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Mort de Gary Becker, pas forcément regrettable

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Mario Anzuoni/ Reuters

Photo: Mario Anzuoni/ Reuters

Durant le week-end du 3 mai 2014, l'économiste états-unien Gary Becker s'éteignit, à l'âge de 83 ans. Être économiste, ça conserve! Son axe de travail fut la microéconomie, et notamment le capital humain, domaine dont il apporta une telle contribution qu'il fut récompensé du prix de la Banque Royale de Suède en Sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel (vulgarisé par la grande majorité des journaux en "Prix Nobel d'Économie) en 1992.

Au-delà de l'hommage rendu par la presse dépendante et libérale, passons maintenant aux choses sérieuses. Professeur à l'université de Chicago (donc un Chicago boy), il fut dans la parfaite lignée de son maître, Milton Friedman, économiste ultra-libéral à l'influence grandissante (et toxique) depuis les chocs pétroliers des années 1970. Tout son travail, basé sur la microéconomie, est lié à l'hypothèse suivante: tous les agents sont rationnels! Rien de plus stupide que ceci, et le travail d'économistes tels Herbert Simon, autre Prix Nobel d'Économie (en 1978) sur la rationalité limitée contrecarre complètement cette idée. En outre, Gary Becker, en parfait économiste libéral, soutient que l'individualisme prime, notamment pour développer son capital humain, c'est-à-dire l'investissement uniquement individuel dans l'éducation, afin d'espérer un emploi de qualité qui permettrait de rembourser cet investissement éducatif. Du coup, il enterre toute possibilité de recherche sur les synergies, l'évolution dans un système collectif, toutes les économies d'échelle que cela peut apporter (learning-by-doing, transfert de connaissances, etc.), qui amélioreraient la productivité individuelle et collective. Ce n'est pas un hasard s'il juge négativement les kibboutz, par anti-communisme ou anti-socialisme exacerbé!

Mais il y a des travaux qui m'interpellent encore aujourd'hui. Par exemple, je me souviens qu'il y a plus d'un an de cela, en M1 Économie internationale à Paris 1 Panthéon-Sorbonne, je suivais assidûment le cours de microéconomie. Le professeur d'amphi évoqua le modèle de Becker sur le mariage, ou encore les enfants. Pour résumer ce modèle, toujours basé sur l'idée de rationalité parfaite des individus, Becker démontre qu'il faut qu'un individu se marie avec quelqu'un selon différents critères "objectifs" (travail, capital humain, revenus, etc.), pour faire ensuite une analyse coûts-bénéfices de la personne avec qui le dit individu compte se marier (ou pas). Il en est de même pour faire un enfant et l'élever. Je vous épargne volontiers les formules de calcul qui sont juste affolantes (quand la mathématisation de l'économie pousse à de la stupidité). Toujours est-il que par ce biais, Becker, sans le vouloir, justifie pleinement la reproduction sociale (un bourge qui veut se marier avec une prolo, et vice-versa, c'est inconvenant! C'est à ne pas faire, si on suit la logique de Becker!), et par conséquent, les inégalités intrinsèques du mode de production capitaliste libéral, dont il fut un ardent défenseur.

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