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Le gouvernement Philippe, loin d'être rassurant

Publié le par JoSeseSeko

Photo: PHILIPPE WOJAZER/AFP

Photo: PHILIPPE WOJAZER/AFP

Une semaine après sa constitution, le gouvernement d'Édouard Philippe va devoir batailler pour demeurer en place après les législatives, ainsi que de ne pas faire d'histoire. Mais c'est loin d'être une évidence.

Le gouvernement d'Édouard Philippe est constitué depuis une semaine et il semble tracer le chemin étriqué que souhaite appliquer Emmanuel Macron à la France. Un gouvernement qui se dit "de gauche, de droite et de la société civile" de 18 ministres (égalité femmes-hommes) mérite qu'on s'y attarde un peu, sans trop en faire, vu ce qu'il a pu en être dit à ce sujet. Néanmoins, certains détails sont à souligner et déjà, des premiers soupçons ou des premiers couacs se font sentir.

Une orientation libérale

Dans ce gouvernement qui se veut en-dehors du clivage gauche-droite, il est bon de rappeler que les ministères de l'Économie et des Finances sont confiés à des personnes de droite, respectivement Bruno Le Maire et Gérald Darmanin. Ce qui donne le ton en matière de politique budgétaire, où l'austérité sera le but recherché vu que la fonction publique devrait être réduite - 120.000 suppressions de postes de fonctionnaires - et que les fonctionnaires restants devraient connaitre un nouveau gel du point d'indice, permettant de calculer les traitements que les fonctionnaires reçoivent, à partir de 2018 (cf lien n°1). Cela étant, de 2010 à 2015, ce point d'indice avait été gelé, avant d'être revalorisé (+1,2%) en 2016.

Dans le fond, il s'agit d'une orientation libérale, plus poussée, que veut faire avaler le nouveau gouvernement à l'ensemble de la population, en dépit de la victoire étriquée - euphémisme - de Macron à l'élection présidentielle. Encore faut-il indiquer pour quel objectif? Officiellement, c'est pour réduire les déficits publics vus comme abominables, tout comme la dette publique par ailleurs. Officieusement, pour que l'État soit au service de la classe dominante, qui a voté massivement pour Macron, son chouchou, même si ça ne lui déplaisait pas de voir la présence de Marine Le Pen au second tour. Et à vouloir réduire les dépenses publiques de nos jours, c'est au bout augmenter la dette publique, que détiennent majoritairement des ménages riches. Et comme il y a des intérêts à verser sur cette dette et qu'ils sont financés par l'impôt, c'est une "redistribution à l'envers" qui s'opère.

Quelle "société civile"?

Dans ce gouvernement, la société civile aurait une grande place, affirme-t-on, depuis sa composition, avec Agnès Buzyn au ministère de la Santé, Laura Flessel au ministère des Sports, Frédérique Vidal au ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, Jean-Michel Blanquer au ministère de l'Éducation nationale, Françoise Nyssen au ministère de la Culture, Muriel Pénicaud au ministère du Travail ou encore Mounir Mahjoubi au secrétariat d'État chargé du Numérique. Mais encore, il faudrait savoir de quelle société civile parle-t-on. S'il s'agit de définir la société civile comme un groupe de personnes n'ayant jamais pris part à du militantisme politique avant d'accéder à des responsabilités de pouvoir (ministre, député), ça rentre dans les clous. Mais si on définit la société civile comme un ensemble de personnes issus de différentes catégories socioprofessionnelles, n'ayant jamais milité par le passé et étant au pouvoir, le gouvernement nous raconte des blagues!

À l'exception de Flessel, car les sportifs de haut niveau représentent une catégorie spécifique qui mériterait un billet entier sur ce blog, les ministres ou secrétaires d'État tantôt cités font clairement partie des cadres, professions libérales ou chefs d'entreprise. Ce qui est l'électorat de Macron, assurément! Et par conséquent, parler de société civile alors que c'est en fait la classe sociale dominante qui tient le haut du pavé, c'est de la novlangue qu'aurait bien aimé analyser George Orwell, s'il était parmi nous, en 2017 (cf lien n°2). Et puis, ça oblige à se souvenir que les institutions sont majoritairement contrôlées par des cadres, des avocats, des fonctionnaires, des médecins (95 à 97% des élus nationaux) alors que la population active est majoritairement composée d'ouvriers et d'employés, grands absents du gouvernement. Une nouvelle preuve d'un apartheid made in France qu'il ne faudrait absolument pas dire!

Premiers grésillements

Cette machine gouvernementale semble bien installée, mais pourtant, elle demeure perfectible sur certains de ses membres. Au départ, les observateurs et le gouvernement affirment que les ministres nommés sont parfaitement compétents dans leurs domaines. Dans certains cas, le doute est permis. Par exemple, Sylvie Goulard, ancienne eurodéputée, est nommée ministre des Armées (nouveau nom du ministère de la Défense) alors qu'elle aurait du être, a priori, nommée ministre des Affaires étrangères et Européennes, poste occupé par Jean-Yves Le Drian, ancien ministre de... la Défense. Ou encore François Bayrou au ministère de la Justice et Gérard Collomb au ministère de l'Intérieur. Il est évident que ce n'est pas par leurs compétences qu'ils ont été nommés dans ces ministères régaliens, mais davantage par le fait que ceux deux personnages aient fortement soutenu le mac durant la campagne présidentielle.

Ces derniers jours, des polémiques sont venues alimenter la chronique. D'abord, sur Richard Ferrand. Le député PS et actuel ministre de la Cohésion des territoires fait couler de l'encre au sujet de l'enrichissement personnel de sa compagne, Sandrine Doucen, sur des opérations immobilières auprès des Mutuelles de Bretagne, dont Ferrand était directeur général à ce moment-là, selon le Canard Enchaîné. De même que Ferrand était conseiller régional et départemental au moment des faits. Ce qui laisse planer le doute, vu comment l'affaire Fillon avait embourbé le candidat du parti Les Républicains lors de la présidentielle. Ensuite, Collomb a fait une gaffe à propos de l'attaque à Manchester du 22 mai, donnant l'identité du présumé assaillant, ainsi que des passages "sans doute" en Syrie, selon le ministre. De quoi profondément irriter la police britannique et la ministre de l'Intérieur outre-Manche, Amber Rudd, voulant contrôler le flux d'information sur cette tragédie et en fait, laisser les policiers mener à bien leur enquête en ne provoquant pas de fuite de cette manière (cf lien n°3). C'est dire si le ministre pourrait s'emballer très vite au cas où une attaque éclaterait en France. Auquel cas, ce n'est pas du tout rassurant!

Bref, bravo aux électeurs ayant permis un tel gouvernement au pouvoir! Chapeau bas!

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