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L'Afrique en mode rattrapage?

Publié le par JoSeseSeko

L'Afrique en mode rattrapage?

Alors que des pays développés, notamment dans le continent européen, flirtent avec la récession, le développement africain suscite de plus en plus d'attention, même si c'est loin d'être une sinécure.

Le temps où l'Afrique semble être le "parent pauvre" du monde, que les autres continents doivent regarder avec pitié ou piller en toute impunité, tend à être révolu. Le continent "berceau de l'humanité" commence (enfin) à sortir la tête de l'eau, après des décennies de sous-développement forcé par les autres régions du monde, qui rapatriaient massivement les richesses du continent.

Une croissance soutenue

L'Afrique, en particulier l'Afrique subsaharienne, est, avec l'Asie, le continent qui tire la croissance mondiale depuis le début du XXIe siècle. Cette tendance s'est davantage affirmée avec la crise de 2009 puisque d'après les données du Fonds monétaire international (FMI), l'Afrique subsaharienne, avec l'Asie émergente ou en développement restait une zone de croissance, tandis que les autres régions du monde avaient plongé dans la récession cette année-là (voir graphique). Le FMI se montre d'ailleurs optimiste pour les années à venir, avec une croissance continentale comprise entre 5 et 6% par an. Ce qui en rendrait jaloux les européens notamment.

En tout cas, les projets d'investissements en Afrique pullulent ces dernières années, et les États africains sentent qu'ils attirent les convoitises. Par exemple, le sommet États-Unis-Afrique qui s'est déroulé en août 2014 à Washington montre à quel point la Maison-Blanche, avec les industriels qui sont à ses côtés (General Electric, Apple, Google, etc.), veut se tailler une bonne part du marché africain, qui lui semble être un débouché porteur d'avenir. Et ce, d'autant plus que Washington doit faire à Pékin! En effet, la Chine a accru son influence en Afrique, à travers les accords Chinafrique qui prennent de plus en plus d'importance pour l'ex-empire du Milieu.

Un rattrapage réel?

Avec cette dynamique qui est favorable au continent africain, on pourrait se dire que le continent commence sa phase de rattrapage des pays développés, avec au bout une convergence absolue. Cette question se pose depuis plusieurs années en économie, grâce aux travaux de l'économiste États-unien Robert Solow (Prix d'honneur de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel, vulgairement appelé "prix Nobel d'économie", en 1987). À la suite de son travail sur la croissance, cet économiste a posé la question du rattrapage, voire même du dépassement du pays leader, en l'occurrence les États-Unis. Empiriquement, ça a été discuté avec le cas du Japon dans les années 80, qui semblait rattraper, voire dépasser les USA, avant une crise immobilière qui pollue l'économie nippone depuis les années 90, dont elle en a encore du mal à en sortir aujourd'hui. Maintenant, la question se repose au sujet de la Chine, qui serait passée devant depuis l'année dernière, selon le FMI.

Quant à la question de la convergence de l'Afrique avec le reste du monde, il faut se demander si elle est absolue ou relative. Pour beaucoup, l'idée de convergence absolue serait retenue, mais si on est plus initié au monde économique, à la pensée économique, qui ne doit pas être uniquement libérale soit dit en passant, on serait tenté de parler de convergence relative, à la Solow (encore lui!). Des économistes, plutôt mainstream pour le coup, ont démontré à la suite de Solow, qu'il y aurait des "clubs de convergence", qui concernent certains blocs de pays, ou continents, selon différentes caractéristiques économiques communes, en particulier le taux d'épargne, rendant caduque selon eux l'idée de convergence absolue. La grande idée de Solow, dans son modèle de croissance, est que l'épargne, ainsi que l'investissement (indirectement), sont inversement proportionnels au taux de croissance d'une économie, i.e, plus une économie épargne, moins elle croît. Le rattrapage indiquerait, selon lui, à un rétrécissement du niveau d'épargne à long terme. Si on prend les données du FMI sur ce sujet et qu'on garde en mémoire les taux de croissance évoqués plus tôt dans ce billet, on peut noter que les continents en croissance, l'Asie et l'Afrique, sont en contradiction totale. Autant, le cas africain pourrait être en phase avec ce que défend Solow, mais le cas asiatique, où il y a une plus forte croissance, est basé sur une épargne très élevée.

Donc, selon ces données-là, mais d'autres peuvent raconter l'inverse, on est dans un schéma de convergence relative pour l'Afrique.

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