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Couthon, compagnon de la Révolution

Publié le par JoSeseSeko

Couthon, compagnon de la Révolution

Plus de 220 ans après son exécution, le révolutionnaire Georges Couthon est devenue une figure oubliée de la Révolution. Pourtant, il a laissé une postérité assez contrastée dans la recherche historique sur cette période phare de l'histoire de France, avec la loi de Prairial instaurant la Grande Terreur jusqu'au coup d'État renversant Robespierre et ses partisans, dont Couthon.

Il y a quelques mois, un lecteur de ce blog m'avait demandé si je comptais faire un article sur Georges Couthon, révolutionnaire français mort le 10 Thermidor an II (28 juillet 1794), au lendemain du Coup d'État du 9 Thermidor (27 juillet 1794), fomenté contre Maximilien Robespierre et d'autres membres du Comité de Salut public, mettant officiellement fin à la Terreur, cet épisode fort marquant de l'histoire de France, où le débat historique est loin d'être terminé. L'heure est donc venue de consacrer un article sur Couthon, même si, je dois l'avouer, je connais peu ce personnage.

Un enfant de l'Auvergne

Il est vrai, tout de même, que contrairement à d'autres révolutionnaires comme Robespierre, Louis-Antoine de Saint-Just, Georges Danton, Camille Desmoulins, Jean-Paul Marat, Bertrand Barère, Jean-Marie Collot d'Herbois ou Joseph Fouché, le nom de Couthon est peu évoqué parmi les personnages hauts en couleur de la Révolution française. Du coup, retrouver une certaine trace biographique est plus complexe que pour d'autres, où c'est bien fourni. Mais ce n'est pas impossible. D'abord, Couthon est un auvergnat né à Orcet, en 1755. Fils d'un notaire de la ville, il se destina à une carrière dans l'univers du droit, faisant des études dans ce domaine à la fin des années 1770. Une trajectoire similaire à de nombreux futurs révolutionnaires (Robespierre, Danton, Desmoulins) en somme. D'ailleurs, après ses études, il voulut s'installer à Paris, une première fois, pour faire carrière en tant qu'avocat mais n'ayant eu guère de clients face à une concurrence importante, il se résolut à exercer son métier à Clermont-Ferrand, où il put se faire une bonne réputation, notamment auprès des plus pauvres dont il offrait des consultations gratuites.

Mais un des rares éléments qui l'ont fait passer à la postérité, c'est son handicap physique. Depuis sa jeunesse, Couthon souffrait de douleurs aux jambes, perdant progressivement l'usage au fil des ans, malgré des recherches de traitements, à travers ce qu'on appellerait aujourd'hui des cures thermales par exemple. Ce qui fait que dans des gravures ou dans les films faits sur la Révolution, Couthon est représenté comme un handicapé qui se déplace en fauteuil roulant ou à dos d'homme. Ce qui ne l'empêcha pas d'avoir une activité parlementaire durant la Révolution. Mais aussi, peut-être, la salle du Manège, qui était le lieu de rassemblement des députés d'alors, donnait des dispositions pour des handicapés de pouvoir siéger, contrairement au Palais-Bourbon, où se trouve l'Assemblée nationale, ce qui est d'ailleurs reproché de nos jours.

Le révolutionnaire

De par sa position sociale (Tiers État), il accueillait avec enthousiasme les débuts de la Révolution française, faisant partie de la direction municipale à partir de juillet 1789. Deux ans plus tard, il réussit à se faire élire député pour la Législative dans le Puy-de-Dôme et par conséquent, il se retrouve à devoir vivre à Paris. Membre de la section de Clermont-Ferrand du club des Jacobins depuis 1790, il eut désormais l'occasion de rencontrer les autres grandes figures du club, notamment Robespierre, dont il devint un ami important puisqu'il logeait, dans un premier temps, chez le menuisier Maurice Duplay, qui lui-même accueillit Robespierre. Du coup, il faisait partie des députés de gauche à la Législative, défendant le suffrage universel et montrant une opposition au roi Louis XVI. Député, il fit partie de ceux qui votèrent pour la déclaration de guerre à l'Autriche, le 20 avril 1792, bien que son ami Robespierre s'interposa à plusieurs reprises contre la guerre au sein du club des Jacobins, craignant qu'elle soit favorable au roi, à la cour, aux Émigrés, ou à des généraux qui pourraient se transformer en César tricolore, notamment le marquis de La Fayette. En raison de ses soucis de santé, il n'était pas à Paris lors de l'insurrection du 10 août 1792, renversant le pouvoir royal, ni lors des massacres de Septembre envers les nobles prisonniers, soupçonnés d'attendre la victoire des troupes austro-prussiennes pour reprendre du pouvoir.

