La dignité face à une oppression institutionnelle

Publié le par JoSeseSeko

Photo: JoSeseSeko

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Plusieurs milliers de personnes ont défilé à Paris pour dénoncer le "racisme d'État", mais également l'absence de diversité dans l'activité économique, symptomatiques d'une France ne regardant guère la glace.

Le meeting du 9 octobre dernier à Saint-Denis a bien été entendu. Sous un soleil généreux de ce dernier jour d'octobre, la Marche de la dignité et contre le racisme s'est déroulée sur Paris, du boulevard Barbès, l'un des derniers quartiers populaires de la capitale, à la place de la Bastille, lieu hautement symbolique. Une atmosphère bonne enfant, sans incident majeur à signaler pour les organisateurs de cet événement.

Hommage et dénonciation

Cette marche, qui a bien rassemblé 10.000 personnes dans la rue, a été rondement menée par un collectif nommé la Marche des femmes pour la dignité (Mafed). Comme son nom l'indique, il est composé de femmes. Pour certaines (pas toutes), il y a une pensée féministe. Mais les membres de la Mafed se différencient volontiers des féministes "occidentales", qui ont trop tendance à parler à leur place pour masquer leurs spécificités (par rapport à l'islam ou à la négrophobie par exemple). Une d'entre elles, Fanny, que j'ai rejoint durant la marche, ne cachait pas sa surprise de voir autant de monde dans les rues: "Quand l'appel fut lancé, je m'attendais à ce qu'il y ait quelques centaines ou mille marcheurs et marcheuses. Pas plus!"

Et le succès réel de cette marche tient à son inscription dans un contexte particulier. Elle s'inscrit dans l'héritage de la marche pour l'égalité de 1983 (renommée hélas marche des beurs), ainsi que dans l'hommage à Zyed Benna et Bouna Traoré, dont la mort a déclenché les émeutes en octobre-novembre 2005. Ces dites émeutes, malgré le temps (10 ans) ne semblent toujours pas comprises dans leurs causes profondes. Cette marche a également servi de dénoncer les violences policières. Par exemple, une des membres du collectif "Urgence notre police assassine", a raconté qu'il a fallu près de deux mois et une interview pour la presse pour qu'elle ait pu avoir accès à l'autopsie de son défunt mari, un Afro-descendant, mort d'un œdème selon ce document. Or, son mari fut menotté près d'un restaurant proche de la gare du Nord et que 2h30 plus tard les policiers le découvrirent mort dans le commissariat du 10e arrondissement, à 600m du lieu de l'arrestation. À moins de se comporter comme les gens bien intentionnés, il y a de quoi se poser des questions sur l'action d'une police "raciste". En tout cas, c'est un autre son de cloche que celui de policiers victimes des "jeunes de banlieue", comme le racontent souvent les mass media.

Enfin, le principal trait d'union des associations organisatrices de la marche, c'est un positionnement anti-impérialiste clair. Même s'il s'exprime sous l'angle de la question des violences policières, de la Palestine, du Congo-Zaïre ou des réfugiés victimes du néocolonialisme occidental, ça pose des problématiques de fond qui font peur aux tenants de l'ordre établi, qui dénoncent cette manif qui serait une manœuvre d'une frange dure qui ferait quelque part le jeu du Front national (FN). Mais comme le FN fait partie des mouvements de défense de l'ordre néolibéral, c'est une démonstration d'hypocrisie à peine raciste teintée d'un mépris de classe guère masqué qu'offrent les critiques de cette manif.

Par ailleurs, l'État s'est récemment pourvu en cassation suite à un jugement de la Cour d'appel de Paris, l'ayant condamné pour "faute lourde" en matière de "contrôles au faciès". À croire que ça veut garder la police impunie. Plusieurs slogans visaient cette institution au service de la classe dominante dans le cortège, dont deux répétés à plusieurs reprises:

  • Gardiens de la paix? NON!
  • Police partout: justice nulle part!

Une manif qui fait plaisir

Cette manif a réussi à rassembler du monde avec des associations méconnues du grand public et des partis de gauche (Europe Écologie-les Verts) ou de gauche radicale (Front de gauche, Nouveau parti anticapitaliste) figurant à l'arrière-plan, pour une fois. Une chose est sûre, elle affiche un profil diamétralement opposé à celui de la manif illusoire du 11 janvier et à son cri "Je suis Charlie". Le 11 janvier dernier, elle attirait des blancs, des bourgeois vivant en centre-ville, ayant des bons postes quasi à vie tant dans le privé que dans le public, dans sa grande majorité. Là, ce sont majoritairement des afro-descendants et maghrébins, des prolétaires cantonnés dans l'ex banlieue rouge, abonnés à une précarisation massive ou au chômage dans le monde du travail, qui ont battu le pavé.

En tout cas, certains observateurs des mouvements sociaux trouvent de l'intérêt dans cette marche. Daniel Mermet, présentateur de l'émission Là-bas, si j'y suis, seulement en ligne depuis la déprogrammation de ce programme en 2014 par France Inter, me déclara ceci: "Cette manif de jeunes, noirs et arabes fait plaisir à voir. Observer d'autres messages, c'est vivifiant! D'habitude, ce sont des vieux blancs qui manifestent."

Un après à contrôler

Maintenant que la marche est passée, et que le succès a été au rendez-vous, le plus dur est à faire. Comment capitaliser dans des actions concrètes? Ce sera l'enjeu de l'après-marche, tout le long du mois de novembre. Par exemple, sur la diversité dans les médias, qui laisse à désirer (un euphémisme!), la mobilisation de ce 31 octobre mettra-t-elle la pression pour faire émerger des journalistes non-blancs dans l'actualité politique, économique ou internationale, domaines où certains talents racisés qui existent ne sont pas utilisés à leur juste valeur?

Puis la perpétuelle menace de la récupération politique risque de dénaturer leur portée, et cela s'est vu dans les années 1980 car suite à la marche de 1983, l'association SOS racisme fut fondée pour servir les intérêts du Parti socialiste (PS), alors au pouvoir avec François Mitterrand, et brider le potentiel subversif et humaniste des marcheurs de 1983. Et comme le PS est revenu au pouvoir avec François Hollande depuis 2012, la vigilance est de mise.

Bref, c'est un anti-11 janvier qui montre une dignité à respecter pour les possédants car dans le cas contraire, ça ne lâchera rien. Et ça, c'est un message bien plus positif que ce que j'ai observé le 11 janvier.

P.S: Le long du chemin, j'ai fait des retrouvailles avec des marcheurs que j'avais rencontré dans des manifs précédentes ou dans divers colloques, de même que des anciens camarades de fac, que je n'avais plus vu depuis 3 ans ou plus. C'est signe que la jeunesse, dans une certaine mesure, est loin d'être complètement individualiste, idiote ou encore en mode "je-m'en-foutisme", comme l'écrivait le journal Marianne.

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Le pédagogue :

L’abrogation de la peine de mort par un État, n’empêche pas celui-ci de procéder à des exécutions sommaires.
En effet, pour une raison ou une autre, une personne (ou plusieurs) désignée par certains qualificatifs, peut ne pas échapper à une exécution sommaire par un État où la peine de mort est abrogée.
L’État responsable de l’exécution (ou des exécutions) sommaire la « justifie » ensuite par le fait que la personne était « connue » des services de police, « menaçait l’ordre public », et autres.
C’est le cas en France par exemple, où les exécutions sommaires qui s’appliquent aux personnes issues du processus migratoires, originaires des colonies dites « pays arabo-musulmans », sont une pratique bien établie.
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