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La France, bientôt 10e puissance mondiale? Une atteinte à l'orgueil chauvin.

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/Michael Bremer

Photo: Flickr/Michael Bremer

Une étude du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale laisse à penser que la France reculerait à la 10e place comme puissance économique mondiale en 2024, suivant une trajectoire commune à celle d'autres pays européens, y compris l'Allemagne, face à un essor de plusieurs pays asiatiques, et pas seulement la Chine, l'Inde et le Japon.

La France ne sera plus jamais une grande puissance? Tant mieux! Le titre de l'ouvrage de Guillaume Duval, ancien rédacteur en chef du mensuel Alternatives économiques, paru en 2015, semble de plus en plus concret au fil du temps qui passe et du temps qui approche. Une projection conjointe de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI) imagine qu'en 2024, l'Hexagone ne serait plus que la 10eme puissance économique mondiale, alors qu'elle était 4eme en 1992, de quoi faire réveiller les esprits chauvins, surtout à droite, sensibles au discours décliniste qu'ils espèrent éviter dans un nombrilisme abstrait, illustrant d'ailleurs leur paresse intellectuelle soit dit en passant. Or, ça ne veut pas forcément dire que la France sera moins riche en 2024.

Europe-Asie: croisée des chemins

Mais en réalité, la France ne serait pas toute seule. C'est l'ensemble de l'Europe, ou plus précisément, les membres de l'Union européenne (UE) qui suivrait la même pente, selon cette projection du FMI et de la Banque mondiale. Par conséquent, qu'est-ce qui pourrait servir d'explication? Ce qui serait l'un des principaux facteurs est l'euro (cf lien n°1). La monnaie unique est de plus en plus critiquée au sein des pays membres, tant elle est un facteur de divergences entre les pays du Nord et du Sud de l'UE, notamment pour le Sud car son alignement sur le modèle du Deutschemark allemand au moment de sa création, après l'adoption du traité de Maastricht, en fait une monnaie trop forte pour des pays comme l'Italie, la Grèce, l'Espagne, le Portugal, mais aussi la France, qui préfèrent une certaine souplesse monétaire pour faire tenir leurs structures économiques. Et le récent accord pour un plan de relance européen de 750 milliards d'euros suite aux effets économiques du Coronavirus illustre cette divergence qui fera poser, à terme, la question de la survie ou de la mise à mort de l'UE, telle qu'elle est aujourd'hui.

En parallèle, les pays asiatiques continuent leur montée en puissance. La Chine, actuellement deuxième puissance mondiale, devrait arriver à dépasser les États-Unis à l'horizon 2024, et que l'Inde, le Japon et l'Indonésie seraient derrière le duo de tête Beijing-Washington, selon le FMI et la Banque mondiale. Si ce scénario se vérifie, cela acterait pour de bon la fin de ce que l'historien états-unien Kenneth Pomeranz titra Une grande divergence entre l'Europe et l'Asie, opérée à la fin du 18eme siècle, où l'Europe et l'Asie avaient encore un niveau de vie comparable mais que la première allait prendre le dessus sur la seconde en raison de l'impérialisme européen sur les Amériques, de l'industrialisation protectionniste en lien avec l'esclavage négrier, pompant l'Afrique démographiquement au bénéfice de l'Europe soit dit en passant. Et quelque part, le Coronavirus sert d'illustration à la fin de cette divergence avec une Europe meurtrie dans son orgueil et partisane du libre-échange, et une Asie, plus habituée à ce genre de virus, ayant mieux anticipé les choses, limitant davantage les dégâts économiques avec une ligne encore bien protectionniste sur certains points.

Obsession de la croissance

Cela étant, le raisonnement sous-jacent est celui qui met en avant la richesse produite, et in fine, la sacralisation de la croissance, mesurée par le Produit intérieur brut (PIB). Cet indicateur économique est le plus répandu, le plus facile d'accès. Mais il est grandement imparfait, car se concentrant sur la production et la consommation à l'instant T, omettant les externalités - positives ou négatives - de telle ou telle activité, que la richesse ne s'accorde pas forcément avec le bien-être et que la prise en compte des risques environnementaux est absente. D'ailleurs, une commission, appelée Commission Stiglitz, du nom de l'économiste états-uniens Joe Stiglitz (prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel en 2001), avait travaillé sur comment améliorer ou apporter des alternatives au PIB en 2008, peu avant la crise financière de 2008-2009 d'ailleurs, et n'a pas forcément donné de grandes avancées.

Il faut dire que le PIB sert de justificatif idéologique pour les tenants du capitalisme (libéral), leur permettant de défendre l'idée de la libre concurrence, sans l'appliquer dans leur propre champ qu'est l'enseignement. Et en cela, le PIB empêche de réfléchir sur le côté limité des ressources planétaires, que les travaux de l'économiste roumain Nicholas Georgescu-Roegen et le club de Rome avaient démontré dans les années 1970, ouvrant une sphère théorique qu'est celle de la décroissance, dans le but de trouver un équilibre durable entre l'humanité et son environnement. Or, le capitalisme, dans ses fondements, est un modèle économique énergivore, consumériste, qui ne cesse de polluer davantage, sur le long terme, pour qu'il y ait de la croissance. Et si le confinement, consécutif à l'expansion du Coronavirus, est source de récession, il est également source d'une moindre pollution de l'air, à court terme. Et la fin de la grande divergence entre l'Europe et l'Asie, évoquée ci-haut, peut aussi s'expliquer par une délocalisation de la pollution, désormais plus concentrée en Asie (cf lien n°2).

En tout cas, si le capitalisme est en péril, l'idée qu'il crève ne serait pas forcément un mal, si on tire les conclusions des tentatives de "socialisme réel".

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