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Schizophrénie autour de la presse

Publié le par JoSeseSeko

Photo: AFP

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Avec les soucis financiers et des rachats par des personnes issue d'un autre monde, la presse française entre dans une phase de concentration, qui pourrait pousser à une réduction du pluralisme dans ce secteur d'activité.

Qui n'est pas Charlie Hebdo qui veut. En effet, dans son malheur, l'hebdomadaire satirique a désormais une situation financière merveilleuse qu'il n'avait jamais connue jusqu'alors, avec un nombre d'abonnés record (200.000 dans les jours qui ont suivi l'attaque de la rédaction), plus les exemplaires vendus en kiosque. C'est une exception qui confirme la règle du moment, celle d'une presse exposée.

Sonnette d'alarme chez Alternatives Économiques

Ces derniers jours, le journal Alternatives Économiques a décidé de tirer la sonnette d'alarme. Ce mensuel organisé en coopérative, existant depuis 1980, a lancé un appel aux dons dans son numéro 347 de juin 2015 (voir lien ci-dessous), car pour la troisième année consécutive, le journal enregistre un déficit (377.000 euros en 2014, contre 323.000 en 2013 et 72.000 en 2012). Du coup, le rédacteur en chef du mensuel, Guillaume Duval, indique (de manière ironique) que le président François Hollande plombe les comptes du journal, contrairement à son prédécesseur, Nicolas Sarkozy.

Après, les causes évoquées par la direction d'Alter éco sont assez classiques. Baisse des recettes publicitaires (qui n'étaient déjà pas tellement importantes), baisse des ventes en kiosque due à une disparition de certains d'entre eux mais surtout, recul du nombre d'abonnés. Or, pour un journal comme Alternatives Économiques, l'abonnement représente la plus grosse part des recettes possibles. Faut-il désespérer? Pas forcément car le journal a lancé en novembre 2014 une publication hebdomadaire 100% numérique AlterEcoPlus. Mais celle-ci connaît du retard à l'allumage, comme l'avoue la direction du journal, et il faudra du temps pour que la sauce prenne forme (en mode moteur diesel). Sur les réseaux sociaux, pas mal de personnes ont réagi en se moquant du mensuel, en raison de sa ligne éditoriale marquée à gauche, certains leur exhortant de ne plus donner de leçons car ils seraient de mauvais gestionnaires. Mais ceux-là oublient que sur les 35 ans d'existence du journal, il y a 6 exercices (dont les 3 derniers) dans le rouge, mais tous les autres dans le vert. En outre, Alter éco est loin d'être un journal massivement aidé. D'après les données du ministère de la Culture pour les aides à la presse en 2013 (ils n'ont pas encore publié pour 2014), Alternatives Économiques a perçu 164.379 euros d'aides, soit presque 1% du montant d'aides envoyées aux journaux Le Monde et Le Figaro. Ou par rapport à d'autres journaux économiques (Les Échos, La Tribune), cela reste bien dérisoire.

Rachat du Parisien par LVMH envisagé

En parlant des Échos, son propriétaire, le groupe LVMH de Bernard Arnault (1ère fortune de France) montre un appétit grandissant pour la presse puisqu'il s'est positionné pour le rachat du journal Le Parisien - Aujourd'hui en France, appartenant jusqu'à présent au groupe Amaury, organisateur de compétitions comme le Tour de France et propriétaire du quotidien sportif L'Équipe. D'après le journal Politis, l'affaire serait entendue aux alentours de 50 millions d'euros, alors qu'il y a quelques années, il aurait fallu débourser 200 millions.

Ceci témoigne de la tendance à la concentration, à la constitution d'empires médiatiques par des affairistes, comme dans le monde anglo-saxon avec pour exemple (sinistre) l'Australien Rupert Murdoch (The Sun, News of the world, Wall Street Journal, The Times, etc.), s'est accélérée ces derniers temps en France, avec les exemples de Patrick Drahi qui a racheté L'Express, L'Expansion ou encore Libération (avec Bruno Ledoux dans ce dernier cas), de Mathieu Pigasse (proprio des Inrockuptibles, acheteur de Radio Nova, actionnaire du Monde, de Télérama, de l'Obs, etc.) ou d'Arnaud Lagardère (Elle, Journal du Dimanche, Paris Match, Europe 1).

Une schizophrénie palpable

Quelle pourrait en être la conséquence de tous ces mouvements, sachant que ces rachats se font souvent sur des titres de presse ayant des comptes dans le rouge? Une impopularité croissante de la presse, des journalistes, de la part du lectorat. Et ce, alors que ce secteur d'activité est déjà fortement impopulaire car d'après un sondage Ispos publié en janvier 2014, près des 3/4 des sondés pensent que les journalistes sont "coupés des réalités", et plus de 7 personnes sur 10 déclarent qu'ils "ne sont pas indépendants, ils ont trop tendance à céder face aux pressions du pouvoir politique". Du coup, ils ne cherchent pas à lire dans les mass media papier, préférant s'informer en ligne, mais paradoxalement, ils consultent les articles en ligne de la grande presse (Le Monde, Le Figaro, Les Échos, L'Obs, Le Parisien, Valeurs Actuelles, etc.), snobant ceux des journaux qui ne sont pas propriété d'affairistes (Politis, Alternatives Économiques, Fakir, Bastamag).

En gros, les lecteurs disent: "Ces grands journaux appartiennent à la même clique, je ne vais plus les lire". Mais dans les faits: "Les journaux qui appartiennent davantage à leur rédaction et/ou à leurs lecteurs, ça ne m'intéresse pas". Une véritable schizophrénie qui fait qu'au final, la grande presse y gagne car elle applique la morale des malins: "Il ne faut jamais prendre les gens pour des cons mais il ne faut pas oublier qu'ils le sont."

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