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Une voie royale pour Corbyn?

Publié le par JoSeseSeko

Une voie royale pour Corbyn?

En dépit des attentats ayant frappé lourdement Manchester puis Londres, ces dernières semaines, le Royaume-Uni compte voter, jeudi 8 juin, avec des enjeux autour du Brexit, de la politique économique et sociale et de l'unité du pays. Les conservateurs de Theresa May, Première ministre, ne sont pas à l'abri d'être vaincus par les travaillistes de Jeremy Corbyn, dans une dynamique favorable.

Et si c'était lui le Prochain locataire du 10 Downing street, à l'issue des élections générales du jeudi 8 juin prochain? Ce lui, c'est Jeremy Corbyn, figure de l'aile gauche du Parti travailliste, dont il est le leader depuis 2015, réélu en 2016, malgré une vive contestation de son autorité par l'aile droite du Labour, héritière de la période de Tony Blair et Gordon Brown. Mi-avril, lorsque Theresa May, Première ministre, annonça la tenue d'élections anticipées, afin de renforcer une majorité conservatrice pour mener à sa guise le Brexit voté en juin 2016, le Parti travailliste semblait parti pour se prendre une humiliation historique selon les sondages. Et ce, d'autant plus que le 4 mai dernier, les élections locales se sont soldées par une victoire écrasante pour les Tories et une défaite sévère pour le Labour.

Dynamique inversée

Mais la dynamique semble s'être inversée ces dernières semaines. Selon les mêmes sondages, l'écart qui existait mi-avril entre les conservateurs et les travaillistes a fondu comme neige au soleil. À tel point que l'idée d'une absence de majorité pour les Tories est devenue envisageable, voire même que le Labour soit en mesure de dépasser les Tories. Pour quelles raisons cette évolution se fait-elle?

  • D'abord, les programmes économiques et sociaux des deux favoris: celui de May se veut ambitieux sur le plan industriel d'un côté, avec une relance publique sur ce point. Mais de l'autre, la protection sociale se verrait largement coupée, de même que la fiscalité serait revue en faveur des entreprises et des ménages riches, sans compter le laissez-faire sur les frais d'inscription dans les universités britanniques les plus prestigieuses (Cambridge, Oxford), pourtant source de reproduction sociale. Quant au programme de Corbyn, il se veut plus redistributif en matière fiscale, plus interventionniste avec des nationalisations à prévoir (ferroviaire, énergie), avec une coupe budgétaire sur le programme nucléaire Trident.
  • Ensuite, les débats ont montré des signes de faiblesse chez May et de force chez Corbyn. Plusieurs observateurs ont souligné des contradictions chez la Première ministre par rapport au Brexit, dont elle veut qu'il soit "hard". Et au contraire, Corbyn, tient à faire le Brexit d'une manière "soft", en négociant notamment sur les questions de maintien dans le marché unique, la politique commerciale entre Londres et Bruxelles. Et ce, malgré une aile droite qui tenait au maintient du Royaume-Uni dans l'UE.
  • Enfin, le rôle éventuel des attentats dans les choix électoraux. Le Royaume-Uni n'a pas été épargné par le terrorisme avec l'attaque à Manchester, le 22 mai dernier, et celle à Londres, sur London bridge et le quartier Borough Market, samedi 3 juin. Mais suite à ces attentats, notamment à Manchester, une vidéo datant de 2003 a vite tourné sur les réseaux sociaux montrant un Corbyn, alors opposé au gouvernement Blair (travailliste) par rapport à la guerre en Irak. Une guerre qui nourrirait, aux yeux du futur leader du Labour, "les guerres, les conflits, le terrorisme, la dépression et la misère des générations futures". 14 ans plus tard, cette alarme sonne comme une prophétie auto-réalisatrice qui pourrait mobiliser des électeurs vers le camp travailliste.

Ces divers éléments font en sorte que l'écart entre les deux principaux partis politiques britanniques sont presque au coude-à-coude et que le scénario d'un changement de majorité n'est pas à exclure, bien que le dernier sondage publié, peu après les attaques sur Londres, souligne un écart qui augmente entre conservateurs et travailliste (cf graphique).

 

Renforcement du bipartisme

L'élection du 8 juin prochain semble marquer un renforcement du bipartisme traditionnel entre conservateurs et travaillistes. En 2015, les deux principaux partis de gouvernement représentaient les 2/3 de l'électorat britannique, alors qu'ils avaient l'habitude d'avoir plus des 3/4 des électeurs votant pour eux. Mais avec la crise financière, une remise en question s'était établie chez les citoyens britanniques, d'autant plus si on rajoute les questions régionales, voire indépendantistes. Ce qui a d'ailleurs permis au Parti national écossais de faire une percée importante en 2015, raflant 56 des 59 sièges de la Chambre des communes réservés à l'Écosse, devenant ainsi l'autre vainqueur des élections précédentes, avec le Premier ministre de l'époque, David Cameron.

Mais là, la musique ne semble plus être la même pour le SNP, ni pour le Parti de l'indépendance du Royaume-Uni (Ukip). Le Brexit a, paradoxalement, eu la peau du parti d'extrême-droite qui était défenseur de la sortie britannique de l'UE. Et maintenant, les électeurs habituels de Ukip, qui étaient d'anciens conservateurs, retournent appuyer les Tories, estimant que ces derniers seraient capables de faire ce "hard Brexit" que clame May. À la gauche du Labour, ça ne cherche pas à combattre ce parti. Au contraire, ça tient à soutenir Corbyn dans ses luttes internes puis dans l'objectif de devenir Premier ministre. Reste alors le centre, avec les Libéraux-démocrates. Mais depuis 2015, ça se complique pour eux, après la rouste reçue lors des dernières élections générales, au point que Nick Clegg, leader du parti, ait du céder la place à Tim Farron.

Nous verrons bien vendredi matin, au plus tard.

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