Le chant (navrant) de Laurence Rossignol

Publié le par JoSeseSeko

Photo: THOMAS SAMSON / AFP

Photo: THOMAS SAMSON / AFP

Invitée ce mercredi 30 mars sur la radio RMC, la ministre des Familles, de l'Enfance et du Droit des Femmes, a fait une comparaison entre les femmes qui choisissent le voile aux "nègres américains qui était pour l'esclavage". Ce qui n'a pas tardé à faire polémique.

Et voilà une polémique supplémentaire que le gouvernement aurait sûrement aimé éviter! Remarquez, pour une fois, le ministre de l'Économie Emmanuel Macron n'est pas incriminé. C'est une de ses collègues, Laurence Rossignol, qui est dans l'œil du cyclone. Ce mercredi 30 mars, avant d'aller en Conseil des ministres, elle a été invitée par la radio RMC pour la matinale, répondant aux questions du journaliste Jean-Jacques Bourdin au sujet de la polémique sur la mode islamique, mise en avant par plusieurs grandes marques de mode (Dolce & Gabbana, H&M, etc.). La ministre estime durant l'antenne que les marques voulant investir dans ce marché de manière lucrative le font au détriment du droit des femmes en "contrôlant [leurs] corps". Mais la partie la plus polémique suit peu après. Une fois que le journaliste fait remarquer que des femmes de confession musulmane "choisissent", Mme Rossignol répond du tac-au-tac: "Mais bien sûr. Il y a des femmes qui choisissent. Il y avait des nègres afr..., des nègres américains qui étaient pour l'esclavage." (cf lien n°1)

Moment mal venu

Les propos de la ministre, pouvant difficilement ne pas être vus comme négrophobes, tombent très mal pour le gouvernement et pour le président de la République, François Hollande. Ce dernier, annonçait peu après le Conseil des ministres que l'inscription de la déchéance de nationalité dans la Constitution de la Ve République est abandonnée. Bon, le lien de cause à effet est invérifiable ici mais par contre, depuis l'annonce présidentielle peu avant noël 2015, ce but contre son camp de l'amateur présidentiel de foot a fait beaucoup de dégâts à gauche. Encore plus avec les multiples allers-retours sur le sujet, y compris au moment des premiers votes à l'Assemblée nationale en février dernier.

Puis cette sortie médiatique est encore mal venue pour d'autres raisons: il s'avère que le gouvernement a lancé une campagne audiovisuelle contre le racisme depuis quelques jours, avec comme mot-dièse (ou hashtag) #TousUnisContrelaHaine. Avec de tels propos, il y a de quoi diffuser de la haine justement. Mais par ailleurs, le gouvernement craint que le ressenti de discrimination envers les minorités ne pousse ces dernières à se mobiliser sur le terrain social, auprès des manifestants contre le projet de "loi travail" par exemple, après avoir marché en octobre 2015.

Différents angles antiracistes

Mais le plus exaspérant dans cette histoire est que ce soit tenu par une des fondatrices de l'association SOS Racisme, ce qui renforce l'idée qu'il y aurait plusieurs antiracismes. L'un qui serait "moral", avec SOS Racisme et d'autres organisations qui seraient dans le lot, et inopérant à combattre le racisme jusqu'à la racine. De l'autre, un antiracisme "politique", auquel se revendique Houria Bouteldja et le Parti des indigènes de la République par exemple, qui s'oppose frontalement au racisme et à l'antiracisme "moral" qu'il accuse de jouer les "gardiens de l'ordre social blanc". Deux postures parties pour être irréconciliables comme durant l'émission "Ce soir (ou jamais)" du 18 mars dernier. En tout cas, une pétition a été lancée en ligne dans la journée du 30 mars, commençant à rassembler quelques milliers de signataires en quelques heures (cf lien n°2). Cette pétition veut des sanctions à l'égard de la ministre, sans forcément préciser lesquelles - libre cours au Président et au Premier ministre Manuel Valls de côté-là -, mais aussi un appel au Conseil supérieur de l'audiovisuel à appliquer des sanctions envers les chaînes où des propos racistes seraient tenus. En l'occurrence, sur RMC ce 30 mars.

Toujours est-il que malgré toutes ces tensions, toutes ces divisions, des espaces de convergence se font petit à petit car certains prennent conscience du fait que des luttes, a priori différentes les unes des autres, deviennent communes et se renforcent mutuellement. À tel point que des organisations se mettent en ordre de bataille pour agréger ces luttes en une seule envers le gouvernement actuel, par-delà une politique générale qui ne semble guère différente de celle de l'opposition de droite, jusqu'à verrouiller les choix possibles pour la future élection présidentielle de 2017 grâce à la majorité parlementaire. Les prochains jours promettent d'être tendus de toutes parts!

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article