En vertu du changement qui s'est opéré durant l'été 1792, de nouvelles élections eurent lieu et il fut élu député de la Convention pour le Puy-de-Dôme, siégeant parmi les Montagnards, avec son ami Robespierre, Saint-Just, Marat, Danton ou encore Desmoulins. Comme la majorité des conventionnels, il vota la mort de Louis XVI en janvier 1793 et suite au développement de la coalition contre la France révolutionnaire et républicaine, il fit partie des députés envoyés en mission dans les départements, pour contrôler l'attitude de la population, de l'armée et de ses officiers. Mais il participa également aux luttes de pouvoir dans la Convention, appuyant Robespierre et les Montagnards, face aux Girondins de Jacques Brissot ou Pierre Vergniaud, appelant à leur arrestation le 2 juin 1793 mais appela à une modération envers leur personne.

La Terreur au bout

À partir du 10 juillet 1793, Couthon devint membre du Comité de Salut public, auquel le rejoignit Saint-Just, aux côtés de Barère, Lazare Carnot, etc. En tant que membre du Comité, il fit partie de ceux qui durent mettre en pratique "la Terreur à l'ordre du jour". Au point qu'il fut envoyé en mission à Lyon, pour vaincre la rébellion fédéraliste mise en place dans la ville depuis juin 1793. C'est d'ailleurs sous sa présence que la ville capitula, le 9 octobre 1793 et que les premiers temps de la répression sont menés, avec 106 personnes fusillées le 11 octobre. Mais Couthon voulait éviter de réprimer trop violemment les lyonnais, appliquant ainsi partiellement le décret de Barère appelant à la destruction de plusieurs bâtiments de la ville. Rappelé à Paris, le député auvergnat fut du coup hors de cause lors de la suite de la répression contre Lyon, les massacres perpétrés sous la (sourde) complicité de Fouché et Collot d'Herbois, envoyés en mission à la place de Couthon. En-dehors de son rôle dans la lutte des factions contre les hébertistes et les dantonistes en mars-avril 1794 (Germinal an II), Couthon fut de ceux chargés par la Convention de mettre en place un code de lois, avec notamment Jean-Jacques Régis de Cambacérés, servant ainsi d'ébauche au futur Code civil, réalisé sous la dictature de Napoléon Bonaparte, en 1804.

Mais là où le nom de Couthon reste dans la controverse, c'est la loi de Prairial, votée par la Convention le 22 Prairial an II (10 juin 1794). Il en fut le rédacteur. Cette loi consistait à accélérer les procès devant le tribunal révolutionnaire, avec suppression d'interrogatoire avant l'audience, suppression de présence d'un avocat pour la défense, ni d'audition de témoins. La notion "d'ennemis du peuple" mentionné dans plusieurs articles de la loi, peut potentiellement renforcer une suspicion généralisée appelant à une justice expéditive, le plus souvent, l'envoi à la guillotine, même si l'article six donne des cas pouvant cibler ces futurs condamnés. La principale conséquence de l'application de cette loi par la Convention est d'inaugurer ce qui fut appelé "la Grande Terreur", où du 10 juin au 27 juillet 1794, il y eut davantage de condamnés à mort (1376) par le tribunal révolutionnaire que sur la période allant du 6 avril 1793 au 9 juin 1794 (1251). L'ironie du sort voulut que cette loi servit à discréditer Robespierre et ses amis jacobins, dont Couthon, au moment du 9 Thermidor. Arrêté une première fois, il fut libéré et rejoignit Robespierre, Saint-Just et d'autres à l'hôtel de ville. De par son handicap physique, il était en difficulté pour être transporté et fut blessé au moment de sa seconde arrestation. D'abord envoyé dans un hospice pour se faire soigner, le lendemain matin, il fut ensuite envoyé à la Conciergerie, auprès de Robespierre, en attendant l'exécution sur l'actuelle place de la Concorde.

Bref, il est difficile de se positionner clairement au sujet de Couthon. Mais de par sa proximité avec Robespierre, il affichait des aspirations démocratiques et républicaines, ainsi qu'une défense du peuple contre les riches. Cependant, il reste encore des choses à savoir sur ce révolutionnaire et les historiens spécialistes de la Révolution savent ce qu'ils ont à faire.

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