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Le tout-répressif contre le cannabis ne montre aucune efficacité

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Reuters

Photo: Reuters

Un récent rapport de l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies montre que la consommation de cannabis en France est restée stable en 2016 par rapport à 2014, dernière année de collecte de données. Cette étude, concentrée sur les Français de 18 à 64 ans, voire plus, souligne que les plus jeunes (18-25 ans) sont les plus grands consommateurs de cette drogue en France, et même en Europe. Ce qui laisse à dire que la politique de répression policière contre le cannabis et ses utilisateurs est du gaspillage d'argent public et qu'une politique de dépénalisation, voire de légalisation du cannabis, serait bien plus productive pour l'économie française, en réalité.

En fin d'après-midi du dimanche 25 juin, je ramenais ma sœur chez elle et sur le chemin du retour, j'écoutais dans la voiture familiale Radio libertaire. Oui, vous lisez bien Radio libertaire, chers lecteurs. Et l'émission qui passait à ce moment-là, Y'a de la fumée dans le poste, traitait d'un article du journal Le Monde sur la consommation de cannabis en France (cf lien n°1). En effet, un rapport de l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), publié le 23 juin, indique que la proportion de Français âgés de 18 à 64 ans ayant consommé occasionnellement du cannabis en 2016 est de 11%, une part stable par rapport à la dernière année d'étude qu'est 2014 de la part de l'OFDT (cf lien n°2). Ce qui fait environ 4,1 millions de personnes dans l'Hexagone.

Une consommation croissante

Le rapport de l'OFDT indique comment la consommation de cannabis a évolué sur les 25 dernières années. Et c'est pour le moins édifiant. Dans l'ensemble, la part de la population consommant du cannabis sur une année est passée de 3% en 1992 à 11% en 2016. Soit presque le quadruple en 25 ans. Du coup, quels sont les profils des consommateurs de cannabis? Pour l'OFDT, deux critères sont marquants dans son rapport. Le sexe et l'âge. Les hommes sont largement plus utilisateurs de cette drogue que les femmes, quand bien même la part de consommatrices de cannabis a fortement progressé de 1992 à 2016. Les jeunes adultes (18-25 ans) sont structurellement ceux dont la part de consommation de cannabis est la plus élevée dans l'étude, et plus on avance dans l'âge, plus la proportion de consommateurs décroit de manière significative. Mais il demeure des consommateurs de cannabis au-delà de 65 ans. Selon l'OFDT, si les consommateurs de plus de 65 ans représentent 0,2% de la population de cette classe d'âge, qui avait la vingtaine dans les années 1960-1970, années d'envol dans la consommation de drogues (Sex, drugs and rock 'n' roll). Mais selon l'institution, cette consommation de cannabis de la part des plus âgés est liée à "des usages thérapeutiques du produit".

Mais un autre profil mérite de l'attention aux auteurs du rapport. Plus tourné vers la situation professionnelle. Selon l'OFDT, les étudiants et les chômeurs sont davantage tournés vers la consommation de cannabis que les personnes ayant une activité à plein temps. D'ailleurs, selon l'institution, les fumeurs les plus réguliers de cannabis sont en proie à des difficultés économiques et sociales tandis que des fumeurs occasionnels en prennent dans un contexte d'une meilleure intégration sociale. Au niveau des comparaisons européennes, les Français font partie des plus gros consommateurs. Tout particulièrement les jeunes, qui sont les champions d'Europe dans leur classe d'âge, devançant les Italiens, les Tchèques ou les Espagnols.

Échec de la politique répressive

La publication de ce rapport, avec l'évolution de la consommation démontrée par les auteurs, est un constat d'échec pour les gouvernements successifs qui ont renforcé leur arsenal législatif en matière de lutte contre les drogues, notamment le cannabis. On peut même dire que c'est l'exemple de politique répressive qui est contre-productif, en dépit d'une volonté affichée de la part du nouveau ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb, de vouloir fournir des contraventions aux consommateurs de cannabis d'après Le Monde. Plusieurs raisons à cet échec patent.

  • Un axe politique qui se veut prohibitif renforce la volonté de nombre de personnes de braver l'interdit et quelque part, le slogan de Mai 68 "Il est interdit d'interdire" s'est transmis de génération en génération.
  • Une proximité avec des pays producteurs comme le Maroc facilite l'accès au cannabis en France et si jamais les consommateurs français se sentent menacés, ils vont aller dans des pays où cette drogue est légalisée comme aux Pays-bas par exemple.
  • La politique répressive veut lutter contre les trafics mais aussi contre les consommateurs. Or, vu les statistiques, il s'agit de jeunes, des hommes pour la plupart, dans une situation précaire au niveau professionnel. Donc, sous cet angle, ça peut être vu comme antisociale, surtout s'il faudrait ajouter que ça vise les banlieues pauvres, composées essentiellement du prolétariat non-blanc. Sans compter que la politique de prévention dans les établissements scolaires est vue, par plusieurs observateurs, comme une politique de dissuasion qui n'a guère de pertinence aux yeux des collégiens et lycéens ciblés.

L'histoire rappelle aussi que vouloir prohiber un produit ne peut véritablement le détruire, et pousse au développement d'un marché informel, où le trafic est sous contrôle de la mafia ou de gangs. L'exemple de la Prohibition aux États-Unis durant l'entre-deux-guerres est manifeste car le trafic d'alcool a continué sous la main de la mafia, avec Al Capone à Chicago par exemple. C'est quelque peu similaire en France avec le cannabis géré par différents dealers, au marché noir. Les conséquences économiques sont à regarder du côté des finances publiques. D'un côté, des dépenses supplémentaires en effectifs (Brigade des stups), en moyens matériels, en temps d'enquête pour détruire un réseau mais tel l'hydre de Lerne, ça reprend forme indéfiniment. De l'autre, un manque à gagner évident pour l'État à travers des recettes fiscales (TVA, impôt sur les sociétés, impôt sur le revenu) et pour la Sécurité sociale, via les cotisations sociales.

Dépénaliser? Légaliser?

Par conséquent, le débat sur la dépénalisation, voire la légalisation du cannabis se doit d'être posé. Certains politiciens, comme Benoit Hamon, y ont songé lors de l'élection présidentielle. Et pour les défenseurs de la légalisation, ça répond à un double objectif: permettre un redéploiement des forces de police sur d'autres missions que celles concernant le cannabis. Installer un marché où l'État pourrait fixer des règles en matière de vente à la consommation (limite d'âge), ainsi qu'en matière de prélèvements sur la production de ce secteur, y compris de manière locale et autonome, générant ainsi des recettes fiscales potentiellement destinées à la Sécu, pouvant mener des politiques de prévention sur les effets du cannabis dans le corps. Mais cela semble être un vœu pieu alors que la politique répressive pousse à une consommation accrue du cannabis en France et que dans d'autres pays en Europe, notamment aux Pays-Bas, la consommation a baissé en raison de la légalisation.

P.S: La vidéo ci-dessous est la chanson l'Apologie de Matmatah, qui valut au groupe un procès en 2000 car elle défendait la légalisation du cannabis et dénonçait l'attitude de l'État face à cette drogue en raison du manque à gagner qu'elle génère dans les finances publiques.

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