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Les plaies des révoltes de 2005 toujours pas cicratisées

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/NJ V

Photo: Flickr/NJ V

15 ans après les morts de Zyed Benna et Bouna Traoré, source de révoltes en banlieue durant quelques semaines, les questions des violences policières et du racisme institutionnel restent déniées par une grande partie d'une classe politique qui voit nombre de banlieusard(e)s comme un "ennemi intérieur" à abattre, à soumettre, divisant ainsi le pays.

Voir les visages en noir et blanc de Zyed Benna et Bouna Traoré me donne le bourdon. Après tout, ils avaient 17 et 15 ans au moment de leur mort, le 27 octobre 2005, à Clichy-sous-Bois. Ils étaient de ma génération vu que j'avais le même âge que Bouna (15 ans) à l'époque et que si j'étais à sa place, j'aurais pu connaître ce même sort funeste. Mais leur mort a plus marqué que d'autres car poursuivis par la police, ils moururent électrocutés dans un transformateur EDF, sans que les flics qui les poursuivaient n'aient daigné tenter de les sortir de ce piège mortel selon divers témoignages, poussant ainsi une jeunesse de banlieue prolo à se révolter dans une grande partie de la banlieue parisienne et dans d'autres agglomérations durant le mois de novembre 2005. En réaction, le pouvoir - Jacques Chirac président, Dominique de Villepin Premier ministre et Nicolas Sarkozy ministre de l'Intérieur - instaura l'État d'urgence. Une première depuis la guerre d'Algérie!

Mépris de la banlieue prolo

15 ans après, est-ce que les plaies se sont cicatrisées ou restent-elles béantes? La deuxième partie de la question semble être la tendance. Le mépris envers la banlieue prolo, ayant une forte proportion de français(es) d'origine extra-européenne reste encore méprisée par l'intelligentsia française et une grande partie de la classe politique et médiatique car décrite comme un territoire "perdu" de la République (bourgeoise), soumise à un opium du peuple (islam) qui pousserait au séparatisme, au terrorisme, au racialisme, à l'indigénisme, au communautarisme, etc. Une perception encore plus véhiculée après l'assassinat du professeur d'histoire-géographie Samuel Paty par un extrémiste de confession musulmane le 16 octobre dernier.

Ce mépris affiché envers la banlieue prolo permet de masquer le racisme institutionnel, dont son expression la plus violente est faite par la police. Les histoires de français non-blancs morts et dans lesquelles les forces de l'ordre y ont un rôle prépondérant et obscur ont continué depuis Zyed et Bouna, sans compter la bride lâchée par le pouvoir actuel, notamment durant le confinement au printemps dernier. Ajoutons que ce mépris permet de masquer également le communautarisme blanc et bourgeois pratiqué dans la banlieue riche, signe que racisme et lutte des classes s'imbriquent et que les fraternalistes, faussement laïcs et faussement républicains, feraient bien de comprendre. Ce mépris permet de masquer une politique extérieure qui expose au danger terroriste à travers un atlantisme latent, et dont l'hypocrisie est une seconde nature puisque des pays peu connus pour leur respect des droits de l'homme (Arabie Saoudite, Qatar) permettent à des courants intégristes, liés au terrorisme, de se développer et que la France y trouve des partenaires commerciaux importants, notamment pour l'exportation des armes made in France.

Nuances éclaircissantes

Existe-t-il néanmoins des nuances? Oui. La première d'entre elles est dans le monde médiatique. Durant ces révoltes, un média prit naissance. C'est le Bondy Blog. Fondé par des journalistes suisses s'interrogeant sur le traitement médiatique des révoltes par leurs confrères français, il proposa un autre regard sur la banlieue prolo, face dénigrement qui a été porté par la globalité de la presse française avec l'exemple des voitures brulées, sachant que les journalistes se mettaient derrière les policiers et relaient uniquement la version policière. Confié depuis à des habitants de Bondy ou d'autres villes de banlieue, il permit à des journalistes non-blancs de faire leurs armes journalistiques, servant de miroir du monde journalistique français, où le manque de "diversité" (classe sociale, ethnie, etc.) est criant. Mais en raison du succès d'estime qu'a le Bondy Blog, des accusations de communautarisme peuvent être lancées. Je le dis d'autant plus que j'ai été au Bondy Blog, que j'ai vu des confrères et consœurs venir d'horizons bien différents du mien et qu'une bonne ambiance de travail y régnait en dépit des accusations lancées contre des personnes ne lisant pas notre travail journalistique.

Autre nuance, c'est l'esprit d'initiative des banlieusard(e)s. Des associations, des entreprises sont créées en banlieue, pour permettre à des jeunes d'avoir des possibilités de suivre des études supérieures et de ne pas être cantonnés vers des diplômes faiblement valorisés dans le monde du travail - effet pervers de l'orientation scolaire dès le collège -; ou bien d'avoir une stabilité professionnelle éloignée du cliché "du chauffeur Uber ou du dealer de drogue" véhiculé jusque depuis l'Élysée. N'oublions pas non plus que la banlieue permet l'expression d'autres sports que le football. Le rugby, le basket, l'athlétisme, l'escrime y ont leur place, ainsi que la Formule 1 avec l'usine moteur de Renault située à Viry-Châtillon. Enfin, je rajouterais que la critique des violences policières n'est plus seulement l'apanage de banlieusard(e)s ayant des origines extra-européennes, mais qu'elle est de plus en plus portée par des prolos blancs, notamment ceux issus du mouvement des Gilets jaunes. Mais il a fallu qu'ils en fassent l'amère expérience pour qu'il y ait une jonction sur ce sujet.

C'est dire si les choses prennent du temps à évoluer et qu'il y a encore du pain sur la planche.

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