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La réglementation du travail n'est pas le premier frein à l'embauche

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Fred Tanneau/AFP

Photo: Fred Tanneau/AFP

Selon l'Insee, les perspectives de croissance en France sont bonnes, avec une prévision de 1,6%, de quoi faire réduire le chômage et accélérer le rythme des embauches de la part des entreprises. Ces mêmes entreprises indiquent d'ailleurs que ce n'est pas le code du travail qui pose problème dans leurs envies de recruter, mais davantage la conjoncture économique et la formation de la main-d'œuvre.

Les chantres du libéralisme, qu'ils soient au gouvernement d'Édouard Philippe, remanié de manière plus importante que prévu, ou qu'ils soient un grand nombre de journalistes - économiques ou non -, ont apprécié la grande nouvelle. En effet, mardi 20 juin, l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) publiait sa note conjoncture pour l'économie française en 2017 (cf lien), laissant entrevoir des perspectives heureuses vu que la croissance - cette obsession permanente - serait de 1,6% du Produit intérieur brut (PIB). Si cela se confirme sur le reste de l'année, ça permettrait un net recul du chômage, qui pourrait se retrouver à 9,4% de la population active.

L'agriculture et les services en pointe

Dans cette enquête de l'Insee, deux secteurs d'activité devraient être les principaux boosters de la croissance tricolore. Ce sont l'agriculture et les services marchands (hors commerce). L'agriculture serait le secteur où la croissance de la production serait la plus forte d'après l'Insee (+4,9%), pour plusieurs raisons. D'abord, des conditions climatiques habituelles permettent un meilleur rendement de l'activité agricole. Encore faut-il que la canicule du milieu du mois de juin ne compromette pas totalement cette perspective. Ensuite, l'agriculture française avait connu deux années de récession sévères (-1,5% en 2015; -5,6% en 2016), liées à des conditions climatiques dures, à la chute des prix des matières premières (blé, lait, etc.) mais surtout, à un recul des échanges extérieurs, avec l'exemple de l'embargo russe sur les produits occidentaux, dont ceux de la France, alors que le marché russe n'est pas négligeable pour plusieurs agriculteurs français.

Du côté des services, l'Insee prévoit une accélération du rythme de croissance pour 2017 (+2,4% contre +1,3% en 2016), en raison notamment d'un climat de confiance accru dans les différentes activités de services, notamment dans l'hôtellerie-restauration. Cette dernière avait été affectée par les attentats de 2015 et 2016 sur Paris et à Nice, mais comme le secteur du tourisme reprend du poil de la bête selon l'Insee, ça ruisselle ainsi sur d'autres secteurs qui sont ravis de l'aubaine. Cela étant, ça reste fragile car l'Insee émet un risque de reflux si un attentat majeur aurait lieu durant l'été, au plus fort de la saison touristique en France. L'été sera le juge de paix sur l'ensemble de l'année.

Succès de la politique de l'offre? MDR!

Du coup, beaucoup fanfaronnent sur l'idée que cette reprise économique tant attendue serait liée aux réformes en matière de politique économique telles le pacte de responsabilité, le Crédit d'impôt compétitivité emploi, qui se veulent être au service de la politique de l'offre, la seule capable d'améliorer la situation économique d'un pays comme l'estime le néolibéralisme depuis les années 1970. Par conséquent, certains éditorialistes économiques libéraux appellent à ce que le gouvernement aille encore plus loin, avec notamment cette fameuse réforme du code du travail via des ordonnances, principe défendu par le président Emmanuel Macron, durant le mois de juillet prochain, et que ce genre de réforme est "nécessaire" pour l'avenir du pays, en flexibilisant encore plus le marché du travail et en réduisant les droits des travailleurs, car ils seraient la cause du manque d'embauche dans les entreprises.

Mais il faut croire qu'ils ne savent pas lire ce que publie l'Insee. Dans sa note de conjoncture, l'institution a relevé les avis des entreprises, notamment par rapport à leur politique d'embauche et ce qui pouvait les freiner. Les deux principales barrières à l'embauche évoquées par les firmes ayant des problèmes de recrutement, auprès de l'Insee, sont l'incertitude sur la situation économique (28%) et l'indisponibilité d'une main-d'œuvre compétente (27%). Et ce qui renvoie à la législation du travail, c'est une part minime (11%). Ce qui signifie que vouloir s'attaquer au code du travail et chercher à encore flexibiliser le marché du travail, comme souhaite faire le pouvoir exécutif et comme l'espèrent les éditorialistes économiques orthodoxes, c'est influencer sur pas grand-chose et, au fond, être totalement déconnecté de la réalité économique par une obsession idéologique.

En vérité, il faut revenir sur le manque de pertinence de la politique de l'offre et réorienter sur la politique de la demande - un retour à une dose de keynésianisme -, afin de "remplir le carnet de commande", ce que défendait notamment Jean-Luc Mélenchon durant la campagne présidentielle. Ainsi que de mieux articuler la formation, soit via les stages, soit via une redistribution de la formation professionnelle. Donc, se tourner vers une politique de long terme et non plus faire dans le court-termisme ambiant de par la dictature de la pensée libérale qui ne tolère guère de pensée alternative dans le débat public.

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