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Répression physique et informatique en RDC

Publié le par JoSeseSeko

Photo: AFP

Photo: AFP

Ces derniers jours, une manifestation a fait plusieurs morts à Kinshasa et un verrouillage des réseaux sociaux s'opère en République démocratique du Congo, où l'opposition appelle au respect de l'accord du 31 décembre 2016, stipulant la tenue d'élections permettant le remplacement de Joseph Kabila à la tête du pays.

En France, dans la presse et dans la classe politique, ça s'émeut de la situation que connait le Venezuela, avec plusieurs dizaines de morts, et ça décrit à foison Nicolás Maduro comme un dictateur, mais par contre silence radio quand il s'agit de la République démocratique du Congo (RDC). Peut-être parce que c'est un pays francophone, donc englué dans la Françafrique, qu'il ne faut pas critiquer dans les hautes sphères. Derniers exemples en date, une manifestation s'est terminée dans le sang à Kinshasa, lundi 7 août, faisant 12 morts dans la capitale congo-zaïroise, plus d'autres affrontements entre manifestants et forces de l'ordre (social) dans plusieurs villes du pays comme Matadi (cf lien n°1). Le gouvernement du président Joseph Kabila attribue la responsabilité à un groupe dénommé Bundu dia Kongo, décrit comme une secte chrétienne souhaitant refonder le royaume du Kongo et qualifié de "terroriste" par le pouvoir. Et ce, sans compter les violences faisant plusieurs milliers de morts dans la province du Kasaï-Oriental depuis près d'un an, sur fond de rivalités entre ethnies pro-Kabila et ethnies favorables à l'opposition. Voire même les millions de morts depuis le génocide tutsi de 1994 au Rwanda, qui font de l'ex-Zaïre la grande victime depuis plus de 20 ans.

Opération "ville morte" vs coupure réseaux sociaux

L'opposition, notamment du côté de l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), accuse le gouvernement d'envenimer la violence alors qu'elle suite une démarche pacifique selon ses dires. Suite à la répression policière et pour mettre la pression sur le pouvoir, l'opposition appela à une opération "ville morte" dans tout le Congo-Zaïre, mardi 8 et mercredi 9 août. Cet appel a été inégalement suivi dans le pays, entre une capitale qui s'est montrée attentive et d'autres villes qui ne tenaient pas à suivre le mouvement, car selon certains membres de la société civile, ceci éloignerait les citoyens des élections (cf liens n°2 et n°3).

En réaction, le gouvernement, via l'Autorité de régulation de la poste et des télécommunications du Congo, a limité l'accès aux réseaux sociaux (Twitter, Facebook, Whatsapp, LinkedIn, etc.). La raison invoquée est la diffusion abusive d'images sur les réseaux sociaux, pouvant engendrer des dérives d'après le journal La Tribune Afrique. Pour l'opposition, c'est une posture qui sert d'écran de fumée, afin de verrouiller la liberté d'expression et d'opinion, tout comme l'association des médias en ligne de la RDC, pour qui cette restriction n'est pas justifiée, sinon pour masquer des problèmes (cf lien n°4). D'ailleurs, la Monusco, la mission de l'ONU en RDC s'oppose à cette restriction. "C’est une restriction de la liberté d’expression et de communication et c’est jamais un très bon signe quand on empêche comme ça l’information de circuler librement d’autant qu’avec ce moyen, l’information continue à circuler" a réagi Fabienne Pompey, porte-parole de la Monusco, sur le sujet, dans une conférence de presse (cf lien n°5). Pour tenter de calmer le jeu, le gouvernement, par la voix du ministre des Postes, Télécommunications et Nouvelles technologies de l’Information et de la Communication, Emery Okundji, annonce une levée de la restriction "d'ici quelques jours", estimant que cette dernière était nécessaire (cf lien n°6).

Kabila ad vitam aeternam?

La trame de cette tension de ces derniers jours est la question d'élections pour la fin de l'année. Initialement, la présidentielle et les législatives étaient prévues pour novembre-décembre 2016 et Kabila, au pouvoir depuis 2001, devait quitter le pouvoir, conformément à la Constitution de 2006. Mais comme c'est, quelque part, l'héritier de Mobutu Sese Seko et non de son père, Laurent-Désiré Kabila, il a violé la Constitution, poussant la population à manifester et à se faire réprimer le 20 décembre 2016, puis à trouver un accord avec l'opposition et l'Église catholique le 31 décembre 2016.

Mais plus le temps passe, plus ces élections semblent être mal parties pour se faire dans le délai imparti. Une course contre-la-montre est en cours entre le pouvoir, qui pourrait s'inspirer du Rwanda où Paul Kagame règne, et l'opposition. Cette dernière, autour de l'UDPS, qui pleure encore la perte de son fondateur, Étienne Tshisekedi, mort le 1er février dernier, semble soutenir la candidature de Moïse Katumbi. Considéré comme un espoir pour le Congo-Zaïre, cet homme d'affaires, au profil similaire à ceux du Français Bernard Tapie et de l'Italien Silvio Berlusconi en raison de leur réussite commune dans le football en tant que président de club, est devenu gouverneur de la riche province minière du Katanga de 2007 à 2015, date de sa rupture avec Kabila, dont il était un puissant allié ces années-là. En conséquence, il est vu comme une menace pour le pouvoir, le forçant à s'exiler en attendant que la situation devienne favorable.

Vivement que le cauchemar s'arrête, pour le bien des Congo-zaïrois!

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