.000 followers (cf lien).

Enfin, l'exposition médiatique est plus importante pour lui, tant au niveau français qu'international. Le journal espagnol El País souligne sa tirade, un article qui lui est consacré dans le quotidien britannique The Guardian, ou même un portrait dans le célèbre journal états-unien The New York Times. Signe qu'il est pris plus au sérieux, même si au niveau français, le dénigrement reste persistant à son égard, vu combien les éditorialistes suivent le mainstream libéral et que tout ce qui ressemble de près ou de loin à une représentation du socialisme, du communisme, est une abomination à diaboliser sur-le-champ.

Un programme d'ensemble

Maintenant, la question est de savoir si ça va se concrétiser au moment du vote du 23 avril prochain. Car, à l'instar de Jean-Luc Mélenchon, Poutou connait une dynamique intéressante aux yeux des sondages - prendre avec des pincettes - qui estiment que les intentions de vote pour le candidat du NPA âgé de 50 ans seraient entre 2 et 2,5%, là où c'était 0,5% avant le débat du 4 avril. Mais dans cette campagne présidentielle virevoltante, beaucoup de choses peuvent encore évoluer d'ici le premier tour. Et du coup, l'attention sur le programme sera plus importante que jamais. Justement, le programme du NPA a pour mérite d'être identifiable. C'est un programme du communisme révolutionnaire (trotskysme), appelant aux luttes de la part des exploités, des prolétaires, face aux capitalistes. Mais à la différence de Nathalie Arthaud, candidate de l'organisation trotskiste Lutte ouvrière, le NPA fait des propositions qui se veulent reliées entre elles, notamment au niveau économique - Smic à 1700€ net, plafonnement des rémunérations patronales, redistribution, interdiction des licenciements, fin du statut d'auto-entrepreneur, recrutement dans la fonction publique, etc. -, mais aussi être en mesure d'expliquer une certaine philosophie de méthode, à défaut de chiffrage permanent. Par exemple, dans un entretien accordé au Bondy Blog (cf vidéo ci-dessus), Poutou explique pourquoi il veut que la centrale nucléaire de Fessenheim (Haut-Rhin) soit fermée, sachant que le démantèlement maintiendra les emplois locaux pour un long terme. Une position forte de la part de l'ouvrier syndiqué à la Confédération générale du travail (CGT), alors que la branche énergie de la CGT souhaite, comme d'autres branches syndicales, le maintien d'activité dans la centrale, qui est la plus ancienne de France.

Néanmoins, il reste des zones d'ombres dans le programme du NPA. L'une d'entre elles concerne l'Europe. Autant, Poutou et son parti veulent en finir avec les traités de libre-échange de l'Union européenne, ou la mise en place d'une Europe menant l'austérité, pour la transformer en une Europe des travailleurs (sic). Mais est-ce que cette Europe-là devrait avoir l'euro comme monnaie? C'est une question à laquelle il n'existe pas d'éléments de réponse clairs de la part du NPA et de son porte-parole dans cette présidentielle. Or, l'euro concentre de plus en plus de critiques de la part de la population française, comme ailleurs sur le continent. Nous verrons bien comment les prochains jours vont se passer pour Poutou et les autres candidats.

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