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Quand la pression populaire peut être productive au Liban

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/Julie Couzinet

Photo: Flickr/Julie Couzinet

La démission du Premier ministre libanais, lundi 10 août, n'est guère suffisante pour calmer les esprits au Liban, tant les explosions au niveau du port de Beyrouth et leurs conséquences illustrent l'incompétence d'une classe politique et économique. De quoi pousser à chercher des alternatives.

Une semaine après les explosions dans le port de Beyrouth, causant 171 morts, plus de 6.000 blessés et plus de 300.000 habitant(e)s sans logement, la tension reste palpable. En dépit de la répression policière, avec une quarantaine de blessés parmi les manifestants le 10 août par exemple, les manifestations dans la capitale libanaise se font quotidiennement, jusque tard dans la nuit. D'ailleurs, ces manifestations ont montré une certaine efficacité car plusieurs ministres avaient démissionné en fin de semaine dernière et lundi 10 août, ce fut au tour du Premier ministre, Hassan Diab, de présenter sa démission et celle du reste de son gouvernement, laissant envisager un scénario d'élections législatives anticipées, sachant que le gouvernement démissionnaire n'existait que depuis sept mois, après déjà une série de manifestations à la fin de l'année 2019.

Renouveler dans quel sens?

La catastrophe du 4 août est une pierre supplémentaire dans le marasme économique, social et politique dans lequel se trouve le Liban. Marasme économique car l'hyperinflation peine à être stoppée par la Banque centrale libanaise, recourant vainement à plusieurs dévaluations de la livre libanaise. Ce qui rend les biens importés, surtout ceux relevant de l'alimentaire, dont la grande majorité a brulé avec les explosions, de plus en plus chers. Ce qui mène ensuite à un marasme social car la classe moyenne libanaise suit une trajectoire de paupérisation importante, la poussant à aller dans la rue pour se faire entendre. Enfin, le marasme devient politique car l'ensemble de la classe politique libanaise est dans le collimateur car héritée des compromis, plus ou moins stables, posés après la guerre civile (1975-1990) entre forces politico-religieuses généralement classées à droite de l'échiquier politique, se différenciant par les affinités religieuses qui leur sont attribuées (islam chiite, islam sunnite, christianisme catholique, christianisme maronite, le christianisme orthodoxe, etc.), et régulièrement accusées de corruption par les manifestants.

Si les manifestants tiennent à un renouvellement total de la classe politique, leur défi sera de donner un sens à cette volonté politique et souveraine. Est-ce que les partis de gauche au Liban seraient en mesure de formuler une alternative démocratique, économique (restructuration de la dette publique), citoyenne, en phase avec les aspirations populaires? Ce n'est pas une certitude. Le Hezbollah, parti politique fiché comme organisation terroriste dans plusieurs pays développés, peut tirer son épingle du jeu dans cette situation tendue. Enfin, le renouvellement politique du Liban pourrait être influencé par le regard des pays développés. Et l'implication de la France, avec la visite du président Emmanuel Macron à Beyrouth le jeudi 6 août dernier, laisse à penser que l'Occident suit ce qui se passe avec attention et pourrait pousser les autorités libanaises à se plier aux demandes de réformes structurelles du Fonds monétaire international en échange d'un prêt financier pour, a minima, donner un petit bol d'air.

Et n'oublions pas que le Coronavirus est présent dans ce pays et qu'il n'a pas pris de vacances.

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