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Moraliser la vie publique, le capitalisme? Quelle blague!

Publié le par JoSeseSeko

Photo: STEPHANE DE SAKUTIN/AFP

Photo: STEPHANE DE SAKUTIN/AFP

Le développement de l'affaire Ferrand suit son cours, avec un ministre qui ne compte pas démissionner et un gouvernement devant se montrer solidaire. Pas forcément bon signe quand ça prétend vouloir moraliser la politique.

Depuis une semaine, Richard Ferrand concentre un feu nourri de critiques sur un éventuel enrichissement personnel de sa compagne quand il était directeur des Mutuelles de Bretagne et qu'il y a eu des opérations immobilières en 2011 et conseiller régional. En outre, il demeurait à son poste dans le privé au moment où il vota une loi, en tant que député, sur les mutuelles. Face à cette attention sur lui, le ministre de la Cohésion des territoires affirme que tout était légal et qu'il n'a aucunement l'intention de démissionner (cf lien n°1). Un comportement qui peut paraitre similaire à celui prôné par François Fillon lors de la campagne présidentielle, plombant son parti, les Républicains, alors que l'ancien Premier ministre avait un boulevard devant lui.

Multiplication des affaires

Ce qui est assez déroutant, c'est de voir la fréquence de publications d'affaires, de conflits d'intérêts, de mélanges des genres potentiellement suspects, ces dernières années. Bien entendu, l'affaire Cahuzac est hors du commun vu que Jérôme Cahuzac, alors ministre du Budget, fraudait lui-même le fisc. Les casseroles de Patrick Balkany, avec certaines de ses propriétés non déclarées au fisc. La "phobie administrative" de Thomas Thévenoud, récemment condamné à 3 mois de prison avec sursis et 1 an d'inéligibilité. Marine Le Pen et les frais de ses assistants parlementaires au Parlement européen. L'affaire Bygmalion concernant les comptes de la campagne présidentielle de 2012 de Nicolas Sarkozy, etc. Et en-dehors de l'affaire Ferrand, d'autres politicien.ne.s pourraient être dans le viseur de la justice comme Marielle de Sarnez, ministre des Affaires européennes, en raison d'une enquête préliminaire à propos d'assistants parlementaires cumulant travail au Parlement et fonctions politiques, ou Véronique Avril, candidate en Seine-Saint-Denis pour la République en marche, le mouvement d'Emmanuel Macron, a acheté puis loué un appartement insalubre, en appliquant peut-être des méthodes de marchand de sommeil. Mais le ministre de la justice, François Bayrou, est concerné dans une histoire judiciaire, avec une mise en examen pour diffamation envers une association paloise. Mais faut croire que cette mise en examen ne provoquera pas le départ du ministre (cf lien n°2).

Une moralisation impossible?

Bref, le début du quinquennat de Macron commence fort car le président, comme certains de ses prédécesseurs, plaçait l'importance de la morale, de la probité, et comptait justement sur Bayrou pour écrire un projet de loi sur la moralisation de la vie politique. À croire que le vice veuille se parer des habits de la vertu, tout en les déchirant en permanence. Du coup, tout porte à croire qu'une moralisation de la vie politique serait impossible en France car les institutions de la Ve République sont remplies de personnes qui considèrent la morale comme quelque chose de secondaire, et que des leaders d'opinion, des éditorialistes, relayent de leur côté, considérant que c'est une chose futile et qu'il faudrait arrêter avec ça. On comprend mieux pourquoi certains, dont le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb, étaient furieux de voir que la loi sur le non-cumul des mandats a été votée. Une des rares choses positives du quinquennat de François Hollande.

Mais c'est loin d'être suffisant, en raison de ces résistances institutionnelles. Du coup, que faire? Continuer d'invoquer cette moralisation-là, comme on invoque depuis 2008 la moralisation du capitalisme ou plutôt mettre à bas la Ve République et le capitalisme? La seconde option mériterait de la réflexion. Au niveau politique, la Ve République serait remplacée par une VIe République, avec le principe du mandat impératif, un monocamérisme parlementaire, un renforcement du non-cumul des mandats ou des peines encourues sur d'éventuels conflits d'intérêt, etc. Au niveau économique, c'est la mise en avant de l'autogestion, du salaire à vie, de la propriété d'usage des citoyens-prolétaires, face à la propriété lucrative de citoyens-bourgeois accrochés à leur pouvoir capitalistique comme un skieur à son tire-fesse. D'aucuns diront que c'est utopique, voire même infernal pour les plus libéraux/conservateurs d'entre eux, mais vu l'état général d'exaspération de la population face à une classe politique aux ordres de la classe dominante, rechercher un horizon émancipateur n'est pas un mal.

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