Paris à deux doigts d'être sur le toit de l'Europe du foot

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Reuters

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Battu 1-0 par le Bayern Munich, le club de la capitale a vu son rêve de gagner la Ligue des champions s'envoler et peut avoir des regrets sur le moment. Une frustration qui pourrait servir de motivation pour certains joueurs vedettes et une institution à perfectionner.

Une finale ne se joue pas, elle se gagne. Ce principe cardinal n'a pas été totalement respecté par les joueurs du Paris Saint-Germain (PSG), échouant en finale de la Ligue des champions, face au Bayern Munich, vainqueur désormais de la "coupe aux grandes oreilles" pour la sixième fois de son histoire, sous le score de 1-0, dimanche 23 août. L'ironie du sort a voulu que le buteur soit l'attaquant français Kingsley Coman, un joueur formé au... PSG. De quoi faire grise mine du côté du PSG version Qatar vu sa propension à chercher des joueurs vedettes ailleurs et comptant moins sur son centre de formation, pourtant l'un des meilleurs en France et en Europe. Ce qui fait que pour un an encore, l'Olympique de Marseille reste "à jamais" le premier et seul club français vainqueur de la Ligue des champions (1993).

Frustration, nervosité

C'est d'autant plus frustrant pour les parisiens et leurs supporters qu'ils avaient des raisons objectives d'y croire. Et le match était suffisamment équilibré entre les deux finalistes pour que ça bascule d'un côté ou de l'autre, avec un PSG opérant en contre-attaque grâce à la vitesse de course de son trident offensif Di Maria-Mbappé-Neymar et une défense munichoise assez friable, excepté son dernier rempart, le gardien Manuel Neuer, qui a sorti des arrêts de grande classe, notamment en fin de première mi-temps, où Kylian Mbappé avait une balle de but mais dont sa frappe n'était pas assez puissante pour tromper Neuer. Et les munichois ont réussi à être plus réalistes en deuxième mi-temps, avec Coman trompant de la tête le gardien Keylor Navas, jusque-là exemplaire.

Dans ce genre de match où l'enjeu prend le pas sur le jeu, les nerfs sont mis à rude épreuve et la capacité à garder son sang-froid devient déterminante. Sur les 20 dernières minutes, même en étant sur l'offensive, les joueurs du PSG ont gagné en nervosité, prenant ainsi des cartons évitables et facilitant, quelque part, les munichois pour faire tourner le chronomètre et gagner, avec succès, du temps. Et dans ce genre de match, certains joueurs sont plus attendus que d'autres. Ici, Mbappé et Neymar. Mbappé a bien tenté de peser sur la défense munichoise et ses occasions, notamment celle en fin de première mi-temps en attestent, mais il a failli sur le dernier geste. Après tout, l'attaquant français n'a que 21 ans et reste perfectible sur certains points. L'avenir est devant lui. Pour Neymar, c'est plus discutable car le joueur brésilien, recruté à prix d'or en 2017 (222 millions d'euros) justement pour marquer de son empreinte ce genre de moment, n'a pas été à la hauteur des attentes placées en lui sur cette finale, au point qu'il prit un carton jaune en fin de match, tant il n'a pas suffisamment contrôlé ses nerfs.

Une défaite fondatrice?

Est-ce que tout est à rejeter du côté parisien? Sûrement pas. Déjà, c'est la première fois que le PSG atteint la finale de la Ligue des champions, dans un contexte particulier qu'est celui du Coronavirus, dans un format réduit et décalé par rapport au calendrier traditionnel chamboulé par la pandémie. Puis pour les 50 ans de la fondation du club, arriver en finale de la compétition européenne la plus prestigieuse n'est pas à la portée de tous les clubs français. Seuls le Stade de Reims (finale en 1956 et 1959), l'Association sportive de Saint-Étienne (finale en 1976), l'Olympique de Marseille (finale en 1991, victoire en 1993), et l'Association sportive de Monaco (2004) y sont parvenus. Cela place pour de bon le PSG à part parmi les clubs français ayant un parcours européen.

Cette défaite peut être fondatrice pour le club, à condition d'en tirer des leçons. L'une d'entre elles est de maintenir un effectif en mesure de rivaliser en clarifiant les contrats de joueurs. Le fait d'avoir laissé partir Edinson Cavani, le meilleur buteur de l'histoire du club, alors qu'il aurait pu encore rendre service sur cette fin de campagne de Ligue des champions a de quoi interpeller sur la stratégie mise en place par la direction de l'institution PSG. Or, un Cavani fournit un travail collectif extraordinaire, bien plus que Neymar et Mbappé réunis, tout en étant capable d'être un renard des surfaces pesant pour les défenses adverses. Charge à l'entraîneur Thomas Tuchel de trouver la formule gagnante et aux joueurs d'y être encore plus impliqués. Sans quoi le PSG version Qatar pourrait se lézarder petit à petit.

Un foot sans supporters à l'horizon?!

En raison du Coronavirus et de ses effets en Europe, la Ligue des champions a connu un arrêt durant tout le printemps, mais pas d'annulation. L'UEFA tenant tout de même à ce que la compétition aille jusqu'au bout et pour cela, faire un format "final 8" au mois d'août à Lisbonne. Et si le plaisir de voir des matchs de foot semble l'emporter, il l'est au prix de matchs à huis clos, sécurité sanitaire oblige, où on fait résonner des chants de supporters de manière pathétique, illusoire, pour donner un semblant de normalité.

Mais, au fond, cette histoire pourrait donner des idées aux instances dirigeantes, tant nationales qu'européennes, pour transformer définitivement les supporters en consommateurs non plus dans les tribunes, mais chez eux devant leur télé. Et ce, d'autant plus que ça élimine le risque d'avoir des banderoles critiques envers soit la direction d'un club, soit une direction d'une ligue nationale ou internationale, soit envers un gouvernement. Autrement dit, un bâillonnement en douceur d'expressions politiques, sociales. Pour le sport le plus populaire au monde, ce n'est pas une perspective très réjouissante.

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