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Une campagne inédite

Publié le par JoSeseSeko

Photo: AFP

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La fusillade du 20 avril aux Champs-Élysées pourrait bien encore bouleverser une élection présidentielle qui va rester dans les annales, tellement l'incertitude reste importante sur le premier tour du dimanche 23 avril, notamment au sein du quarté formé de Marine Le Pen, François Fillon, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon.

À quelques heures de la fin de la campagne officielle pour le premier tour de l'élection présidentielle, ce vendredi 21 avril, il est bon d'en tirer un certain regard sur ce blog. Et le moins que l'on puisse dire, chers lecteurs, c'est que cette élection, qui semblait partie pour confirmer une américanisation de la France, a finalement offert de grandes surprises. D'abord, l'effet désastreux que provoque les primaires pour le vainqueur. À droite, François Fillon, qui avait pourtant un boulevard devant lui, s'est retrouvé englué dans une affaire concernant d'éventuels emplois fictifs de sa femme Pénélope, et n'est pas assuré d'être au deuxième tour. À gauche, Benoît Hamon, vainqueur surprise, se retrouve isolé par son parti, le Parti socialiste, dont la plupart des apparatchiks sont allés faire du racolage chez Emmanuel Macron. Ce qui a pour conséquence de voir le candidat socialiste en mesure de faire le pire score de l'histoire du PS depuis 1969, quand il s'appelait la Section française de l'internationale ouvrière.

Macron, le mac

S'il y en a un qui bouffe à tous les râteliers, tentant de ratisser large, c'est bien Macron. Également chouchouté par les mass media, les unes et articles plutôt élogieux consacrés au candidat d'En Marche par différents journaux (Le Parisien, Le Monde, L'Obs, Challenges, etc.), l'ancien ministre de l'Économie ne se force pas trop, tellement il bénéficie de réseaux influents dans différentes sphères économiques. Puis politiquement, les ralliements allant d'Alain Madelin à Robert Hue, en passant par Daniel Cohn-Bendit, Gérard Collomb et d'autres politiciens, plus ou moins vieux, se veulent être un moyen de prouver qu'il serait un rassembleur. Or, ça peut être interprété différemment, comme quoi Macron serait le candidat officieux, réel du PS, chargé de défendre le bilan du quinquennat de François Hollande, qui a dégoûté bien des électeurs de ce parti dit socialiste au fil du temps. En outre, le mac Macron pourrait bien ne satisfaire personne, quoique davantage les libéraux, qui en font leur tête de gondole pour défendre une idéologie très ancienne, à coup de vagues d'austérité portée par un homme de 39 ans.

Le Pen, l'épouvantail

Selon toute vraisemblance, une personne semble être assurée d'aller au second tour et tous les éditorialistes semblent le dire depuis des mois, c'est Marine Le Pen. La meneuse du Front national fait figure d'épouvantail, incitant des personnes comme Cohn-Bendit à appeler à voter Macron "pour faire barrage au FN". Comme si c'était encore efficace de nos jours! Mais l'idée de Le Pen fille au second tour, 15 ans après son père, Jean-Marie Le Pen, n'est pas illogique car le FN a enregistré des records en matière de votes lors des européennes de 2014 et lors des régionales de 2015. Même si aucune des 13 régions n'a pas de majorité FN, le parti d'extrême-droite a désormais un nombre record d'élus régionaux. Ce qui pourrait servir pour les sénatoriales prévues à l'automne prochain à voir encore plus d'élus FN.

Mais pour Le Pen, comme pour Macron, Mélenchon et d'autres d'ailleurs, il pourrait être difficile d'avoir une majorité parlementaire à l'issue des législatives de juin prochain. Ce qui pourrait l'obliger à encore plus arrondir les angles sur son programme. En particulier sur l'Europe et l'économie puisqu'elle déclare vouloir faire du protectionnisme on ne peut plus classique, ainsi que de demander un référendum sur le maintien ou non de la France dans l'Union européenne.

La dynamique Mélenchon

Ces derniers jours, un candidat semble plus effrayer les éditorialistes que Le Pen, c'est Mélenchon. Le candidat de la France insoumise, qui veut parler au peuple et pas seulement à la gauche radicale, est pris en grippe, notamment sur la question des relations de la France avec les pays de l'Alliance bolivarienne pour les Amériques (Alba), un organisme né dans les années 2000 par la volonté du Venezuela d'Hugo Chávez à contrer le projet états-unien de zone de libre-échange sur l'ensemble du continent américain. Au-delà de l'anti-chavisme consubstantiel chez les éditorialistes, c'est l'optique de Mélenchon en politique extérieure et économique qui est sujette à critiques au vu de sa dynamique, liée à son talent oratoire durant les débats. Certains observateurs et électeurs veulent souligner des zones d'ombres éventuelles du candidat au sujet de la Syrie, par rapport au maintien ou pas de Bachar el-Assad, le rôle de la Russie de Vladimir Poutine dans cette guerre. Ce à quoi Mélenchon répond qu'il compte s'aligner sur la position de l'ONU, avec les résolutions existantes sur ce sujet. Quant à l'Union européenne, c'est le projet du "plan A-plan B", qui se veut être une phase de négociation et qu'au cas où ça échouerait, il n'y aurait pas d'autre choix que de sortir. Mais vu la dynamique pour Mélenchon, le "plan B" semble avoir pris une moindre importance, à croire qu'il tiraille les esprits à gauche. Du coup certains détracteurs, en particulier chez le candidat François Asselineau, jugent qu'il faut sortir rapidement la France de l'UE en vertu de l'article 50 du traité de Lisbonne, afin d'espérer retrouver une marge de manœuvre budgétaire.

Toujours est-il que Mélenchon bénéficie d'une certaine aura au sein de la population et que même outre-Atlantique, le candidat reçoit des soutiens allant de Danny Glover à Noam Chomsky, en passant par Oliver Stone ou encore... Pamela Anderson. Ce qui, dans ce dernier exemple, peut paraitre surprenant mais qui serait lié à la ligne de la France insoumise sur la protection animale. Une thématique qui est essentiellement portée par l'antispécisme, le véganisme et qui a pris peu à peu de l'ampleur ces dernières années.

Cartes rebattues

La fusillade sur les Champs-Élysées, jeudi soir, pourrait bien encore rebattre des cartes. Cette fois-ci, en faveur de Fillon et Le Pen, qui ont tenu à se montrer solidaires envers les policiers, à annuler leurs déplacements, tout en continuant à faire campagne avec une récupération de cette attaque à des fins électoralistes parfaitement visibles. Mais c'est également un moyen d'empêcher certains candidats de se faire entendre sur d'autres sujets. Asselineau se veut force de proposition de nationalisations dans l'économie; Jacques Cheminade veut pousser le budget de la francophonie; Nicolas Dupont-Aignan entend faire renégocier les traités européens dans un sens moins fédéraliste; Jean Lassalle souhaite relier l'économie à l'espace local; puis Nathalie Arthaud et Philippe Poutou tiennent à défendre une revalorisation importante du Smic. Vu comme ça, c'est un vulgaire résumé de leurs idées mais ces candidats, contrairement à ce que bassinent nombre d'observateurs, ont le mérite d'être présents et qu'il y ait, un tant soit peu, de l'attention car des millions d'électeurs vont leur donner leurs voix dimanche 23 avril.

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