Même en mode cessez-le-feu, la guerre de la part des États-Unis et d'Israël contre l'Iran est dans son troisième mois et tend à s'enliser car il semble peu probable que les parties prenantes conviennent à trouver un accord. Ce qui conduit à une flambée du prix du pétrole et à un nouveau surprofit pour les pétroliers qui ne risquent pas de payer davantage.
Dans le registre "ma petite entreprise connaît pas la crise", je demande le monde du pétrole. Au cœur des enjeux de la guerre en Iran, même si le pouvoir états-unien affirme qu'il vise la fin de la république islamique - de quoi rendre service à cette dernière, d'ailleurs -, l'or noir connaît une flambée analogue à celle qui eut lieu dans les premiers mois de la guerre russo-ukrainienne, en 2022. De quoi voir grandement dans le vert pour les compagnies pétrolières comme ExxonMobil, BP, Eni, Aramco ou TotalEnergies.
Surprofit
D'ailleurs, cette dernière a publié ses résultats du premier trimestre 2026 le 29 avril, indiquant une hausse de +51% de son profit net par rapport au premier trimestre 2025, établi à 5,81 milliards de dollars (4,96 milliards d'euros), se félicitant sur sa "capacité à capturer la hausse des prix" consécutive à la guerre lancée par Washington et Tel-Aviv contre Téhéran, le 28 février dernier. Et pour couronner le tout, suite à ces résultats, le géant pétrolier a augmenté les dividendes versés aux actionnaires (cf lien n°1).
Par conséquent, la question d'une taxation des super-profits revient sur la table. Elle avait déjà été mise en avant à gauche en 2022 et 2023 lors de la vague de surprofits, notamment ceux de TotalEnergies dans les premiers mois de la guerre russo-ukrainienne. Et le camp macroniste, qui avait freiné des quatre fers à l'époque, en sera moins capable de faire barrage à cette idée. Sauf si la droite et l'extrême-droite font bloc à ses côtés. Et ce ne serait pas étonnant, du reste.
Pas près de s'arrêter
Mais une autre question vient à l'esprit. Ces super-profits sont-ils appelés à perdurer dans le temps si le conflit continue ? Il y a de quoi répondre par l'affirmative car ce 30 avril, les États-Unis entendent prolonger le blocus du détroit d'Ormuz, où transite pas moins de 20% du pétrole mondial. Ce qui a de nouveau fait bondir le prix du baril dans la matinée, mais avec les déclarations à l'emporte-pièce de Donald Trump depuis deux mois, il y a de quoi surréagir alors qu'il vaut mieux garder la tête froide. Ce qui n'est pas le cas outre-Atlantique.
Toujours est-il que plus cette guerre s'allonge, avec sa file de cadavres, notamment des femmes et des enfants bombardés par les états-uniens et les israéliens pour "leur apporter la liberté" - argument grandement éculé depuis la guerre d'Irak en 2003 -, plus les pétroliers occidentaux y trouveront un intérêt. Et je précise bien occidentaux car leurs rivaux des pays du Golfe, notamment la compagnie saoudienne Aramco, ont été pris pour cible par l'Iran en raison de leurs liens avec Washington. Ce qui a fini par créer des dissensions au sein des pays du Golfe avec en point d'orgue la décision prise par les Émirats Arabes Unis de se retirer de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) le 1er mai (cf lien n°2). Est-ce que cela fait les affaires des pétroliers occidentaux ? Pas si sûr sur le long terme.
En attendant, les affairistes fossiles pompent à fond la caisse.
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