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Maintien précaire de Zuma au pouvoir

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Reuters/Mike Hutchings

Photo: Reuters/Mike Hutchings

Jacob Zuma, président de l'Afrique du Sud, survit à une nouvelle motion de défiance déposée par l'opposition, qui s'est déroulée pour la première fois à bulletin secret, mardi 8 août. Mais pas dit que l'ANC, le parti au pouvoir depuis les premières élections multiraciales, en 1994, en sorte grandi auprès de la population, lasse des scandales au sommet de l'État.

Une fois encore, il s'en tire. Jacob Zuma, inoxydable président de l'Afrique du Sud depuis 2009, est encore maintenu à la tête de cette république après le vote contre la neuvième motion de défiance déposée à son encore depuis son arrivée à la tête de la nation arc-en-ciel. Une nouveauté est à noter, c'est que cette motion de défiance au parlement sud-africain a été votée à bulletin secret, alors que dans les précédentes motions de défiance, le bulletin était à main levée. Les résultats ont été les suivants: 177 "oui", 198 "non", 9 abstentionnistes plus 16 députés absents lors du vote (parlement composé de 400 députés). Signe que même à bulletin secret, le Congrès national africain (African national congress, ANC, centre-gauche/gauche) tient à suivre une discipline envers son chef (cf lien n°1).

Demi-victoire

En réalité, ce maintien de Zuma au pouvoir est une demi-victoire, pour ne pas dire un aveu de fracture au sein même de l'ANC. En effet, à la suite des élections générales de 2014, l'ANC a une majorité de 249 sièges sur les 400 de l'Assemblée nationale sud-africaine. Or, c'est la majorité la plus faible de l'histoire du parti depuis les premières élections multiraciales de 1994, ayant permis à Nelson Mandela, leader historique du parti, de devenir le premier président noir d'Afrique du Sud. Ce qui fait que l'opposition est plus relevée, avec l'Alliance démocratique (Democratic alliance, DA) et du côté de la gauche radicale, les Combattants pour la liberté économique (Economic freedom fighters, EFF), parti fondé par Julius Malema, ancien dirigeant de la Ligue des jeunes de l'ANC, renvoyé du parti suite à de multiples histoires le concernant.

Mais cette motion de défiance déposée par DA et soutenue par EFF, au motif que c'est "contre Zuma" mais pas "contre l'ANC", a mis en lumière des tensions vives au sein du parti majoritaire. Plus d'une vingtaine de députés de l'ANC ont voté cette motion de défiance, et ce, à quelques mois de l'élection du futur leader du parti, où un duel est annoncé entre Cyril Ramaphosa, ancien président de l'Assemblée constituante, actuel vice-président, et Nkosazana Dlami-Zuma, ancienne épouse du président, ancienne ministre de la Santé (1994-1999), ancienne ministre des Affaires étrangères (1999-2009) et ancienne ministre de l'Intérieur (2009-2012). Deux personnes expérimentées aux lignes politiques a priori opposées, entre Ramaphosa, l'ancien syndicaliste devenu homme d'affaires, l'esprit pragmatique et soutien d'une politique libérale que défend l'aile droite de l'ANC, et Dlami-Zuma, présentée comme plus radicale et panafricaine, pouvant ainsi avoir les faveurs de l'aile gauche du parti et de son allié, le Parti communiste sud-africain.

Scandales à répétition

Mais il faut revenir à la raison de cette motion de défiance. À l'origine, c'est suite aux révélations de la presse sur les liens entre le président Zuma et sa famille avec le clan Gupta, une fratrie d'origine indienne devenue très influente en Afrique du Sud (cf lien n°2), où la communauté indienne est implantée depuis l'époque coloniale britannique (Ghandi exerça en tant qu'avocat et fut mobilisé durant la deuxième guerre des Boers, au tournant du 20e siècle). Or, l'un des enfants du président, Duduzane Zuma, est devenu cadre d'une des sociétés appartenant à la fratrie Gupta et c'est par ce biais que des fuites ont eu lieu ("GuptaLeaks"), indiquant combien les Gupta semblent être corrupteurs jusqu'au sommet de l'État sud-africain.

Ce n'est pas la première fois depuis le début de la présidence de Zuma que son nom est mêlé à des histoires judiciaires. Des affaires de viol ou de corruption au milieu des années 2000, ou plus récemment, une accusation de détournement d'argent public pour sa propriété de Nkandla en rénovation, ont rythmé ses mandats de président. Néanmoins, il reste au pouvoir en raison de la mainmise de ses partisans au sein de l'ANC.

Une crise générale

Comme explicité plus haut, l'ANC connait une période de tension, à l'approche de l'élection interne désignant son futur leader en novembre-décembre prochain. Mais à travers l'ANC, c'est l'Afrique du Sud qui connait une période de crise. Les multiples affaires de corruption d'élus réduisent la relative confiance des marchés financiers envers Pretoria. D'ailleurs, le rand, monnaie nationale, s'est déprécié par rapport au dollar à l'annonce des résultats, après avoir connu une appréciation à l'annonce de la mise en place d'un bulletin secret à l'Assemblée nationale. Au niveau économique, le Fonds monétaire international a revu à la baisse la perspective de croissance pour l'Afrique du Sud en 2018 et au-delà, en raison de "l'incertitude politique" (sic). Mais là où le bas blesse, c'est que le pouvoir sud-africain se montre incapable de lutter contre le chômage de masse. Selon les données de la Banque mondiale (cf graphique), le taux de chômage en Afrique du Sud est passé de 23,5% en 2009 à 25,6% en 2016. Mais c'est pire pour les jeunes (15-24 ans), où depuis 2010, le taux de chômage de cette classe d'âge est systématiquement au-dessus de 50% de la population active de cette catégorie générationnelle.

 

Sans compter les vagues afrophobes qui s'expriment de la part de la majorité noire envers des réfugiés venant d'autres pays africains. En tout cas, l'ANC pourrait payer cher l'addition lors des élections de 2019, qui pourraient bien voir pour la première fois ce parti perdre la majorité absolue.

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