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L'écran de fumée olympique souffle sur Rio

Publié le par JoSeseSeko

L'écran de fumée olympique souffle sur Rio

Alors que la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Rio approche à grands pas, la ville hôte suscite des critiques au niveau de la pollution, des travaux. Pareil pour le Comité international olympique par rapport au dopage et aux suspicions autour de la Russie.

Les XXXIèmes Jeux olympiques vont être ouverts! Pendant 15 jours, plusieurs milliards de personnes vont pouvoir observer différents sports (football, athlétisme, cyclisme, escrime, tir, rugby, judo, basket, handball, lutte, etc.) et différents champions se démener pour arracher la récompenser suprême qu'est la médaille d'or olympique. Côté français, l'un des principaux favoris pour un titre olympique se nomme Teddy Riner. Le judoka, porte-drapeau de la délégation tricolore à Rio, entend bien conserver son titre de champion olympique des plus de 100 kilos, acquis à Londres, il y a quatre ans. Au même que le perchiste Renaud Lavillenie, ce dernier - actuel recordman du monde en salle avec 6,16m - ayant une forte adversité au saut à la perche.

Conditions déplorables

Bien que la ville de Rio fut désignée en 2009, les sept ans pour préparer l'événement paraissent bien insuffisants, aux yeux de plusieurs observateurs. Des critiques ont été émises sur le village olympique, en particulier de la part de la délégation australienne, sur les conditions d'installation des sportifs (cf lien n°1), de même que les moyens de transport sont loin d'être suffisants, alors que des milliers de personnes vont naviguer entre le village olympique, les stades cariocas utilisés pour l'événement - dont le mythique stade de Maracaña -, ou d'autres sites servant aux différentes disciplines.

Mais là où ça en devient honteux, c'est au niveau de la baie de Rio de Janeiro. L'un des engagements de la ville de Rio était de mieux traiter les eaux usées qui allaient se jeter dans la baie, lieu prévu pour les épreuves de voile. Or, ces derniers jours, des photos de navigateurs s'entrainant dans la baie montraient combien la baie est fortement polluée, une montagne d'ordures flottant à la surface (cf lien n°2). Ce sinistre exemple montre combien la question écologique est traitée par-dessus la jambe de la part des autorités locales et nationales, ce qui peut desservir à l'image du Brésil à terme.

Polémiques sur le dopage en Russie

Mais ce qui a fait couler beaucoup d'encre ces derniers temps, c'est la question de la participation - ou non - de la Russie à ces JO. En effet, un scandale de dopage sur l'athlétisme russe a fait poindre une suspicion générale sur tous les sportifs russes, quelque soit leur discipline. Un rapport a conclu sur l'existence d'un système généralisé de dopage en Russie, avec un appui de l'État central derrière mais la question de la participation de la Russie restait posée. Finalement, le président du Comité international olympique, l'Allemand Thomas Bach, a accepté la présence d'une délégation russe aux JO, considérant que chaque fédération internationale d'un sport devait décider "au cas par cas" par rapport à la Russie.

Une annonce qui en a irrité plus d'un, mais qui doit mener de nouvelles réflexions sur la lutte anti-dopage, qui a atteint "un virage critique" selon le Français Tony Estanguet, membre du CIO. Mais comme la Russie fait partie, avec les États-Unis, des nations les plus médaillées dans l'histoire des JO de l'ère moderne, se priver de ce pays pour le plus grand événement sportif aurait été un geste politique très fort. Mais le plus navrant dans cette histoire est que l'athlète Yuliya Stepanova, qui a révélé ce scandale car elle s'était dopée dans le passé, est mal vue dans son pays et ne va pas participer aux JO, malgré une pétition de soutien pour sa présence à Rio. Une double peine presque typique pour les lanceurs d'alerte avec par exemple, Antoine Deltour, ancien du cabinet PWC, source principale dans le scandale LuxLeaks, s'est vu licencier et a été condamné en première instance à 1 an de prison avec sursis plus 1.500 euros d'amende. Comme le disait Figaro, le personnage de Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais: "Toute vérité n'est pas bonne à dire".

Business as usual

Ces Jeux, comme d'autres en ce début de XXIe siècle, sont symboliques de l'embourgeoisement du sport, où les dépenses sont croissantes pour espérer pouvoir organiser cet événement, même si ça présente au départ un budget considéré comme raisonnable. Les JO de Londres de 2012 étaient prévus pour coûter seulement... 3 milliards d'euros, au moment de leur attribution en 2005 - aux détriments de Paris, soit dit en passant -. Au final, le coût de ces JO de 2012 a été calculé à près de... 14 milliards d'euros. Plus du quadruple! Pour quelles raisons? Il y en a de plus ou moins évidentes: le taux de change, la crise de 2008-2009, le retard pris dans la construction d'édifices ou dans la réhabilitation de quartiers à destination des sportifs, etc. Mais il y a quand même un arrière-goût amer de corruption qui pousse à être mensonger sur les chiffres.

En dépit de ces dépenses inscrites dans une spirale inflationniste, les recettes (billetterie, droits TV, etc.) permettent-elles de rééquilibrer les comptes? Non, car selon plusieurs économistes du sport, les seuls Jeux olympiques rentables furent ceux de Los Angeles en 1984. Il faut dire que la ville hôte fut la seule à candidater. Ce implique une réflexion à avoir du côté de François Hollande, en voyage à Rio pour promouvoir la candidature de Paris pour les JO de 2024 (cf lien n°3), et d'autres politiciens français: soit accepter l'idée de ne pas aller au bout, soit inciter les autres pays ayant des villes qui concurrencent la candidature parisienne de 2024 à se retirer de la course.

Un cache-misère

Enfin, ces jeux olympiques tombent dans un moment de tension extrême sur la scène politique brésilienne. Depuis avril 2016, une procédure de destitution a été lancée contre la présidente Dilma Rousseff, sur fond d'une affaire de corruption dans l'entreprise pétrolière publique Petrobas, incluant son prédécesseur, Luis Lula da Silva. Pour l'instant, Mme Rousseff est temporairement destituée et pourrait l'être définitivement d'ici la fin du mois d'août (cf lien n°4). Pendant ce temps, le gouvernement est assuré par le président intérimaire Michel Temer, ancien allié politique de Mme Rousseff, qui compte mener une politique d'austérité pour faire face à une économie brésilienne en passe d'entrer en récession, entraînant la monnaie dans sa trajectoire fléchissante.

Du coup, les JO tombent à point nommé pour anesthésier les esprits, voire les aliéner, notamment du côté des ouvriers, des habitants des favelas et des afro-descendants brésiliens - ces derniers ayant droit à un racisme doublé d'une ségrégation à grande échelle -, réduits au silence, comme lors de la Coupe du monde 2014 organisée au Brésil. Et s'ils osaient la ramener pour exiger des hausses de salaires ou de meilleures conditions de vie, la police et l'armée seront mobilisées pour leur répondre. Peut-être bien mieux qu'en cas d'attaque terroriste, car il parait que l'État islamique préparait une attaque durant ces JO, avortée il y a quelques jours. Toujours est-il que cet événement sportif va servir de cache-misère, masquant les difficultés d'un pays en proie à la corruption et à une politique d'austérité qui est loin d'avoir la pertinence que voudrait lui attribuer les penseurs libéraux ayant droit de cité pour exprimer leur propagande.

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